Monsieur le directeur,
Je suppose que vous êtes l’autorité à qui je dois m’adresser si j’ai des griefs à l’encontre de qui que ce soit dans les services hospitaliers que vous avez l’honneur et la lourde responsabilité de gérer.
Je n’ai pas besoin de vous rappeler que, dans un passé récent, l’hôpital Mame Abdou Aziz Dabakh a été secoué par de vives polémiques. La plus récente est la mort du jeune Abdoul Hamid Guèye, le 13 mai dernier, suite à une négligence médicale présumée. Cet événement avait conduit à une marche pacifique dans les rues de Tivaouane. Et nous n’oublierons jamais le drame des 11 bébés calcinés dans un incendie à la maternité de l’hôpital. C’était le 25 mai 2022.
Je n’ai pas besoin de rappeler au médecin, titulaire d’un Master en management des établissements de santé, que vous êtes, vos différentes responsabilités dont celle de garant du bon fonctionnement et de la performance globale de l’hôpital (gestion des risques, qualité environnementale, sociale et économique…), et surtout celle de responsable légal de l’établissement. Vous avez, en effet, autorité sur l’ensemble des personnels, médicaux et non médicaux, dans le respect des règles déontologiques ou professionnelles qui s’imposent aux professions de santé.
Votre nomination par le Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye à la tête de la structure avait été bien accueillie dans la ville sainte de Maodo. Et, récemment, vous confiez à un journaliste du quotidien Le Soleil, vos nobles ambitions dont la rénovation des locaux, la qualité de la prise en charge médicale et la capacité d’accueil de l’hôpital : «Grâce à ces réhabilitations, l’hôpital peut désormais accueillir des patients fortunés qui étaient obligés de se rendre à Thiès ou Dakar pour se faire hospitaliser. Ces cabines fonctionnelles et bien équipées contribueront non seulement à améliorer la qualité des soins, mais également à accroître les recettes de l’établissement et son attractivité.»
Vous savez également, en tant que manager, que la valeur pour l’établissement de santé ne doit pas seulement signifier «valeur pour l’actionnaire», laquelle renvoie à la création des richesses, l’augmentation des bénéfices ou du cours de l’action, mais surtout des valeurs de respect, de confiance, de reconnaissance et de qualité des relations.
Je n’ai pas aussi besoin de vous rappeler que les patients que nous sommes sont devenus des clients : dans l’approche gestionnaire/administrative, le patient devient client lorsqu’il est considéré comme un usager payant, qui consomme des prestations de santé dont des médecins et professionnels de santé, qui ont prêté serment, doivent bien s’occuper.
Mais il faut constater, pour le déplorer, que «l’hôpital fait de la rentabilité son credo. Il devient par ricochet une entreprise. Les praticiens et administrateurs pensent davantage au profit qu’à l’humanisme que requiert la pratique de la médecine». Ce passage, qu’on retrouve dans l’ouvrage de votre collègue, le cardiologue Abdoul Kane, L’éthique, le soignant et la société (2019), met à nu les tares du système sanitaire sénégalais.
Noter, surtout sous nos cieux, le hiatus entre le discours et les comportements dans nos rapports avec le travail ; la décision volontaire de certains agents de l’Etat de violer impunément leur serment ou de ne pas faire face à leurs responsabilités. Ces comportements, en violation flagrante de l’éthique et de la déontologie professionnelle, justifient, sans aucun doute, les critiques, les attaques contre les institutions, la colère de nombreux usagers des services publics, ma colère contre le médecin cardiologue qui était en service le vendredi 13 mars 2026, je veux nommer le sieur Baye Dame. En 2023, ce cardiologue m’a diagnostiqué hypertendu après une Mesure ambulatoire de la pression artérielle (Mapa), un électrocardiogramme qu’il a lui-même interprétés. Et une échocardiographie réalisée par le même cardiologue sur ma personne, en mars 2023, avait révélé une hypertrophie majeure et concentrique des parois du ventricule gauche et d’un décollement péricardique circonférentiel. Il m’avait alors mis sous traitement, lequel ne m’avait pas vraiment soulagé puisque je continuais à avoir des vertiges. En septembre 2023, inquiet et pas rassuré par son diagnostic, je suis parti en France où j’avais repris un bilan cardiovasculaire dont une Irm du cœur ou angioscanner coronaire qui avaient heureusement infirmé le diagnostic inquiétant posé par le médecin Baye Dame. Toutefois, on m’avait mis sous traitement anti Hta, je devais prendre régulièrement diurétique thiazidique sous forme Natrixam 1.5/10.
