Au lendemain de l’orage dévastateur du jeudi 20 août 2026 qui a plongé la Cité du Rail dans le chaos et la désolation, le constat de l’expert forestier est sans appel : la chute de plus de 70 arbres centenaires n’est pas une simple fatalité météorologique. A travers un cri du cœur scientifique et citoyen, le Colonel Abdourahmane Samoura, ingénieur des Eaux et forêts et paysagiste de classe exceptionnelle, dénonce la «faillite technique» des autorités locales, le scandale de «l’élagage marchand» et l’indifférence administrative qui ont failli coûter la vie à des candidats lors du Crem au Cem Malick Sy.
Par Cheikh CAMARA – La peur et la désolation ont secoué la ville de Thiès lors des violentes intempéries du jeudi 20 août 2026. Des précipitations diluviennes, accompagnées de rafales de vent d’une extrême violence, ont provoqué la chute brutale de plus de 70 arbres -en majorité des caïlcédrats (Khaya senegalensis) et des neems- à travers tout le périmètre urbain, d’après le rapport du Service régional des Eaux et forêts.
Du centre-ville historique aux quartiers de la Cité Ballabey, la Cité Ousmane Ngom, Grand-Thiès ou l’avenue Serigne Saliou Touré, ces géants de bois se sont effondrés sur la chaussée, écrasant des véhicules, arrachant le réseau électrique de la Senelec et bloquant la circulation. Des pans de murs entiers se sont écroulés au Camp tropical du Groupement mobile d’intervention (Gmi) ainsi qu’à la Compagnie de gendarmerie, tandis que plusieurs habitations voyaient leurs toitures en zinc emportées.
Le mensonge de la «force majeure»
Face au bilan de ce désastre, le Colonel Abdourahmane Samoura, Grand officier de l’Ordre national du Lion, récuse fermement les justifications officielles : «Devant ce paysage de chaos, les autorités locales plaideront le dérèglement climatique et la «force majeure». C’est un mensonge commode pour masquer une faillite technique. La vérité est que les caïlcédrats centenaires ne cèdent pas sous le vent à cause de leur seul âge ; ils s’effondrent parce qu’ils sont méthodiquement sabotés à la tronçonneuse tout au long de l’année.»
L’expert forestier pointe du doigt un système vicié bien connu des Thiessois. Pour dégager des câbles électriques ou libérer le champ de vision des candélabres solaires, la mairie sollicite régulièrement l’aval de l’Inspection régionale des Eaux et forêts. Cependant, l’exécution des travaux est trop souvent confiée à des bûcherons de fortune ou à des opportunistes non qualifiés dont la seule rémunération réside dans le bois coupé.
Afin de maximiser leur gain en bois d’œuvre ou en charbon, ces exécutants mutilent les arbres : ils leur coupent la tête (étêtement) et amputent les plus grosses branches saines. Résultat : des troncs déséquilibrés, traumatisés, incapables de cicatriser et exposés aux champignons lignivores qui les font pourrir de l’intérieur, les transformant en véritables bombes à retardement urbaines.
Le drame évité de justesse au Cem Malick Sy
Symbole absolu de cette «faillite morale», on a failli assister à une tragédie au Collège d’enseignement moyen (Cem) Malick Sy. Alors que les candidats au Concours de recrutement des élèves-maîtres (Crem) entamaient leurs épreuves, un caïlcédrat géant de la cour s’est abattu sur les salles 1 et 2, pulvérisant les toitures et blessant une candidate, évacuée en urgence au Centre hospitalier régional Ahmadou Sakhir Ndiéguène. Une catastrophe d’autant plus révoltante qu’elle était parfaitement prévisible : l’administration scolaire avait officiellement adressé une demande écrite d’élagage dès le mois de novembre précédent, restée lettre morte dans les dédales administratifs.
L’ingénieur des Eaux et forêts rappelle que la gestion du patrimoine arboré urbain ne peut plus être laissée à l’improvisation et exige des protocoles stricts : supprimer la cime de l’arbre ne résout rien et accélère son pourrissement interne ; réduire la longueur des branches menaçantes et alléger le feuillage sommital pour diminuer la prise au vent (l’effet voile) sans rompre l’équilibre de l’arbre ; réaliser l’élagage exclusivement au cœur de la saison sèche fraîche (de décembre à février), période de repos végétatif assurant une cicatrisation optimale.
Afin de briser ce cercle vicieux d’incompétence, le Colonel Samoura propose trois exigences fondamentales aux décideurs politiques : bannir le paiement des chantiers en bois d’œuvre et confier les travaux à des élagueurs-grimpeurs certifiés, sous le contrôle d’ingénieurs forestiers ; évaluer l’état sanitaire des arbres centenaires dans les trois communes (Thiès-Est, Thiès-Ouest, Thiès-Nord) et appliquer une taxe obligatoire sur toute demande d’abattage afin de freiner les coupes abusives et de mobiliser des ressources pour le reboisement. «La sécurité des populations thiessoises ne doit plus être sacrifiée sur l’autel de la complaisance administrative», conclut le Colonel Samoura
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