Recueillis par Woury DIALLO – Au lendemain du Grand Prix du chef de l’Etat des courses hippiques, marquant la fin de la saison, Le Quotidien a effectué un tour de piste avec le Dr Amadou Bassirou Fall, président du Cng. Entre bilan de la journée, de la saison, le patron du Cng des courses hippiques dégage les pistes de l’avenir du cheval.

PRIX DU CHEF DE L’ETAT

«Je commence par remercier Allah, le Tout-Puissant, de nous avoir permis de vivre avec beaucoup de succès le Grand Prix du chef de l’Etat édition 2026. C’était la fête nationale du cheval et elle a été très, très belle. Avec la présence des autorités, le président de la République a été représenté par une forte délégation conduite par M. Djamil Faye, qui est son Conseiller spécial. Il est venu avec le soutien du président de la République, notam­ment le soutien financier. La cérémonie a été rehaussée et présidée par la ministre des Sports, Mme Djirèye Clotilde Coly, et M. Ousmane Diagne, qui est le ministre chargé de l’Elevage. L’Assem­blée nationale a été fortement représentée. La Ville de Thiès était également représentée par le maire, le docteur Babacar Diop. Les autorités administratives étaient représentées par le sous-préfet de Thiès. Il y avait du beau monde. Véritablement, c’était l’apothéose, parce que c’est la fête du cheval dotée du Grand Prix du chef de l’Etat.»

PARI REUSSI DE LA MOBILISATION

«L’hippodrome était plein à craquer. Il y avait 7000 personnes. Et les autorités ont constaté qu’il est urgent pour le Sénégal d’avoir un hippodrome national, polyvalent, fonctionnel, capable de permettre au Comité national de gestion des courses hippiques d’organiser des courses et d’éviter les manquements observés lors du Grand Prix en matière d’organisation. Certes, nous avons fait beaucoup d’efforts dans le domaine de l’organisation… On a eu droit à cinq courses… Pour la première fois, un concessionnaire automobile est venu accompagner le Cng dans l’organisation du Grand Prix et un prix spécial dédié aux amateurs. Cette année, le thème du Grand Prix du chef de l’Etat est : «Le fair-play, notre plus belle victoire.»

De mémoire de Sénégalais, de turfistes, on n’a jamais eu une si belle organisation. On n’a jamais eu un si beau Grand Prix à tous points de vue. Parce qu’en dehors des cinq catégories de courses, il y avait des animations. Ensuite, il y a eu la fantasia avec des gendarmes, des jeunes athlétiques qui montent sur des chevaux. Ils les mettent au galop, ils sautent, ils descendent, ils remontent. Parfois, ils ont les pieds en l’air et ils sont toujours sur un cheval au galop.

A côté de cela, vous savez, c’est un patrimoine culturel. Donc, il y avait les femmes de Rufisque qui sont venues produire le «Ndawrabine». En­suite, il y a eu un élément important : c’est l’hymne national qui a été exécuté par la musique de la Gendarmerie nationale. Il y a eu beaucoup de décorations, beaucoup de dons qui ont été faits. La ministre des Sports a offert un ordinateur à un jockey qui a eu le Bac cette année. Ensuite, Madame Coly et le ministre de l’Elevage ont offert des équipements aux courses terroir. Ce sont les courses «Mbappatt», qui sont organisées dans le Djolof, au Fouta, au Walo, au Cayor. Et les gosses montent sans chaussures, sans casque, sans habillement correct, sans selle. Ils s’asseyent sur les chevaux directement et ils ont des équipements non autorisés. Et en plus de ça, ils ne sont pas assurés. Les pouvoirs publics m’ont donné comme instruction de moderniser ces courses. Le Cng a donc acheté des casaques, ce sont les tenues des jockeys, des chaussures… Nous avons acheté, sur instruction des autorités, des selles, des tapis de selle.

Nous avons primé les sapeurs-pompiers, qui sont avec nous tous les dimanches. Nous avons primé et décoré les policiers, les Gmi, le groupe opérationnel de la Gen­dar­merie, tous les membres du Cng, une trentaine de personnes. Le meilleur jockey de l’année, on lui a offert des cadeaux, mais aussi à la meilleure écurie de l’année, celle qui a eu le plus de victoires. Le point culminant, c’est Ayo, mascotte des Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj 2026), qui est venu participer à la fête. Le monde entier a vu Ayo prendre le trophée et le remettre au jockey victorieux. C’était vraiment sublime, c’était fantastique, c’était vraiment l’apothéose.»

BILAN DE LA PREMIERE ANNEE A LA TETE DU CNG

«Il est largement positif. Quand je suis arrivé, j’ai trouvé une dette de 55 millions Cfa. Les gens se disaient qu’ils n’allaient pas organiser cette course. Ils allaient s’arrêter parce qu’ils n’auraient pas les moyens de le faire. Moi, j’ai dit qu’il n’y a que Dieu, et que je ne compte que sur Dieu pour espérer réussir ma mission.

