La mesure du ministre de la Fonction publique n’a aucune prise sur la réalité. Pour cause, le Droit ne peut s’exercer convenablement que lorsque son opportunité est avérée. Autrement, il sera facteur de désordre beaucoup plus qu’il ne pourra maintenir la paix civile. Le Droit, opportunité manquée et opportunité saisie, peut aussi «dédémocratiser» en un rien de temps. C’est ainsi que, par exemple, la question de l’interdiction du voile islamique peut apparaître comme relevant d’un juridisme de mauvais aloi.
C’est faux que de laisser croire que l’application stricte des règles établies est une caution désincarnée d’Etat de Droit. Des lois, bien que reconnues, tombent en désuétude pour les mêmes raisons qui font que d’autres nécessitent des précautions, de la discrétion ou de la feinte quand vient le temps de les appliquer. La force publique ne peut pas garantir le respect des normes établies si les autorités ne misent pas sur la correspondance entre les thèses répandues et le Droit positif.
Il faut se rappeler le cas des deux travailleurs de la pharmacie Guigon qui étaient licenciés pour insubordination parce qu’ils avaient fait leurs prières durant les heures de service. Voilà où mène le pilotage inconsidéré et impétueux des feuilles législatives et consorts. Ce qui donne force au Droit, c’est la possibilité pour les populations de le reconnaître comme le verdict de leur propre raison. Jamais une décision des pouvoirs publics ne peut être aussi forte et légitime que quand elle rencontre l’agrément populaire.
De l’avis des esprits carrés, il faut infliger aux travailleurs en faute la peine exemplaire et dissuasive. C’est leur anachronisme. Les décideurs, jusqu’aux juges, jusqu’aux acteurs de la vie publique, ont la charge distincte de garantir le bon fonctionnement des institutions par l’exemple certes, mais surtout par la mesure et le discernement. Le citoyen s’ajuste et s’adapte tout naturellement à l’état des lieux ; d’où la nécessité du procédé méthodique et graduel. L’Etat de Droit, pour son effectivité et sa robustesse, doit également se nourrir en tout temps du sentiment populaire.
Birame Waltako NDIAYE
