A la fin du XVIIe siècle, le Maroc sort d’une phase de fragmentation politique consécutive à la chute de la dynastie saadienne, sous le règne du premier souverain de la dynastie alaouite Moulay Chérif Ben Ali, un prince arabe, descendant direct du Prophète Mahomet Psl.
Son fils Moulay Rachid qui va lui succéder, meurt lors d’une chute à cheval en avril 1672.
Son demi-frère Moulay Ismaïl, qui fut gouverneur de Meknès, puis calife feudataire et vice-roi de Fès, accéda au trône.
Notons que Moulay Ismaïl, un métis, était fils du sultan Moulay Chérif Ben Aly et d’une de ses concubines noires, originaire de la vallée du fleuve Sénégal, nommée Lalla Mubaraka bin Yark al-Maghfiri ou Lalla Mbarka.
Les chroniqueurs de l’époque la décrivent comme une femme de grande taille, de forte corpulence et d’une rare intelligence (comme le sont par ailleurs les femmes des peuples de la vallée du fleuve Sénégal).
Joseph de Léon, ancien captif français du sultan alaouite, indique que le Sultan Moulay Ismaïl avait «le visage plutôt noir que blanc, c’est-à-dire fort mulâtre».
Nous sommes dans un contexte de fragmentation politique et de vacance relative du pouvoir, le nouveau sultan fut confronté à la rivalité de ses frères et neveux comme Ahmed ben Mehrez, prétendants au trône, aux chefs de tribus locales et a des dissidences des villes.
De 1672 à 1680, Moulay Ismaïl réussit après huit ans de campagnes militaires, à soumettre les centres urbains rebelles comme Marrakech et Fez qui constituaient un enjeu politique majeur, car ils concentraient la légitimité religieuse, économique et administrative.
Moulay Ismaïl adopta une stratégie de consolidation du pouvoir en neutralisant les prétendants dynastiques, en réprimant les révoltes et enfin en centralisant l’autorité monarchique.
Il restaura la souveraineté nationale par une reconquête territoriale en chassant les puissances étrangères de plusieurs ports stratégiques, notamment les Anglais de Tanger en 1684 et les Espagnols de Larache en 1689.
Pour réussir cette politique militaire, il créa une armée permanente.
De par les origines de sa mère, des milliers de soldats wolofs, toucouleurs, soninkés et bambaras, depuis la vallée du fleuve Sénégal, furent recrutés dans une armée de plus 150 000 hommes, appelée Abid al-Bukhari.
Cette armée, dans la tradition militaire des esclaves de la couronne dans les royaumes, constituait un outil décisif dans la consolidation du pouvoir, elle avait une fidélité absolue, déconnectée des rivalités tribales locales, et le Sultan les considérait comme ses «frères d’armes» personnels.
Aujourd’hui, cet héritage perdure symboliquement à travers la Garde royale marocaine, héritière directe de la «Garde noire» formée par Moulay Ismaïl.
Moulay Ismaïl délaissa les villes de Fès et Marrakech pour faire de Meknès sa capitale.
Il y entreprit des constructions monumentales (palais, remparts, jardins) en utilisant souvent la main-d’œuvre des prisonniers chrétiens.
Ce choix de Meknès répondait à une logique stratégique due à sa position géographique centrale, à la facilité de contrôle des axes de circulation et surtout à une volonté impériale de construction d’une ville à la dimension du souverain.
Durant ses 55 ans de règne, ce sultan d’origine sénégalaise réussit à unifier son royaume malgré les nombreuses rébellions dont il est victime, à l’embellir et à en étendre le territoire.
D’une grande virilité prolifique, en plus de ses quatre femmes, que lui imposait l’islam, il disposait d’un harem constitué de 500 concubines. Des compagnes qui lui donnèrent plus de 700 enfants. Certaines sources affirmant même qu’il en aurait eu plus de 1000 enfants.
Il entretint une correspondance célèbre avec Louis XIV, allant jusqu’à demander la main de sa fille, la princesse de Conti (qui lui fut refusée).
Des sources principales relatives à ce règne nous viennent d’Occidentaux comme Busnot : «le roi de Maroc est le prince le plus absolu de toute l’Afrique ; ses sujets tremblent à sa seule présence», ou Jean-Baptiste Estelle : «Il fait régner une discipline sévère et une obéissance aveugle.»
Le règne de Moulay Ismaïl (1672-1727) est le plus long de l’histoire du Maroc, durant 55 ans. Souvent comparé à Louis XIV, ce sultan d’origine sénégalaise est considéré comme le véritable bâtisseur de l’Etat marocain moderne sous la dynastie alaouite avec une main de fer, avec une armée de soldats sénégalais.
A sa mort en 1727, il laisse un pays unifié et puissant, mais sa disparition ouvre une longue période d’instabilité politique due aux luttes de succession entre ses nombreux fils.
Actuellement, beaucoup de Marocains ont le regard fixé vers les rives nord de la Méditerranée, et par un mémorial auraient souhaité que leur pays se situe géographiquement entre le Portugal et l’Espagne.
Ils occultent les attaches sub-sahariennes de la dynastie alaouite résultant d’un faisceau de facteurs historiques : commerce transsaharien, esclavage, intégration militaire, métissages sociaux et échanges culturels.
Loin d’être marginales, ces relations constituent une dimension structurante de l’histoire du Maroc et expliquent en partie la diversité humaine et culturelle du royaume alaouite jusqu’à aujourd’hui.
Le Sénégal a plus de relations culturelles historiques avec le Maroc qu’avec beaucoup de pays subsahariens, comme à l’inverse le Peuple marocain a plus d’affinités avec le Sénégal qu’avec des pays du Moyen-Orient.
En souvenir, en mémoire du plus grand Sultan marocain, Moulay Ismaïl, fils de Lalla Mubaraka bin Yark al-Maghfiri de la vallée du fleuve Sénégal, aïeul des rois Mohamed V, Hassan II et Mohamed VI, nous espérons que les supporters sénégalais détenus dans les geôles chérifiennes retourneront bientôt auprès de leurs familles.
Amadou Bakhaw DIAW
President Mbootayu Léppiy Wolof

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