Cette imposture qui nous gouverne montre chaque jour l’étendue de sa médiocrité. Comme Trump qui traite un journaliste de truie et ses opposants de traitres à la Nation, notre Pm s’en prend sans raison à ses opposants (une opposition tellement disciplinée qu’elle est taxée d’inexistante ou d’amorphe). Les populistes, comme les fascistes dont ils sont les apprentis, pensent que plus ils sont irrespectueux et violents envers leurs adversaires, davantage ils effacent de la conscience commune leur culpabilité. La vulgarité, l’insolence et la déloyauté envers leurs adversaires sont pour eux la cure qui procure une immunité morale. C’est évidemment de la tricherie dont la fonction est d’être une forme d’antirétroviral moral : la vulgarité et la cruauté envers ses opposants n’effacent pas la souillure morale, mais elles provoquent son oubli, son inhibition dans la conscience collective.
Prétendre que les étudiants sont financés et manipulés par les politiciens, ce n’est pas seulement un mensonge, c’est juste la confirmation de la personnalité de l’auteur d’une telle réflexion. Ce type est une calamité pour ce pays, je n’ai cessé de dire qu’il n’a ni la science ni le profil moral pour diriger ce noble pays. Un chef de gouvernement qui est capable de dire qu’il thésaurise le salaire que lui verse la République du Sénégal pour financer ses partisans, a publiquement apostasié son serment de servir le Peuple. Il a montré qu’il a une mentalité sectaire. Qu’un homme d’Etat puisse projeter une morale de secte dans la République est un scandale qui mérite la désapprobation de tous les citoyens, mais on l’a laissé faire. Or, chez le populiste comme chez l’enfant, on pense que tant qu’une sanction n’est pas infligée, on est dans son bon droit, tout est permis.
Ce régime qui a fondé tout son patrimoine sur l’indignation et la culture de la haine des élites par les «oubliés», est aujourd’hui en train de prouver de la plus belle des manières que des «oubliés», la société en fabrique malgré sa bonne volonté. Le traitement inhumain réservé aux étudiants en est la preuve vivante : s’il est vrai que la violence estudiantine doit être dénoncée, celle policière l’est davantage. On ne peut pas entrer dans le campus universitaire pour y exercer une telle violence, c’est inacceptable. Une police n’a pas à faire des représailles de ce genre. Mais je ne blâmerai pas la police, puisque le seul responsable, c’est le gouvernement foncièrement inapte.
Dans le chapitre VI de son livre La Clinique de l’indignité, Cynthia Fleury nous fait une très belle analyse des limites de l’indignation. Pastef croyait que gouverner un pays peut s’improviser. Ils ont menti et terni la réputation de tout le monde, y compris ceux dont le seul tort a été d’avoir la liberté de ne pas adhérer à leurs gamineries politiques. Les Sénégalais se rendront compte à quel point ils ont été amadoués, appâtés, et leur conscience violée par la technique de l’indignation qui fait croire que l’indigné a la science ou la probité morale alors qu’il n’a jamais fait ses preuves. Nous citons ce passage qui nous semble très bien décrire les mécanismes sournois par lesquels s’est opéré le viol des consciences par Pastef :
«L’indignation a cette caractéristique d’être une rhétorique de non-spécialiste, qui se situe aux confins du politique et de la morale, sachant brouiller les frontières pour mieux déstabiliser la parole politique comme celle des médias. L’indignation prend la main sur la bataille de l’opinion et des émotions comme voie directe vers l’action et la décision politiques. C’est une manière de confisquer le débat, en empêchant l’argumentation de s’y déployer, en rejetant la nuance, en utilisant l’anathème pour binariser les positions, une manière de créer des sentiments conjoncturels, mais tenaces, d’appartenance, et surtout de stigmatiser des positions jugées jusqu’alors légitimes, mais désormais délégitimées par l’inversion de la stigmatisation.» Section intitulée Forces et limites des rhétoriques de l’indignation.
Alassane KITANE

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