A mesure que se rapproche l’échéance cruciale pour la désignation du prochain Secrétaire général des Nations unies, une réalité troublante s’impose : le Sénégal, pourtant réputé pour la solidité de sa diplomatie et la constance de ses positions internationales, choisit aujourd’hui le silence, là où il devrait parler fort.

Oui, le silence. Un silence pesant. Un silence incompréhensible. Un silence coupable.

Monsieur le Président Bassirou Diomaye Faye, pourquoi ce mutisme face à la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’Onu ? Pourquoi cette incapacité à assumer une position claire, lisible, cohérente ? Le Sénégal a-t-il désormais peur de lui-même ? Ou a-t-il décidé de renoncer à son rang diplomatique ?

Il faut le dire sans détour : cette posture est indigne de l’histoire de notre pays.

Car enfin, de quoi parle-t-on ? D’une ambition personnelle ? Non. D’un calcul politicien ? Encore moins. Il s’agit d’une opportunité historique pour le Sénégal et pour l’Afrique. Une opportunité rare, stratégique, presque unique : celle de voir un Africain issu d’un pays stable, respecté et expérimenté, accéder à la plus haute fonction administrative du système multilatéral.

Refuser de soutenir clairement cette candidature ou, pire, s’enliser dans un silence ambigu revient à envoyer un message désastreux au monde : celui d’un pays hésitant, divisé, incapable de transcender ses querelles internes pour défendre un intérêt supérieur.

Ce n’est pas seulement une faute politique. C’est une faute diplomatique.

Le Sénégal s’est construit une réputation d’excellence sur la scène internationale. De Léopold Sédar Senghor à Amadou-Mahtar M’Bow, en passant par tant d’autres figures respectées, notre pays a toujours su parler d’une voix claire, porter une vision et défendre des causes qui dépassent ses frontières.

Aujourd’hui, cette voix vacille

Monsieur le Président, vous êtes le dépositaire de cet héritage. Vous êtes l’incarnation de l’Etat du Sénégal à l’international. Et à ce titre, vous n’avez pas le droit de laisser s’installer le doute, l’ambiguïté et l’effacement.

Gouverner, c’est choisir. Et refuser de choisir, c’est déjà renoncer.

Mais le plus inquiétant, peut-être, réside ailleurs

Il réside dans l’attitude de certains segments de la Société civile sénégalaise dont le comportement interroge profondément. Le Sénégal est-il en train de devenir ce pays paradoxal où une partie de la Société civile affiche une virulence presque obsessionnelle contre les anciens dirigeants, tout en faisant preuve d’une complaisance troublante vis-à-vis du pouvoir en place ?

Cette indignation sélective pose problème. Elle fragilise la crédibilité même de l’engagement citoyen.

Qu’on critique, oui. Qu’on questionne, évidemment. Mais qu’on le fasse avec rigueur, honnêteté et constance. Or, que voit-on aujourd’hui ? Des accusations répétées, amplifiées, parfois relayées sans nuance, visant à discréditer une candidature avant même tout jugement ou toute condamnation.

Dans ce contexte, le rôle de certaines organisations internationales mérite d’être interrogé. Une institution comme Amnesty International, dont la réputation repose sur la rigueur et l’impartialité, doit veiller à ne pas apparaître comme un acteur de polémique ou d’influence dans des dynamiques politiques nationales. Sa crédibilité est à ce prix.

Car au fond, la question est simple : voulons-nous affaiblir nos propres chances sur la scène internationale au nom de querelles internes ? Voulons-nous saboter une opportunité africaine par incapacité à dépasser nos divisions ?

Le monde nous regarde. Et ce qu’il voit aujourd’hui est préoccupant

Il voit un Etat silencieux, là où il devrait être moteur.

Il voit une Société civile parfois bruyante, mais pas toujours juste.

Il voit un pays qui hésite, là où il était attendu comme leader.

Le Sénégal n’a jamais été un pays hésitant. Il n’a jamais été un pays suiveur. Il a toujours été une référence.

Alors, que se passe-t-il aujourd’hui ?

Monsieur le Président, l’histoire ne retient pas les prudences excessives, ni les silences stratégiques lorsqu’ils deviennent des renoncements. Elle retient les actes, les positions claires et le courage politique.

Il est encore temps de sortir de cette ambiguïté.

Il est encore temps de redonner au Sénégal la clarté, la dignité et l’autorité diplomatique qui ont fait sa force.

Mais pour cela, il faut parler. Il faut agir. Il faut assumer.

Le reste ne serait qu’un aveu de faiblesse.

Quand l’etat se réfugie dans le silence et que la société civile s’égare dans le vacarme sélectif, ce n’est plus la démocratie qui s’exprime, c’est le renoncement qui s’installe.

Antigone DIOP

Coordinatrice du collectif Rappel à l’ordre