Les effets d’annonce n’y fe­ront rien, le tourisme se meurt.

C’est un secret de Poli­chinelle, un constat de visu réel, avec des lunettes actuelles, à défaut de statistiques fiables, pour prouver la chute du secteur du tourisme. Et n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Suffisance, ego trip ? Mais à la vérité, ceux d’en face, les Sénégalais constatent le coucher de l’astre, la froideur et la tristesse subséquentes en­gen­drées par la désaffection pour notre pays. Jadis des rues turbulentes et gaies, mais aujourd’hui, c’est une chaleur humaine évanescente, faute de touristes et leur bruit.

L’on pourrait attribuer jusqu’à un certain niveau, l’imputabilité du déclin du secteur au régime précédent, il va sans dire, car n’ayant pu trouver les solutions idoines et les hommes pour le piloter pendant deux décennies. Mais quid de la suite depuis deux ans pour redresser la trajectoire descendante ? That’s the question ! Que fait donc le thérapeute après son diagnostic rendu urbi et orbi ?

Sans euphémisme, le népotisme, chevillé à la politique, a tué le tourisme, quand il faut l’homme du sérail en plus, au riche pedigree, aux commandes. Quasiment un thaumaturge pour hisser cette destination aujourd’hui, éteinte vers les destinations majeures.

L’un des freins à notre décollage réside, presque toujours, dans les choix constants dans la nomenklatura partisane et non républicaine.

Or, la nomination politique a ceci d’anesthésiant, c’est quand elle garantit au récipiendaire la longévité au poste même en cas de carence et, pire, d’intouchabilité, quand l’argent du contribuable est malmené.

Le re­gretté Tijane Sylla a échappé à ce piège du népotisme, étant non seulement brillant, mais ayant fait des résultats. Mais c’était sans compter sur la pérennité des réflexes ataviques dans le microcosme politique, la perpétuation de l’un des maux du pays, la politique politicienne, tant le sillon de l’incurie et du narcissisme est profond, et le mal jusqu’ici incurable. Un mal en patience, la mort dans l’âme, que l’on devra encore prendre surtout pour un secteur qui s’est mué en affaires. Un changement de paradigmes avec des investisseurs tout autour, et comble de paradoxe, confié à des fonctionnaires qui n’ont pas mis une bille, pris aucun risque financier dans le business et, qui plus est, arborent la fierté d’être l’alpha et l’oméga du sort du tourisme national. C’est le même esprit élitiste, de légèreté, de sempiternelle démarche des politiques depuis plus de vingt ans. Un immobilisme patent dont justement nous attendions ce formidable big-bang, cette rupture systémique salvatrice ?

Que nenni, le mal se consolide et se perpétue avec le même modus operandi, la même organisation verticale, rigide, loin du Sénégalais utile pour le pays. Tout autant la continuité des mêmes incantations et les rêves recommencés d’un flux massif, illusoire. Jusqu’ici des éléphants blancs que seuls voient les préposés à la promotion dans leurs péremptoires certitudes, appuyées par des grimoires réchauffés.

Pendant ce temps, le privé, les compétences pour aider le pays, sont sur la touche, car ils dérangent. Ce sont des mal-aimés. Au même moment, le décor dans le pays s’enlaidit, la mendicité têtue est sans solutions, l’insalubrité, l’insécurité sont des repoussoirs. Les établissements hôteliers ferment, les artisans affamés rongent leur frein et sont toujours dans un spectre chimérique d’être demain dans le «meilleur des mondes», comme aurait dit Aldous Huxley.

Le Sénégal que nous connaissions, n’est plus ce phare intellectuel qui irradie. Il n’y a plus de poésie, l’art et la culture sont dans les ténèbres. Le Sénégal n’a plus tenu de discours sur les arts et la culture depuis Sen­ghor, malgré la tentative du Fes­man avec le Président Wade.

La destination est encore sans inventivité, sans offre alléchante, surtout que de solides arguments, aujourd’hui, militent pour un tourisme d’affaires florissant, avec nos ressources pétro-gazières. Hélas, le Sénégal est un désert événementiel où rien ne se passe. Notre pays n’est plus attirant, séducteur, freiné de surcroît par un package cher, surtout en l’absence d’une charterisation ou d’un low-cost qui aurait pu le replacer sur les starting-blocks.

C’est le triste sort de ce beau pays aimant et aimé qui «arrache les larmes » selon la belle formule de Maître Lamine Guèye, ce pays à l’été permanent, le plus ensoleillé du monde, qui attend que les «actions soient plus fortes que mille mots» pour guérir les maux.

Il y a lieu de repenser la promotion, l’inscrire dans le moins d’Etat, mieux d’Etat dans le management, impliquer davantage le privé dans les choix, dans les stratégies. Mais auparavant, il urge de faire le bilan des missions, des salons, et ses incidences sur le flux, sur l’économie, son impact réel, si tant est il y en a ? Nous ne saurions continuer la sédimentation des arlésiennes dans un pays qui a peu de marges de manœuvre.

Le tourisme se meurt surtout par ostracisme, par fonctionnarisation outrancière d’un business, pas loin de l’informel, par manque d’ingénierie avant le nerf de la guerre : l’argent.

Quand l’Etat du Sénégal comprendra-t-il et rendra ses lettres de noblesse à cette première économie mondiale, jusqu’à ce jour tutoyée, obstruée pour ce qui est des perspectives d’émergence et surtout de créations d’emplois et des solutions face à nos défis de développement ? Il commence à se faire tard.

El Hadj Ndary GUEYE

Journaliste-consultant en ingénierie touristique, auteur de :

– Passeport pour le Sénégal

-Destination Dakar

– Couleurs et Lumières du Sénégal.