J’ai suivi trois heures durant, avec enthousiasme et fierté, le grand oral du Président Macky Sall, mercredi 22 avril, en vue de sa candidature au poste de Secrétaire général des Nations unies. L’on a vu un homme quiet et élégant, qui est sûr de son fait, avec une maîtrise parfaite des sujets les plus épineux et les plus complexes de notre époque. Ses réponses ont été convaincantes et l’exercice s’est déroulé on ne peut mieux pour lui. On ne peut qu’être fier et optimiste pour la suite de la procédure. En dépit des vitupérations de certains rabat-joie qui se croient dépositaires d’un certain pouvoir d’influence et, mieux, de décision.
A écouter ses réponses et la manière dont il a abordé l’épreuve qui, sans doute faut-il le préciser, n’est pas facile, on comprend aisément que cette candidature est le fruit d’un travail sérieux et méthodique : outre son expérience en tant qu’ancien chef d’Etat et président de l’Union africaine, entre autres fonctions importantes, il y a un effort considérable de compréhension des défis on ne peut plus complexes de notre monde. D’ailleurs, le Président Sall ne fait jamais les choses à la godille : il a ce que Senghor appelle l’«esprit de méthode», ce qui lui a valu tant de succès. Chez lui, il y a une volonté constante de conjurer l’improvisation et ses risques. Et son parcours l’a suffisamment montré. Il incarne, nolentes volantes, un leadership particulier dont notre monde si déréglé a vachement besoin.
Réconcilier la grande communauté humaine
En répondant avec assurance aux différentes questions qui lui ont été posées par ses interlocuteurs, lors du grand oral, le Président Sall, tel un fat, a listé les grandes tâches sur lesquelles il veut s’appesantir si la caste des électeurs -dans laquelle il a, semble-t-il, de bons alliés- lui accorde sa confiance. Dans un monde où la guerre est redevenue un horizon indépassable (les armes létales autonomes, qui découlent du progrès vertigineux de l’Intelligence artificielle militaire, ont chambardé l’éthique de la guerre, depuis deux décennies, sans qu’une loi internationale soit adoptée à l’unanimité pour nous prémunir contre l’automatisation des décisions militaires et la solution nucléaire, car aucun Etat ne veut être dépassé dans la course aux armements : toutes les grandes puissances veulent disposer des robots tueurs les plus efficaces et létaux de la planète, avec la complicité des entreprises privées soumises à la règle du profit), la mission du Secrétaire général des Nations unies, qui représente une conscience morale indispensable en dépit de ses infirmités, est difficile mais décisive. Il lui incombe la mission de garantir la paix, de conjurer le spectre de la guerre sous toutes ses formes, puis de favoriser le mieux-être (on préférera ce terme à celui de «développement»), conformément à la promesse de l’institution d’après-guerre.
Dans son allocution fleuve, le Président Sall a mesuré la gravité de la charge, cela va sans dire, tout en martelant avoir les coudées assez franches -il en aura besoin- pour assumer une telle responsabilité. Et il compte, toutes affaires cessantes, tabler sur la restauration de la confiance, sur la réconciliation de la grande communauté humaine.
L’Onu traverse une crise majeure. Celle-ci peut être expliquée en partie par l’absence de confiance (et de représentativité) de la plupart des Etats membres. Il va sans dire que la diversité des peuples n’est pas réellement prise en compte dans l’architecture de cette organisation pourtant si universelle. De ce fait, plusieurs peuples ont ce sentiment tenace selon lequel leurs vœux ne sont pas respectés et écoutés par les puissants de la Terre, d’où l’urgence de la réforme de l’organisation, de fond en comble, que promet avec conviction le candidat Sall. C’est une tâche herculéenne et vieille de quelques décennies, qui demande courage et méthode, puisque l’on peut subodorer, à juste titre, que les privilégiés vont s’agripper à leur privilège, celui de bloquer toute décision qui menacerait leurs intérêts, en dépit de la reconfiguration profonde de notre monde (j’ai récemment entendu Me Aïssata Tall Sall montrer, avec une justesse remarquable, les limites de la thèse téléologique de Fukuyama : la fin de l’Histoire a pris fin).
Or donc, la restauration de la confiance est une tâche fondamentale sans laquelle rien de grand ne peut être fait, à ce jour. La confiance est une construction de longue haleine dont l’Onu, comme d’ailleurs toute organisation, a besoin pour créer une symbiose entre ses Etats membres. Par exemple, l’Otan, qui est la plus grande organisation militaire du monde parce que fondée jadis sur des valeurs partagées, à savoir la démocratie, la justice, la liberté, etc., est aujourd’hui plus que jamais menacée puisqu’il n’y a plus de confiance entre le Vieux Continent et les Etats-Unis de Trump. L’on peut faire la même remarque au sujet de l’Onu, qui est aussi victime de la méfiance de ses membres.
Sans confiance, les Etats trouveront toujours des subterfuges pour ne pas s’acquitter de leurs cotisations, ce qui va accentuer les difficultés financières de l’organisation ; sans confiance, les Etats resteront toujours dans le dilettantisme, oubliant ainsi les défis protéiformes et mortifères auxquels nous sommes confrontés ; sans confiance, l’on ne pourra jamais mobiliser une réelle volonté collective pour sauver notre paquebot du naufrage. Et le President Sall, qui aspire à devenir le «Secrétaire général du monde», qui veut parler au nom de tout le monde parce que libre et impartial, et qui ambitionne de bâtir des ponts entre des civilisations épuisées parce qu’incapables de se réinventer, l’a souligné à juste titre. Son parcours d’ancien chef d’Etat lui donne la légitimité pour faire une telle promesse : héritier d’une tradition diplomatique marquée par la recherche constante de modus vivendi, son action à la tête de notre pays n’a fait que consolider cet acquis.
De ce fait, son ambition de redonner une nouvelle énergie créatrice à l’Onu, sur la base de la confiance entre les Etats membres, est légitime et salvatrice. Elle permettra de relever d’autres défis tels que le renforcement du multilatéralisme (il s’agit d’impliquer toute la «Communauté des passants» dans la recherche sans répit de ce que Senghor a appelé, dès les années 1980, un «nouvel humanisme»), le péril climatique (le Président Sall a pris le temps d’épiloguer, avec envie et maîtrise, sur la menace considérable que représente le dérèglement climatique pour notre monde, contrairement à la plupart des décideurs politiques qui n’abordent le sujet que pour des raisons utilitaires et démagogiques), la réforme des mécanismes de la dette, le financement du développement, etc.
Le Président Macky Sall est, sans doute, porteur d’un récit d’espérance venu de l’Afrique. Laquelle a besoin, plus que tout autre continent, du poste de Secrétaire général des Nations unies pour faire entendre davantage sa voix, ses préoccupations, ses guerres… Pour ma part, je vais célébrer cette aventure, quelle que soit son issue. Et l’on peut espérer, mille et une raisons à l’appui, que celle-ci sera victorieuse. Au nez et à la barbe des opposants au pouvoir.
Par Baba DIENG
