Après les premières frappes israélo-américaines qui ont causé la mort du Guide suprême Ali Khamenei, l’Iran a répliqué avec des attaques contre six des bases américaines situées dans les monarchies du Golfe. Bahreïn, Qatar, Emirats arabes unis, Irak, Jordanie et Koweït ont tous essuyé des tirs de centaines de missiles et drones iraniens sur leurs sols depuis le début de la guerre. Même si l’Iran affirme cibler les infrastructures militaires américaines et non pas ces pays, plusieurs dégâts collatéraux ont été enregistrés, dont des morts et la destruction d’infrastructures civiles.

Les Etats-Unis disposeraient d’environ 750 bases militaires dans plus de 80 pays et territoires, avec un effectif d’environ 170 000 à plus de 290 000 militaires stationnés à l’étranger dont 40 000 à 50 000 soldats repartis dans une quinzaine de bases au Moyen-Orient. Des chiffres qui dépassent de loin ceux contenus dans un rapport du Congrès américain qui fait état de 128 bases à l’étranger, situées dans 51 pays.

Même si ces bases ne sont pas forcément destinées à protéger ces pays, mais à servir de zone pour le déploiement rapide des forces américaines en cas de besoin, aujourd’hui l’Armée américaine est dans l’incapacité d’intervenir pour éviter ces frappes, car elle concentre ses opérations en Iran. Les Etats du Golfe dénoncent une «violation» de leur souveraineté sans oser s’en prendre aux Usa, qui sont la véritable raison de ces attaques sur leurs sols.

La présence de bases militaires d’un pays avec qui un accord de défense vous lie, n’a aucune corrélation avec la souveraineté. Cette présence de bases militaires peut entraîner la réduction de la souveraineté nationale et l’implication dans des conflits tiers en faisant du pays une cible pour des puissances rivales. En Afrique, la présence d’armées étrangères comme celle de la France est souvent perçue comme une forme de néocolonialisme, provoquant des manifestations et mouvements de protestation, poussant les autorités à la fermeture de ces bases et la redéfinition des termes de la coopération militaires et les accords de défense avec la France.

Les Etats-Unis se plaisent à se considérer comme le gendarme du monde, leurs bases militaires faisant office de brigade à l’échelle internationale et fonctionnant comme un instrument de pouvoir. Quant à l’objectif de bases à vocation défensive ou préventive, l’Histoire montre un bilan discutable en la matière, certaines bases, au contraire, servent aujourd’hui à lancer des opérations offensives en Iran.

La présence de bases militaires américaines au Moyen-Orient constitue un facteur de risque majeur pour les populations locales, agissant généralement comme un aimant pour les attaques, les représailles et l’escalade de la violence. Aujourd’hui, ces bases sont des cibles directes de l’Armée iranienne, entraînant insécurité et victimes civiles. Les enjeux sécuritaires sont tellement complexes qu’un pays souverain ne devrait accepter l’implantation d’une base militaire sur son territoire.

Dr Latyr TINE

Chercheur en paix et sécurité, et spécialiste des relations internationales