La Justice marocaine a rejeté hier les demandes de liberté provisoire pour les 18 supporters sénégalais et un ressortissant algérien, poursuivis après les violences survenues lors de la finale de la Can 2025 à Rabat. Malgré les garanties offertes par la défense et les appels à la clémence diplomatiques, le Tribunal privilégie la fermeté face à la gravité des accusations de hooliganisme.
La Justice marocaine a tranché. Lors de la deuxième audience consacrée aux incidents survenus pendant la finale de la Can 2025, le Tribunal de première instance pénale de Rabat a rejeté toutes les demandes de liberté provisoire présentées par la défense des supporters sénégalais et du citoyen algérien impliqués dans les actes de hooliganisme, de violences et de dégradation commis au Stade Prince Moulay Abdellah. Cette décision marque une étape clé dans un dossier suivi de près par l’opinion publique, tant pour sa portée judiciaire que pour son impact sur l’image du football africain et la sécurité lors des grandes compétitions sportives.
Des chefs d’accusation lourds et multiples
Les ressortissants sénégalais sont poursuivis pour une série d’infractions liées à la violence dans les stades, notamment la participation à des actes de violence lors d’une rencontre sportive, l’intrusion sur la pelouse par usage de la force, la dégradation d’équipements sportifs, les violences à l’encontre des Forces de l’ordre et le jet volontaire d’objets solides ayant causé des dommages à autrui.
Le citoyen algérien, pour sa part, fait face à des accusations similaires, auxquelles s’ajoute le jet volontaire de substances liquides ayant entraîné des dommages. Dans les deux cas, le Ministère public considère que les faits sont suffisamment établis pour justifier le maintien en détention provisoire, au regard de leur gravité et de leur impact sur l’ordre public.
Une audience marquée par la question linguistique et la présence d’un
traducteur
Dès l’ouverture de l’audience, la formation du Tribunal s’est assurée que les accusés comprenaient bien les procédures engagées contre eux. La majorité des prévenus ont déclaré ne pas maîtriser la langue arabe, indiquant parler uniquement le français, certaines langues locales sénégalaises ou encore l’espagnol. Cette situation a conduit le Tribunal à recourir à un traducteur assermenté, garantissant ainsi le respect des droits de la défense et le caractère équitable du procès.
Les tentatives de la défense pour obtenir une liberté provisoire
Les avocats des accusés ont multiplié les arguments pour tenter d’obtenir la mise en liberté provisoire de leurs clients. Pour les ressortissants sénégalais, la défense a invoqué les garanties juridiques prévues par la législation marocaine en faveur des étrangers, soulignant que l’ambassade du Sénégal pouvait servir d’adresse officielle pour toute convocation judiciaire. Une avocate du Barreau de Rabat a également proposé des mesures alternatives telles que le versement d’une caution financière, la confiscation des passeports ou encore l’interdiction de quitter le territoire marocain, estimant que ces dispositifs permettraient de garantir la présence des accusés aux prochaines audiences sans recourir à la détention.
Le rejet ferme de la Cour et la position du Ministère public
Malgré ces plaidoiries, le Tribunal a rejeté l’ensemble des demandes de liberté provisoire. Pour la Cour, la gravité des faits, leur caractère collectif et leur impact direct sur la sécurité publique justifient pleinement le maintien en détention. Le représentant du Ministère public a été particulièrement ferme, rappelant que ce dossier relève avant tout de la justice pénale et qu’il doit être traité selon les règles strictes de la loi, indépendamment de toute considération diplomatique ou sportive. Il a souligné que les actes commis ont été observés en direct par des millions de téléspectateurs et que, sans la retenue et la sagesse du public marocain, les conséquences auraient pu être dramatiques. Cette déclaration vise à rappeler que la responsabilité pénale des accusés est engagée non seulement pour leurs actes matériels, mais aussi pour le risque majeur qu’ils ont fait peser sur la sécurité collective.
Le juge d’instruction a décidé de reporter l’audience à une date ultérieure.
La défense des accusés sénégalais a tenté d’invoquer la profondeur historique des relations entre le Maroc et le Sénégal, appelant la Cour à faire preuve de clémence au nom de l’amitié entre les deux peuples. Elle a même rappelé la tenue prochaine de rencontres officielles entre responsables marocains et sénégalais. Le Ministère public a toutefois balayé cet argument, réaffirmant que la Justice ne peut être influencée par des considérations diplomatiques. Pour l’accusation, il s’agit d’un dossier pénal fondé sur des preuves vidéo claires, où chaque accusé a été filmé en pleine action, ce qui rend toute tentative de relativisation juridiquement irrecevable.
Avec Lpjm
