Il faudra du temps pour notre tourisme, confronté à ses contradictions récurrentes d’organisation et d’orientation, de se relever de l’endormissement. Ce secteur a tellement de choses à concevoir, comme contenus, comme changements de paradigme attendus, en sus des artistes avec leurs rêves, des talents associés, qui devraient être de la partie, une formidable ingénierie pour épater le monde. Mudra Afrique et Senghor par exemple.
Les préposés à la promotion ont plus géré la léthargie, pire, les illusions d’un tourisme ressuscité, que l’inventivité. Ils n’ont à ce jour présenté la moindre esquisse de séduction. L’Aspt n’a aucun programme, a fortiori une «déclaration de politique générale touristique», une vision, servie urbi et orbi, définissant ainsi les grands axes, les nouvelles stratégies et cibles pour relancer la machine. Mais hélas, c’est toujours le rituel, «les bonnes intentions qui pavent le chemin de l’enfer», le sempiternel discours angélique, sirupeux des lendemains qui chantent, à la limite du prosélytisme touristique pour ceux qui y croient, comme disait Jacques Chirac.
Aujourd’hui, le résultat des contre-performances de notre tourisme, en dépit de l’agitation, n’en déplaise, est une réalité aussi évidente qu’un nez sur la figure. C’est une asymétrie entre ce qu’on nous annonce et la réalité.
Un non-bilan de l’Aspt, s’il en existe depuis l’avènement des nouvelles autorités, ne peut que corroborer mes affirmations.
C’est dire que notre tourisme ne séduit plus, il ne porte pas de paillettes, de bling-bling, ne déclenche pas ces folles envies, ne titille pas les papilles gustatives pour déclencher l’appétit de venir goûter les épices et saveurs du pays, de fantasmer, de se dorer la pilule au soleil. Quel est le coefficient de retour pour notre pays, si tant est que ce chiffre existe, pour appuyer la thèse d’une situation reluisante dans le secteur ? Une autre unité de mesure que tout est beau, comme prétendu ?
Mais à la vérité, c’est la vacuité d’un contenu, faute de créateurs, pour la simple raison que toutes les actions relatives à la démarche de l’agence se jouent à guichets fermés entre fonctionnaires néophytes en matière de business. Seuls des choix subjectifs entrent dans le «brain trust» pour justifier l’inclusivité dans le supposé «schéma fédérateur» de l’agence. Des études sont confiées à des cabinets ou consultants qui n’ont aucun pedigree notable dans le secteur. Dans le même sillage, seuls ceux qui plaisent sont invités à des événements de l’agence. C’est le côté jardin.
Côté cour, c’est le constat d’une culture touristique inexistante dans le tissu social à même de sensibiliser les populations sur l’importance du tourisme pour notre économie. L’Aspt aurait dû, en matière de sensibilisation, faire de cet aspect une pédagogie permanente, éduquer inlassablement les masses, conscientiser le citoyen de veiller à la salubrité de l’environnement. Malheureusement, l’agence est dans un management sans feuille de route. Il n’y a pas de pilote dans l’avion, a fortiori un plan de vol.
Mais le plus navrant, c’est le défaussement sur les gestions antérieures, quand il est attendu de l’actuel management la rupture, des nouveautés comme décliner ses activités durant toute l’année en enjambant même la saisonnalité, en rompant avec la division de l’année touristique en haute et basse saisons, en exhumant la défunte charterisation ou en lançant un low-cost. Ç’aurait été une rupture systémique majeure, une trouvaille géniale, et le bonheur subséquent d’engranger, pour l’Etat, des devises et le maintien du pouvoir d’achat de tous les métiers vivant du tourisme. Un programme séquencé, disons-nous, échelonné le long de l’année, en sus d’événements majeurs à date échue, avant d’aller les vendre. Mais hélas, le Sénégal est à ce jour un désert événementiel, hormis un festival de jazz qui a perdu en qualité, en sonorité, en sublimation depuis le retrait du Centre culturel français au profit de la souveraineté saint-louisienne, sans le bagout jazzistique.
Mais dans tout cela, il faut de l’entregent, de l’inventivité, le sens des affaires et surtout du talent.
C’est le b.a.-ba, l’approche somme toute basique avant de toucher au nerf de la guerre, l’argent. En sortir de manière substantielle, pour atteindre le graal, convoiter par ce biais le retour de l’investissement, sauf qu’à son corps défendant, l’Aspt est pauvre, n’a pas les moyens de sa politique. Paradoxale situation quand on veut le maximum avec le minimum.
En revanche, il est à saluer avec respect, sinon imiter l’exemple patent d’un pays qui croit au tourisme et qui s’en donne les moyens : le Rwanda, qui considère le tourisme comme un pilier stratégique de son développement. Ce pays y consacre environ 10% de son budget national. Cette stratégie de haut niveau, axée sur l’écotourisme et le tourisme de luxe (gorilles), a généré 685 millions Usd de recettes en 2025.
Le partenariat «Visit Rwanda» avec l’équipe d’Arsenal, qui s’achève en juin 2026 après huit saisons, représentait un investissement annuel d’environ 13 millions de dollars (environ 7, 4 à 10 milliards de francs Cfa selon les périodes) pour afficher le logo sur la manche du maillot. Le partenariat avec le Paris Saint-Germain est de 15 millions d’euros valable jusqu’en 2028.
Mais la référence africaine par excellence est le Maroc, qui a atteint en 2025 des niveaux record avec des recettes en devises de 138 milliards de dirhams (Mmdh), dépassant les objectifs de la feuille de route 2023-2024. Le secteur, pilier économique, a généré un Pib dépassant les 116 Mmdh en 2024 et plus de 19 millions d’arrivées en 2025, soutenu par des investissements dans la connectivité et l’offre.
C’est juste pour illustrer que notre pays n’a pas, hélas, les moyens de sa politique. La logique dans ce monde des affaires est cruelle. Un petit budget avec un petit programme ne génère que de la petite monnaie. Il n’y a donc pas de miracle pour ceux qui savent, d’autant que nous n’avons pas de thaumaturges qui prolongent le rêve, en promettant 3 millions de touristes en 2050, 10% du Pib et 500 000 emplois. Alléluia !
El Hadj Ndary GUEYE
Journaliste-consultant en ingénierie touristique
