La Place du Souvenir africain, à Dakar, a développé un ensemble de concepts innovants dont des podcasts, en vue de se donner les moyens de jouer pleinement son rôle de rempart contre l’oubli, en mettant en exergue des figures emblématiques de l’Afrique et de sa diaspora. L’objectif poursuivi à terme est de reconnecter la jeunesse africaine et les afrodescendants à ces personnalités historiques données en modèles, a expliqué l’administratrice de la Place du Souvenir africain, Ngakane Gningue Diouf.
Elle a par exemple lancé les podcasts «e-souvenir» et «Jazz’Afrika», dans une optique de promotion du patrimoine musical à travers des personnalités dont chacune représente un pays en particulier. Le concours «Voix et Plumes», réservé aux élèves, cherche à reconstituer la mémoire, mais surtout à «déconstruire la pensée» selon laquelle «les Noirs ne savent rien faire et n’ont pas d’histoire». «La Place du Souvenir africain travaille à donner à ces jeunes de l’Afrique et de sa diaspora des modèles ayant marqué positivement les mémoires collectives», a souligné Mme Diouf dans un entretien accordé à l’Aps.
Ces modèles sont exposés dans des espaces dédiés de la Place du Souvenir africain, accompagnés de nombreux panneaux présentant le parcours et la biographie de ces illustres personnalités africaines et de la diaspora, hommes et femmes. Les murs ornés d’images fortes attirent l’attention des visiteurs, sous forme de message subliminal incitant non seulement au développement endogène, mais aussi à l’atteinte d’une véritable souveraineté africaine.
Cette reconstitution a également pour but de faire en sorte que les afrodescendants deviennent conscients du rôle joué par leurs ancêtres dans l’évolution positive du monde, selon Ngakane Gningue Diouf. «Beaucoup de pays ont été construits par les afrodescendants. Maintenant, il faut que ces derniers puissent à un certain niveau de leur développement, revenir vers l’Afrique-mère en vue de recevoir des enseignements sur leurs origines», a-t-elle déclaré, justifiant l’installation de panneaux d’informations en plein air.
L’administratrice de la Place du Souvenir africain rappelle que cet espace culturel, mis en service en 2009 et considéré comme le troisième grand projet culturel du Président Abdoulaye Wade (2000-2012), a pour mission de faire découvrir aux populations sénégalaises et africaines, «les modèles ayant marqué les consciences collectives dans tous les domaines».
La période
post-Covid,
l’occasion idéale
Tout a démarré dans le contexte de la pandémie du Covid-19, une crise sanitaire dont les conséquences obligeaient à se réinventer, renaitre et faire preuve d’imagination pour survivre. La Place du Souvenir africain a lancé le concept dénommé «e-souvenir» pour continuer à fonctionner dans un contexte de confinement sans précédent. «Il faillait utiliser notre imagination pour créer des concepts pouvant respecter les gestes barrières», relève Ngakane Gningue Diouf.
Le podcast «e-souvenir» est basé sur l’évocation d’une figure emblématique de l’histoire de l’Afrique ou de la diaspora dont le parcours sera rappelé par une personne ressource par le biais d’un podcast, a expliqué Ngakane Gningue Diouf. «Nous avons réalisé une cinquantaine de podcasts sur des personnalités emblématiques de l’Afrique et de sa diaspora», a-t-elle signalé.
Pour ce faire, la Place du Souvenir africain a collaboré avec les représentations diplomatiques de pays africains et de la diaspora, pour arriver à réaliser plusieurs numéros de ce podcast consacrés à des figures telles que le révolutionnaire et ancien Président cubain Fidel Castro (1926-2016), l’Egyptien Gamal Abdel Nasser (1918-1970), le révolutionnaire, panafricaniste anti-impérialiste et ancien Président burkinabè Thomas Isidore Sankara (1949-1987).
Un numéro a été également consacré à la journaliste et femme de lettres Annette Mbaye d’Erneville, considérée comme la première journaliste radio sénégalaise, dont la voix a résonné pour la première fois en 1952 sur les ondes africaines de la Radiodiffusion-télévision française (Rtf). «Parfois, la jeunesse africaine s’identifie à des modèles qui sont souvent des antivaleurs pour elle, raison pour laquelle nous avons mis sur pied «e-souvenir» afin de les aider à avoir un développement endogène à travers les figures dont l’Afrique regorge», a insisté Mme Diouf, ancienne directrice du Centre culturel régional de Fatick (Ouest).
«Beaucoup d’ambassades veulent collaborer avec nous pour mettre en lumière les personnalités qui ont marqué les consciences collectives de leur pays d’origine», ajoute-t-elle, satisfaite du retour qu’elle reçoit à travers des commentaires postés sur le site de la Place du Souvenir africain, qui la confortent sur l’importance du numérique dans le travail de promotion attendu de l’institution qu’elle dirige.
