A 37 ans, Idrissa Gana Guèye a été le seul Lion à véritablement rugir face à la France. Dans un match que le Sénégal a semblé jouer à moitié, le milieu de terrain a offert une première période de haute facture, rappelant, par contraste, l’inquiétante question qui plane sur l’avenir : après Gana, qui ?

Par Malick GAYE – Une nuit sans étoiles ! Hier, face à la France, les Lions ont sombré dans l’obscurité au retour des vestiaires, oubliant soudainement les règles élémentaires du jeu qu’ils pratiquent depuis l’enfance. Une capitulation collective, silencieuse, presque honteuse. Et pourtant, dans cette grisaille, une lumière a persisté. Une seule. Celle de Idrissa Gana Guèye.

A 37 ans, un âge où beaucoup de footballeurs regardent déjà les matchs depuis leur canapé, Gana a rendu une copie que bien des trentenaires lui envieraient. Généreux jusqu’à l’os, intelligent dans le placement, propre dans la récupération, il a survolé la première période avec l’autorité tranquille d’un homme qui connaît chaque recoin de son métier. Pas de fioriture inutile, pas de panique sur le ballon. Juste du football, pur et efficace.

Ce qui rend sa performance encore plus remarquable, c’est le contexte dans lequel elle s’inscrit. Gana avait manqué la fin de saison avec son club. On pouvait légitimement douter de son état de forme, de sa capacité à tenir le choc dans un match de haute intensité. Mais lui, imperturbable, a remis les pendules à l’heure avec la sobriété du sage qui n’a plus rien à prouver, sinon à lui-même. Un Gana en pleine forme aurait été une aubaine, dit-on. Peut-être. Mais le Gana d’hier soir était déjà une bénédiction pour une équipe qui en avait cruellement besoin.

La vraie question, celle qui devrait tenir en éveil le sélectionneur et les dirigeants, n’est pas de savoir pourquoi les Lions n’ont pas su enchaîner en seconde période. Elle est bien plus vertigineuse : qui, demain, fera ce que Gana fait aujourd’hui ? Qui prendra des risques avec cette témérité calculée, cette capacité à lire le jeu avant que le jeu ne se déroule ? La relève, si elle existe, n’a pas encore montré son visage.

Gana joue comme on récite une prière apprise par cœur : avec le corps, avec l’âme, et sans jamais trébucher sur les mots. Pendant que ses coéquipiers cherchaient encore leurs repères, lui avait déjà terminé sa deuxième rak’a. Le plus beau et le plus inquiétant cadeau qu’il pouvait faire au football sénégalais dans cette Coupe du monde, c’est peut-être d’avoir montré, une fois encore, à quel point il nous manquera.

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