Pendant que le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, effectue une tournée économique dans le Sud du pays afin de répondre aux attentes des populations locales et de promouvoir le développement régional, le Premier ministre Ousmane Sonko adopte une démarche qui interroge. En effet, le 22 décembre 2025, au lieu de s’inscrire dans la dynamique gouvernementale et d’accompagner les priorités nationales, il choisit de braquer les projecteurs sur ses avocats pour organiser une conférence de presse. Cette initiative, qu’il relaie personnellement sur ses propres plateformes digitales, semble avoir pour unique objectif de préparer sa propre candidature à l’élection présidentielle de 2029, détournant ainsi l’attention des véritables urgences du pays.

En effet, face à la presse, ses avocats ont estimé que «demander la révision du procès, c’est un droit. Un droit non seulement pour le citoyen Ousmane Sonko, mais aussi pour tous ceux qui sont épris de vérité et de justice». Me Ciré Clédor Ly, justifiant la demande de révision du procès ayant opposé l’actuel Premier ministre à Mame Mbaye Niang en 2023, a estimé que c’est «le seul moyen offert à une victime d’une erreur judiciaire pour remettre en cause l’autorité de la chose jugée, pour l’annulation de la condamnation devenue définitive». D’après la robe noire, cette révision «vise tout simplement au rétablissement de la vérité sur des accusations et une condamnation injustes». L’avocat évoque la portée de cette démarche qui dépasse le simple cas du président de Pastef. «Cette voie de recours, qu’on dit extraordinaire, est aussi une voie de recours exceptionnelle qui efface la condamnation. Elle est ouverte, figurez-vous, même pour des personnes décédées. Que tout le monde le sache. C’est un droit.» D’après les conseils de Sonko, la révision repose sur l’apparition d’un élément nouveau majeur : le rapport sur le Prodac dont l’existence avait été contestée durant le procès et qui a refait surface avec l’alternance survenue le 24 mars 2024, et qui a vu le leader de Pastef accéder à la station primatorale.

Plus militants qu’avocats

A écouter les avocats de Ousmane Sonko, il apparaît que ces derniers ne se limitent pas à leur rôle traditionnel de défenseurs devant la justice. Ils adoptent une posture militante, utilisant leur statut d’avocat pour tenter d’orienter le débat judiciaire et l’opinion publique. Selon eux, l’existence d’un fait nouveau viendrait bouleverser l’ensemble du jugement dans l’affaire de diffamation. Cette stratégie vise à remettre en question la décision déjà rendue, en s’appuyant sur la possibilité d’un élément inédit qui, selon leur argumentaire, justifierait la réouverture du dossier. Ainsi, leur intervention s’inscrit davantage dans une logique de mobilisation et de contestation, cherchant à accréditer l’idée que le procès n’est pas définitivement clos et que la justice pourrait encore être amenée à se prononcer à la lumière de ce nouvel élément.

Or, jusqu’à plus ample informé, aucun élément sérieux n’a été porté à la connaissance du public, permettant d’établir l’existence d’un tel fait nouveau. En effet, si le rapport présenté comme élément nouveau existait et était disponible au moment où les propos incriminés ont été tenus, l’on ne saurait alors parler de fait nouveau. En effet, comment un rapport administratif supposé officiel peut être caché par son auteur, ce qui le transformerait en rapport clandestin ou privé et sans destinataire précis, et sûrement en un seul et unique exemplaire et inconnu par l’Administration centrale, chose vraiment bizarre. Un tel rapport n’a ni commanditaire ni destinataire donc, il peut bien être caché depuis lors sans être réclamé. Ce rapport relevait de quel ministère de tutelle ? qui l’avait caché ? Mais pourquoi ces avocats d’un genre particulier et des époques rétrogrades des tristes régimes dictateurs veulent réinventer la roue de l’histoire, uniquement pour faire plaisir à leur leader qui s’est mis volontairement dans cette situation carabinée.

Honneur individuel vs intérêt général

Pour comprendre la supercherie de ces avocats plus militants que professionnels du Droit, il faut remonter à leurs arguments présentés à la Cour suprême pour demander un rabat d’arrêt. Devant la Cour suprême, ils avaient des arguments-clés dans leurs recours en rabat d’arrêt, principalement axés sur la violation des droits fondamentaux, l’applicabilité de la loi d’amnistie adoptée en mars 2024 (qui couvrirait les faits liés au processus électoral), et la nature politique de l’affaire de diffamation contre Mame Mbaye Niang, demandant ainsi l’annulation ou la réouverture du procès. Ils soutenaient que l’affaire de diffamation entre dans le champ d’application de la loi d’amnistie, qui couvre les faits politiques survenus entre 2021 et 2024, ce qui devrait effacer la condamnation.

D’ailleurs, après le rejet de leur recours, Me Bamba Cissé s’était fendu d’une «mise au point» le 2 juillet 2024. Il disait : «La Cour suprême avait, en effet, cassé partiellement l’Arrêt Mame Mbaye Niang au motif que la contrainte par corps ne peut s’appliquer à l’infraction supposée commise par M. Sonko, assimilée, selon la Cour, à une infraction politique (arrêt numéro 1 du 4 janvier 2024). Deux mois plus tard, la loi d’amnistie du 1er mars 2024 est venue, en son article premier, préciser que «sont amnistiés, de plein droit, tous les faits susceptibles de revêtir la qualification d’infraction criminelle ou correctionnelle, commis entre le 1er février 2021 et le 25 février 2024…ayant des motivations politiques, y compris celles faites par tous supports de communication». Cette condamnation portant sur une infraction supposée, commise par le biais d’un support de communication public, est donc éteinte par la loi d’amnistie. C’est d’ailleurs ce qui a permis à Monsieur Ousmane Sonko de retrouver ses droits civiques et politiques et de voter aux deux scrutins, présidentiel et législatif».

