Avec les températures caniculaires, rares étaient les enfants capables de jeûner de l’aube jusqu’au crépuscule dans le village de Dondou, à 45 km de Matam. Très tôt le matin, quand le soleil commençait à darder ses rayons, les glandes sudoripares reprenaient du service. Tout le monde suffoquait et transpirait. La chaleur réveillait les enfants qui dormaient à la belle étoile. Les corps commençaient à se déshydrater et les gorges devenaient sèches. Il restait encore aux jeûneurs plus de dix heures pour se désaltérer. Un véritable parcours du combattant. Le matin, les hommes allaient aux champs. Les femmes s’occupaient des enfants, puisaient de l’eau, pilaient le mil, cherchaient du bois de chauffe, cuisinaient, etc.

Quand le soleil était au zénith, le thermomètre affichait 43, 44 ou 45 degrés. Parfois même plus de 45 degrés. Les jeûneurs étaient épuisés, mais puisaient dans leurs réserves pour tenir le coup. Au quartier Doonnaaɓe, après la prière de 14 heures, beaucoup d’adultes, de vieillards et une poignée de jeunes allaient chez le marabout Bookar Umaar Sih pour écouter le «Tabsiiru» (Tafsir, lecture et traduction du Coran en pulaar). Au fur et à mesure que le marabout lisait et traduisait le Coran, Samba, plus jeune que lui, assis à ses côtés, disait continuellement «naam, naam, naam…». A chaque séance de Tabsiiru, deux vieillards avaient l’habitude de perturber la solennité en proférant des «eskey», poussant des cris d’émerveillement suivis de brèves crises de transe ! Après la prière de 17 heures, les hommes se ruaient vers le fleuve pour se rafraîchir le corps.

Les femmes, quant à elles, déshydratées et affaiblies, portaient des habits trempés dans l’eau pour atténuer la chaleur étouffante. Les marmots batifolaient, grignotaient, mangeaient du pain rassis et les restants du dîner de la veille. Quand approchait l’heure de la rupture du jeûne, le fleuve se vidait de ses occupants. Les adultes étaient dans les maisons, exténués et trépignant d’impatience. Les jeunes enfants affluaient vers la maison de l’imam Ceerno Raasin Kan (puis Ceerno Kayyaar Kan), où se trouvait le Tabaldi, un grand tam-tam sur lequel trois vieux préposés (Baaba Muusa Bah, Baaba Salli Seegaa Ñaŋ et Baaba Hiima Dembele) assénaient, à tour de rôle, des coups pour annoncer l’heure de la coupure du jeûne. Les jeunes s’écriaient, gambadaient de joie et couraient vers leurs domiciles respectifs pour annoncer à leurs parents la bonne nouvelle.

Les jeûneurs déshydratés et affamés buvaient de grandes quantités d’eau et de jus d’oseille, et ingurgitaient des aliments. Le contraste nutritionnel était saisissant : une terrifiante diète d’environ quinze heures faisait subitement place à une gloutonnerie sans bornes en l’espace de deux heures. Les chétifs le jour avaient des ventres replets la nuit. A cause de l’indigestion, les nafila (prières surérogatoires) devenaient un casse-tête pour certaines personnes…

Mamaye NIANG

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