J’ai dirigé la filière équine en tant que directeur de l’Elevage des chevaux pendant 30 ans. Je suis le bâtisseur de la filière équine sénégalaise. J’ai construit tous les haras du Sénégal de 1989 à 2019. Pendant 30 ans, j’étais à la tête de l’Elevage des chevaux au Sénégal. J’ai construit les haras de Kébémer, de Thiès, de Kaolack, de Mbacké et de Daara. Je suis diplômé de l’Institut du cheval en France. J’ai développé les techniques modernes de reproduction, l’échographie vétérinaire, l’insémination artificielle. J’ai mis en place un système d’identification identique à celui qui est en France, avec des documents d’accompagnement sur le modèle international. Aujourd’hui, au lieu de classer les chevaux sur la base de la taille, nous sommes arrivés, avec l’appui du professeur Sakhir Thiam, à mettre en place un modèle de classification des chevaux basé sur la performance, les gains, la race et l’âge. Et cela nous a permis vraiment d’avoir un modèle mathématique pour classer les chevaux. Il y a les chevaux des groupe 1, groupe 2, groupe 3, les poulains de 2 ans, de 3 ans et ensuite les puissants…

Je viens en tant qu’expert, en tant que quelqu’un qui a réfléchi pendant 30 ans et qui a une vision, une claire conscience des axes stratégiques autour desquels il doit inviter l’Etat du Sénégal à organiser le développement des courses hippiques. Il nous faut agir sur plusieurs leviers. Avoir un hippodrome polyvalent et fonctionnel, des écoles de formation dans les métiers du cheval, il nous faut un moteur financier. Ici, c’est la Lonase, c’est le Pmu. Nous remercions le Directeur général de la Lonase qui a pris entièrement en charge le budget du Grand Prix du chef de l’Etat. Quand il a su que le budget était de 40 millions, il a dit qu’il prenait tout en charge au nom du chef de l’Etat, au nom du soutien naturel qu’il doit apporter à la filière des courses… Mon bilan, il est largement positif. En six mois, j’ai créé une révolution hippique au niveau du Sénégal.»

PERSPECTIVES

«L’organisation, la discipline, le moteur financier. Il nous faut régler la question de l’organisation au niveau des courses, faire en sorte que tous les acteurs se l’approprient. Il faut une approche multisectorielle, pluridisciplinaire, inclusive, participative, holistique. Il faut que chacun se sente impliqué, que chacun se sente important dans la construction de l’industrie hippique, qui est notre ambition. Tout le monde est important : les acteurs, les palefreniers, les jockeys, les entraîneurs, les amateurs de courses, les propriétaires, les vétérinaires, l’administration. Tout le monde a un rôle à jouer.

Je disais même que, pour le prochain Grand Prix du chef de l’Etat, nous allons nous y prendre très tôt, organiser cela le premier dimanche du mois de juillet pour éviter les pluies. Et ensuite, nous allons demander à M. le Gouverneur de la région de faire un cercle spécial sur le Grand Prix du chef de l’Etat, afin que tous les services compétents puissent prendre leurs dispositions et accompagner le Cng dans l’organisation de la journée dédiée au chef de l’Etat. Notre objectif, c’est d’arriver un jour à avoir le chef de l’Etat, le jour du Grand Prix qui lui est dédié. C’est possible, parce que cette année, nous avons organisé une journée hippique extraordinaire, jamais vue au Sénégal. C’était le Grand Prix dédié à la Gendarmerie nationale. Il y avait quatre ministres : Forces armées, Intérieur, Sports, Elevage. Il y avait tous les généraux, l’Inspecteur général des Forces armées, le Sous-chef d’état-major général des Armées. Il y avait les généraux, plus de 300 gendarmes habillés en bleu. C’était magnifique, c’était beau. Ils se sont appliqués et la fête était trop belle. Il n’y avait jamais eu, de mémoire de Sénégalais, autant d’organisation et de discipline.»

MESSAGE AUX TURFISTES

«Je suis un homme de devoir. Le ministre de l’Elevage m’a dit hier : «La République vous est reconnaissante.» La ministre des Sports m’a dit qu’ensemble, nous allons relever beaucoup de défis. Cela veut dire que les pouvoirs publics, aujourd’hui, non seulement m’ont témoigné toute leur reconnaissance, mais m’ont également marqué leur gratitude et exprimé leur satisfaction pour la qualité de l’organisation. Mais c’est un clin d’œil, en fait, pour me dire que nous allons réfléchir à l’organisation d’une journée d’information sur les courses hippiques en faveur des jeunes.

wdiallo@lequotidien.sn