Donc pourquoi une telle débauche d’énergie pour «faits couverts la loi d’amnistie» ? Et pendant qu’on y est, quel fait mérite véritablement qu’on lave son honneur ? Les accusations de diffamation ou de viol ? Pourquoi ces avocats ou leur client ne demandent-ils par la réouverture du procès Adji Sarr ?

Sur un autre point, qu’est-ce qui est le plus important pour les Sénégalais ? L’honneur individuel ou l’intérêt général ? Laver l’honneur d’un individu ou recouvrer les deniers publics supposément détournés ? En effet, face à la polémique autour du rapport supposé caché mettant en cause Mame Mbaye Niang, une question fondamentale se pose quant aux véritables priorités pour les Sénégalais. Faut-il prioriser la restauration de l’honneur d’un individu ou plutôt la récupération des fonds publics qui auraient été détournés ? Cette interrogation cristallise le dilemme entre justice personnelle et justice collective. Si Ousmane Sonko détient effectivement un rapport non divulgué au Peuple sénégalais et qui incrimine Mame Mbaye Niang, l’attente porte sur la transmission de ce document à la Justice. Ce geste ouvrirait la voie à une information judiciaire contre l’ancien ministre, permettant ainsi d’élucider les faits allégués. Car, si ce rapport existe réellement, il constituerait la preuve d’un détournement de fonds publics estimé à 29 milliards de francs Cfa, une somme considérable que l’Etat pourrait et devrait récupérer au nom du Peuple sénégalais.

Contorsions juridiques et diversions

La réponse à l’ensemble des interrogations soulevées précédemment apparaît avec une clarté déconcertante : Ousmane Sonko n’agit pas véritablement au nom de la Justice, ni pour honorer la mémoire des jeunes décédés ou blessés lors des événements qu’il a lui-même déclenchés, notamment en appelant à l’action sous le slogan du «Mortal Kombat», après s’être discrètement rendu, de nuit, dans un lieu de plaisirs. Ceux que l’on présente aujourd’hui comme les «Tirailleurs de Sweet Beauty» n’ont finalement été qu’un tremplin politique, utilisés pour servir ses ambitions puis relégués à l’oubli une fois leur rôle rempli. En définitive, ce qui prime dans la démarche de Ousmane Sonko, c’est sa propre personne : sa réhabilitation, la restauration de son image et, plus encore, son obsession à accéder à la fonction suprême, celle de président de la République du Sénégal. Pour atteindre cet objectif, il semble prêt à tout, quitte à s’acharner malgré les obstacles et à aller à contre-courant des réalités ou des attentes nationales. Sa stratégie apparaît ainsi motivée avant tout par une logique personnelle, reléguant au second plan les enjeux collectifs et les véritables urgences du pays.

Et dans ce sombre dessein d’attentat contre la Justice, la Garde des sceaux Yassine Fall apparaît comme le seul élément nouveau apporté au dossier. L’ancienne ministre des Affaires étrangères dont le palmarès est écrit sur du sable du désert dans ce département, ne saurait être un élément nouveau sur lequel s’appuyer pour rouvrir ce procès. Ce qui serait une première au Sénégal. Même le Président Abdoulaye Wade qui en avait fait une promesse électorale en 2000, n’avait pu obtenir la réouverture du procès de Mamadou Dia.

Cette singularité met en lumière le fait qu’aucun autre fait inédit ou décisif n’a été relevé depuis le jugement, rendant ainsi la perspective d’une révision difficilement justifiable. Il se dit même que la demande de révision du procès de Sonko contre Mame Mbaye Niang aurait été rejetée à deux reprises sous le magistère du ministre Ousmane Diagne, limogé lors du remaniement de septembre dernier. Et ses propos, le 2 avril 2025, devant les députés, ont tout leur pesant d’or dans ce contexte. «Je n’ai jamais accepté qu’on fasse pression sur moi, surtout dans un sens déterminé. Qu’on ne compte pas sur moi pour exercer la moindre pression sur les magistrats du siège.»

Les Sénégalais avertis, savent que nous sommes dans l’impossibilité, juridiquement, de réviser ce procès. Ainsi, Ousmane Sonko et ses partisans doivent savoir que nul n’est au-dessus de la loi, quelle que soit sa popularité, quel que soit son poids politique. Il arrive des moments où chacun doit prendre ses responsabilités et regarder la réalité en face. Le pays traverse une phase délicate qui exige de la lucidité, pas des contorsions juridiques ni de diversions. La stabilité d’une Nation ne se construit ni dans l’émotion permanente ni dans la remise en cause systématique des décisions de justice. L’urgence, aujourd’hui, n’est pas de rouvrir des procès clos. Elle est ailleurs particulièrement dans la matérialisation des engagements à réformer en profondeur la Justice.

Par Bachir FOFANA