A mon retour de ce voyage médical, j’ai pris rendez-vous au service de cardiologie où j’ai eu, à plusieurs reprises, à rencontrer des cardiologues en service dont le sieur Baye Dame, qui m’avaient tous suggéré, malgré un bilan de santé normal, de continuer le traitement.
Je pensais que le médecin allait me reconnaître ou être sensible à ma requête. En me présentant à lui, vers 12h 45 ce vendredi 13 mars, au service de cardiologie, je voulais un renouvellement de mon ordonnance, car j’allais épuiser les médicaments. Et à la pharmacie, on avait refusé de me les vendre sans une nouvelle ordonnance, bien que je lui aie montré la photo de la dernière ordonnance que j’avais gardée dans mon téléphone. J’ai sollicité le cardiologue dans son bureau, supplié même surtout que je m’inquiétais de mon état insomniaque depuis plusieurs jours, et qu’il me restait seulement 2 gélules. Mais il a été indifférent à ma requête, sous prétexte que je n’ai pas de rendez- vous et que je dois me débrouiller pour trouver le médicament, oubliant que je suis venu en urgence et j’avais entre mes mains mon dossier médical.
Peut-être qu’il attendait de me voir étalé sur une civière, inconscient, pour me prendre au sérieux et se pencher sur moi. Je n’ai pas vraiment compris comment un cardiologue peut laisser partir un patient souffrant d’une maladie chronique, qui est venu le supplier de lui renouveler un médicament qu’il prend depuis trois ans. L’argument que les médecins spécialistes sont débordés ou le «burn-out» en milieu hospitalier n’excusent pas toutes les attitudes des professionnels de santé.
Je ne doute guère des compétences de votre prestataire de service de santé, pour qui connaît le long cursus universitaire des étudiants en médecine, le parcours professionnel avant de se spécialiser sur un organe aussi vital et complexe que le cœur, mais je reste convaincu que les compétences techniques ne suffisent pas pour faire un bon médecin : les compétences psychosociales dont l’empathie, sont essentielles.
Professeur de psychologie dans un institut de santé, je dis souvent à mes étudiants que la qualité de l’accueil joue un rôle crucial dans le traitement non médicamenteux. En effet, l’accueil dans les structures de santé est un puissant antalgique pour améliorer la qualité des soins et la satisfaction des patients. Qu’aujourd’hui, la médecine se personnalise, avec un accent de plus en plus mis sur la prévention et une meilleure écoute des usagers : si le système de santé doit se transformer, il doit reconnaître au patient un rôle de partenaire actif.
Je rappelle souvent à ces futurs professionnels de la santé, appelés à évoluer dans les métiers du «care», que lorsque leur art s’exerce sur ce que l’homme a de plus important : son âme, son honneur, son corps, il ne suffit pas d’être un bon technicien. La capacité d’écoute et d’empathie est le minimum qu’on puisse espérer et attendre. Mais comme le dit le philosophe allemand Karl Gustave Von Goethe : «Parler est un besoin, écouter est un art.»
Sans vouloir donner de leçons à qui que ce soit, vous me permettrez, directeur, de partager avec vous et le cardiologue, cette conviction de docteure Karen E. Faith, qui écrit : «Le milieu de la santé est tributaire de valeurs fondamentales comme la bienveillance, la compassion, ainsi que le devoir que partagent les organisations de santé, celui de répondre aux besoins de soins des membres de la collectivité qui sont vulnérables, blessés ou malades.» (Karen E. Faith, 2013)
Un patient-client outré
