C’est le chaos à la gare Agdal avec des Lions livrés à eux-mêmes. Il est 18h 20 à la gare de Rabat-Agdal. Le train s’immobilise, mais l’accueil espéré n’est pas au rendez-vous. En lieu et place d’un corridor sécurisé pour les champions d’Afrique, c’est l’anarchie qui attend Sadio Mané et ses coéquipiers. Dans le hall de la gare, l’air est irrespirable. Aucune barrière, aucun cordon de sécurité, aucune haie de protection. Les joueurs sortent et se retrouvent instantanément noyés dans une marée humaine où supporters marocains et sénégalais se mélangent dans une bousculade effrayante. Sous l’œil de policiers locaux étrangement passifs, les Lions doivent jouer des coudes. On voit Kalidou Koulibaly protéger ses partenaires, des membres du staff désorientés cherchant l’issue, tandis que le bus est posté à l’extérieur, comme un mirage inaccessible. «On ne s’attendait vraiment pas à ça. C’est regrettable. On ne peut pas accueillir une équipe dans ce désordre», s’indigne Cheikh Seck, vice-président de la Fédération sénégalaise de football (Fsf), le visage marqué par l’incompréhension.
Pourtant, loin de s’avouer vaincus, les officiels sénégalais y voient un levier psychologique. «On est habitués. Cela va davantage motiver le groupe. Inchallah, on fera le match qu’il faut pour rentrer avec la Coupe», martèle Cheikh Seck, avec une détermination froide.
Si les joueurs ont dû se frayer un chemin physiquement, les supporters, eux, sont face à un mur financier et administratif. Le cri de ralliement a changé : ce n’est plus «Gaindé», mais «Libérez les billets !» qui résonne dans les rues de la capitale chérifienne.
L’accès au Stade Prince Moulay Abdellah est devenu un luxe indécent. Alors que les plateformes de la Caf affichent «sold-out» depuis des jours, le marché noir prospère sous le manteau à des prix vertigineux entre 2000 et 3000 dirhams. Soit 130 000 à 195 000 F Cfa pour un seul précieux sésame.
Pour de nombreux supporters sénégalais ayant fait le voyage, la douche est froide. «C’est une stratégie pour nous écarter du stade», peste un fan en maillot vert, bloqué devant la gare. Les autorités sénégalaises, par la voix de Elimane Lam, membre du Comité exécutif de la Fédé, tentent de rassurer : «C’est déplorable, mais nous prendrons les dispositions pour que l’équipe soit dans les meilleures conditions.»
Dimanche, sur la pelouse, il n’y aura que onze Lions contre onze Lions pour un final haletant. Mais comme le dit l’adage à Dakar : «Un Lion ne meurt jamais, il dort.» Et celui de la Teranga semble s’être réveillé de très mauvaise humeur après l’épisode de la gare Agdal.
Par Woury DIALLO-wdiallo@lequotidien.sn
(Envoyé spécial à Tanger)

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