Organisée à Thiès par le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr) en collaboration avec l’Ong Humundi, la 9e édition du festival «Alimenterre» réunit les acteurs du monde rural jusqu’au 31 octobre. En s’inscrivant dans l’agenda de transformation «Sénégal 2050», l’événement ambitionne de promouvoir une production durable, une alimentation saine et une véritable autonomie semencière et financière pour le monde agricole.

Par Justin GOMIS – Le Conseil national de concertation et de coopération des ruraux (Cncr), en partenariat avec l’Ong Humundi, a donné, ce lundi, le coup d’envoi de la 9e édition du festival «Alimen-terre». Prévu jusqu’au 31 octobre à Thiès, cet événement majeur est axé sur la quête de la souveraineté alimentaire nationale, autour du thème : «Souveraineté alimentaire au Sénégal : produire durablement, manger sainement, nourrir nos villages et nos villes.» «Ce festival s’inscrit pleinement dans l’agenda de transformation «Sénégal 2050», qui fait de la souveraineté alimentaire l’un des piliers essentiels de la souveraineté nationale, au même titre que les volets économique, énergétique, sanitaire et intellectuel», a souligné Cheikh Oumar Ba, lors de la cérémonie d’ouverture.

Face aux volumes d’importations alimentaires qui pèsent lourdement sur la balance commerciale, l’autosuffisance s’impose aujourd’hui comme une priorité absolue de l’Etat. «Nous importons jusqu’à 70% de nos besoins en riz, blé, maïs, lait, huile et sucre.

Chaque année, près de 1000 milliards de francs Cfa de ressources publiques sont engagés pour acheminer ces denrées. Il est impératif d’inverser cette tendance», a affirmé le représentant ministériel, réitérant la volonté de son département d’accompagner l’ensemble des acteurs du secteur. «Notre ambition est de faire du Sénégal un pays qui se nourrit dignement tout en stabilisant les prix dans la sous-région.

La souveraineté alimentaire ne se limite pas à la simple production ; elle exige également de commercialiser et de valoriser nos produits locaux», a-t-il précisé.

Accès au foncier, semences et soutien aux exploitations familiales

Pour Adja Yaram Fall, présidente du Collège des femmes, l’atteinte de cet objectif requiert des réformes structurelles claires : sécurisation foncière, autonomie en semences de qualité, renforcement des compétences et financements adaptés. «Il faut encourager l’industrialisation de notre agriculture en implantant des infrastructures de transformation et de conservation destinées aux fermes familiales, tout en promouvant activement l’exploitation agricole familiale», a préconisé Mme Fall. Elle a insisté sur la nécessité de faire voter la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire : «Cette loi doit garantir une véritable autonomie semencière à nos villes et nos villages, car sans semences de qualité, aucune production durable n’est possible.»

De son côté, Adja Aram Diop a appelé l’Etat à mettre en place des mécanismes d’accompagnement ciblés, notamment en matière de crédit et d’assurance agricole, au profit des femmes et des jeunes confrontés aux contraintes de l’agriculture et de l’élevage. Un constat partagé par Pape Assane Diop, représentant de l’Ong Humundi : «Si le pays veut atteindre l’autosuffisance, il ne suffit pas d’augmenter les volumes produits. Il faut impérativement transformer et structurer la commercialisation.»

Mutualisation des forces et préférence nationale

Face à ces enjeux, les organisations paysannes réaffirment leur pleine mobilisation aux côtés des autorités nationales pour accélérer la mise en œuvre de ces choix stratégiques. «Le Collège des femmes et le Collège des jeunes restent mobilisés pour faire réussir cette noble mission. La souveraineté alimentaire ne se décrète pas par la seule disponibilité des produits : elle se construit méthodiquement par l’union des forces de l’Etat, des collectivités territoriales, des organisations paysannes, du secteur privé, des partenaires financiers et des consommateurs», a affirmé Adja Aram Diop. Pour transformer durablement le secteur agricole, le Ministère de l’agriculture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage (Masae) préconise la mutualisation des ressources à travers des Partenariats public-privé (Ppp). L’objectif est d’assurer des débouchés stables, de créer des emplois décents en milieu rural, de mieux redistribuer la richesse et d’ancrer la préférence nationale dans les habitudes de consommation des Sénégalais.

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