La démocratie est difficile à réaliser parce qu’elle est exigeante et suppose des qualités intellectuelles et humaines rares.
Sa vitalité, dans n’importe quel pays du monde où elle est pratiquée, dépend de la capacité des acteurs politiques et des citoyens à prendre de la hauteur et à s’imposer une discipline de tenue et de langage. Elle est d’ailleurs, en ce sens, une œuvre, un travail d’élévation et de culture permanent. Être acteur de la vie politique dans un tel régime nécessite donc de se former, de se déformer, de se convertir et de cultiver le meilleur de soi-même, en évitant de verser dans toutes les formes d’excès qui libèrent les passions et sapent la raison discursive. Faire partie de la démocratie, c’est toujours appartenir à une communauté idéale, une communauté à laquelle l’on ne cesse d’essayer d’adhérer en travaillant sur soi-même. On n’appartient jamais définitivement à une communauté démocratique, mais refuser d’y appartenir en niant l’œuvre de sa réalisation est sans doute la plus basse des attitudes politiques.
Se contenter de son inculture crasse et la brandir ostensiblement, fièrement, avec audace et témérité, c’est empoisonner, endiguer l’élan de réalisation d’une démocratie de débatteurs et de contradicteurs. Au Sénégal, le député Cheikh Bara Ndiaye incarne une pareille figure de fossoyeur de la démocratie.
Son langage politique est antinomique aux règles et aux principes du débat démocratique.
Imbu de sa personne, l’analphabète prétend livrer des analyses politiques sur des plateaux où la prise de parole ne répond à aucun critère d’objectivité. L’homme y étale des visions bancales favorables à son clan politique, extrapole sur des situations et abuse en dénigrant ses adversaires politiques, sans jamais faire reposer son propos sur des arguments. Jusque dans l’enceinte du Parlement -cadre privilégié de l’expression démocratique-, le député wolofophone outrancier expose, sans la moindre gêne et devant ses collègues, ce qu’il y a de plus détestable dans une démocratie : les attaques ad hominem. Bara ne fait aucun effort pour faire partie de la communauté démocratique. Il cloisonne, personnalise les débats, crée et accentue le manichéisme. Au lieu d’œuvrer pour la pluralité des voix et des discours, il fige l’espace démocratique, l’essentialise, voulant réduire la parole démocratique à la sanctification de son leader Ousmane Sonko, sans qui l’homme n’aurait eu le moindre prestige ni la moindre reconnaissance politique dans une démocratie et une république qui se veulent méritocratiques.
Le déficit intellectuel et culturel de Bara est moins le problème que son audace insolente, sa témérité dans la bêtise.
L’ignorance est un mal, mais le pire des maux n’est sans doute pas l’incrédulité, c’est la hardiesse effrontée qui accompagne cette inculture.
Bara n’a plus de limites. Couvert par l’immunité parlementaire, ce farfelu ne s’impose aucune borne dans ses menaces lorsqu’il s’agit de défendre Ousmane Sonko. Même le président de la République n’échappe pas à son langage ordurier de déni démocratique.
L’exemplarité exigée d’un mandataire du Peuple devrait préserver Bara d’un tel comportement. C’est mal rendre la monnaie à la démocratie que de se conduire d’une manière qui la détruit, alors qu’elle a été assez généreuse pour vous mener aussi haut, alors que rien dans votre parcours, votre formation ou votre envergure ne vous prédisposait à atteindre une telle station. Au contraire, une telle position devrait pousser à se bonifier, à se cultiver, à faire l’effort constant à être digne -ou du moins proche- de cette communauté qui s’efforce de bâtir une démocratie saine.
Mafama GUEYE
