Par Bocar SAKHO – Le football se joue-t-il encore sur le rectangle vert, ou est-il devenu une simple extension des couloirs feutrés de la Confédération africaine de football (Caf) ? La question, brutale, s’impose après le séisme qui vient de frapper le Sénégal. Deux mois après avoir soulevé le trophée à la sueur de leur front, après avoir dompté la ferveur marocaine en prolongations, les Lions de la Teranga se voient dépossédés de leur étoile. Non pas par un but adverse, mais par un tampon administratif. C’est le crime d’avoir dit «non» à une flagrante injustice qui est sanctionné par le jury partial de la Caf !
Qu’on ne s’y trompe pas : la décision du Jury d’appel de la Caf de déclarer le Sénégal forfait est d’une violence inouïe. On reproche aux copains de Sadio Mané d’avoir quitté le terrain lors du penalty accordé à Brahim Diaz. Mais qui a interrogé la psychologie de cet instant ? Qui a mesuré le sentiment d’injustice d’une équipe qui voyait, sous ses yeux, l’arbitrage basculer dans l’irrationnel ?
En brandissant l’article 84 comme une guillotine, la Caf punit le courage par le mépris. Elle transforme une finale épique en un score de bureau : 3-0. Une parodie de justice qui efface les tacles, les arrêts décisifs et les larmes de joie des Sénégalais au coup de sifflet final.
Deux poids, deux mesures
Le plus ironique dans ce verdict reste le traitement réservé à la Fédération royale marocaine de football (Frmf). On reconnaît la culpabilité des ramasseurs de balle, on confirme les interférences inacceptables autour de la zone Var, on note l’usage de lasers… et pourtant, c’est le Maroc qui est sacré. Et ses sanctions révisées pour lui permettre de sortir par la grande porte.
Comment expliquer qu’un pays-hôte, reconnu coupable de multiples pressions sur le corps arbitral et le bon déroulement du jeu, se voit offrir le trophée sur un plateau d’argent ? En réduisant les amendes marocaines tout en radiant le titre sénégalais, la Caf envoie un message désastreux : peu importe la manière dont vous accueillez et gérez la pression, le règlement saura toujours trouver une faille pour favoriser le plus influent.
Une cicatrice indélébile
Le Sénégal n’a pas seulement perdu une coupe aujourd’hui. C’est l’éthique du sport qui a été piétinée. On ne gagne pas une Can dans une salle de réunion. On la gagne dans la poussière, dans le combat, dans la dignité. Or, on n’a rien perdu sur ce terrain, après avoir fêté une victoire héroïque dans les rues de Dakar marquées toujours par les scènes de joie.
Les Lions de la Teranga resteront, dans le cœur de millions d’Africains, les véritables champions de 2025. Car si le Maroc récupère un objet en métal doré, le Sénégal garde son honneur. Et sur le continent, la dignité a toujours pesé plus lourd qu’un trophée obtenu sur tapis vert.
Aujourd’hui, le football africain porte le deuil de sa crédibilité.
bsakho@lequotidien.sn

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