Cet imam qui, il n’y a guère longtemps, reprochait aux adversaires de la loi Sonko contre l’homosexualité de faire de la politique, est probablement le nouveau monsieur Jourdain de la politique : il fait de la politique sans s’en rendre compte. Ou peut-être qu’il est dans la manipulation des esprits. De défenseur des valeurs à défenseur de Sonko : c’est au moins un progrès, car ça permet de comprendre beaucoup de choses. Cette sortie, qui restera dans les annales, est un modèle de contre-vérités et d’incohérences.

En affirmant que le fait de faire voter une loi punissant plus sévèrement l’homosexualité tout en sachant que son ami est homosexuel, prouve que Sonko est véridique, imam Sylla fait un amalgame dangereux pour sa crédibilité. Ce n’est vraiment pas très honnête comme inférence. D’abord, la loi n’est pas une initiative de Sonko, mais de la Société civile : Sonko n’a fait que court-circuiter la volonté de la société en proposant une loi qui prétend donner corps à une revendication sociale. On peut faire toutes les contorsions possibles, mais ce qui était au début demandé, et qui explique le dialogue de sourds avec l’ancien régime, c’est la criminalisation. Il y a en Afrique et ailleurs, des lois criminalisant l’homosexualité : si le Sénégal a choisi une autre voie, c’est son droit, mais ça ne prouve guère un quelconque courage. Ensuite, une loi n’est pas votée pour une personne, elle ne saurait être un moyen de dénoncer ou de cacher un individu.

Voter ou faire voter une telle loi ne prouve absolument pas qu’on a le courage de punir les siens. La sanction est individuelle, la loi a une portée générale. C’est frauduleux comme raisonnement, car il y a des exemples qui prouvent le contraire de ce qu’il dit. Il faut dire à imam Sylla que la loi existait bel et bien, ce régime n’a fait que la corser. Sonko n’a nullement dénoncé son ami à la Justice, c’est faux et déloyal comme énoncé ! Dites à imam Sylla qu’il y a des parents qui ont renié leur propre enfant pour cause d’homosexualité, que des familles ont éclaté à cause de ce drame, que des divorces ont été occasionnés par ce phénomène, que beaucoup d’amitiés se sont défaites pour la même raison. Il veut absoudre Sonko, qu’il l’assume, car personne ne l’a incriminé : on s’étonne simplement qu’il ait été au courant de cette affaire tout en maintenant ce lien d’amitié, car ce n’est pas conforme à la tradition que nous vivons tous les jours.

Cet imam prend, sans aucune modération, la défense de Sonko (que personne n’a d’ailleurs mis en cause) et attaque sans raison un autre imam qui a préféré, par principe de précaution, changer d’hôtel pour ne pas cohabiter avec un goordjigène. Il reproche à son collègue imam d’absence de retenue et de commérages. Cette inférence est un exemple typique de ce qu’on appelle un paralogisme : c’est-à-dire un raisonnement en apparence logique, mais absurde quant aux faits. Il a volontairement tu une partie des faits, c’est malhonnête. Ce que son collègue a dit est pourtant simple : il a entendu la voix de Ndiaga Seck, ça l’a choqué, il en a parlé à un ami (qu’il dise lui s’il n’a jamais demandé un renseignement sur quelqu’un) et ce dernier lui a dit que c’est le Célèbre untel. Connaissant la renommée de ce dernier, l’imam a tout bonnement joué la carte de la prudence en changeant d’hôtel.

Un autre biais indécent dans ses attaques contre son collègue imam : il affirme qu’imam Khalifa aurait dû dénoncer l’ami de Sonko dès qu’il est rentré de La Mecque : est-ce vraiment sérieux ? Comment peut-on dénoncer quelqu’un sans avoir des preuves concrètes ? Il se permet de dire qu’il croit Ndiaga Seck, mais reproche aux autres de ne pas le croire. Comment peut-on croire un homosexuel qui ment sur son orientation sexuelle ? Il croit Ndiaga, mais ne trouve pas que ce dernier aurait dû révéler lui-même sa propre homo­sexualité ! De qui se moque-t-on ? Si tu es libre de croire un homosexuel sur des propos qui lui sont attribués (car jusqu’à preuve du contraire, personne n’a lu cela sur un Pv). Ah oui, j’avais oublié que, comme l’a théorisé Sartre, toute croyance est projet de croyance. Vous avez opté de croire pour des raisons évidentes : votre affirmation indécente selon laquelle Sonko mérite d’être Président a trahi votre âme ! Du coq à l’âne ou l’art de faire de la politique à travers la toge religieuse.

Imam Sylla reproche à des Sénégalais de s’interroger, de faire usage de leur capacité critique parce qu’ils reprochent à Sonko de ne pas dénoncer son ami ou d’être ignorant de son orientation sexuelle. C’est très malhonnête, car deux Sénégalais ont croupi en prison dans cette affaire : imam Ndao et Bah Diakhaté. Ce que les citoyens questionnent, c’est la probabilité d’un mensonge. Ce n’est pas la question de la tendance sexuelle d’untel qui est en jeu, mais une question de transparence, de justice, d’équité. Heureusement que parler, c’est se révéler : ku wax féeñ. Imam Sylla croit savoir qu’il y a des gens qui, par essence, ne peuvent pas croire (j’en fais partie), mais que se passerait-il si on lui retournait la remarque ? Cet imam fait de l’amalgame, car Sonko n’est pas n’importe qui, il est Pm, il se prend pour un modèle d’exemplarité : on ne peut pas ne pas chercher à savoir s’il était au courant de cette histoire. Sonko n’est pas imam Khalifa, encore moins un animateur de télé, il faut être sérieux.

Une autre affirmation erronée et apocryphe : imam Sylla prétend qu’aucun homme politique n’a jamais fait ce que Sonko a fait dans la lutte contre l’homosexualité. C’est archifaux, car la loi existait depuis Senghor, Sonko n’a fait que la colorer de populisme. Pérorer une telle contrevérité, c’est mal payer les députés (de l’opposition comme du pouvoir) qui ont pris sur eux la responsabilité de porter la loi. En réalité, imam fait de la politique en reprochant aux gens de politiser cette affaire. De toute façon, c’est la politique qui décide de la façon dont cette affaire doit être traitée.

Enième contrevérité, il prétend que Sonko aurait pu intervenir pour étouffer l’affaire. D’abord, il ne sait pas comment cette affaire a commencé et à quel point on ne pouvait plus l’étouffer dès l’instant que PCD a avoué et que les portables ont parlé. De toute façon, son affirmation est gratuite et sincèrement mal venue, à moins qu’il cherche à défendre quelqu’un. L’imam trouve refuge dans un parallélisme aberrant : il met les collègues d’un homosexuel dans un média et l’amitié entre deux personnes sur le même pied. Heureusement d’ailleurs que l’imam n’avait pas en face de lui un journaliste : il lui aurait demandé s’il avait des preuves que Macky Sall déroulait un agenda homosexuel, malgré ses déclarations face à Obama, aux autres chefs d’Etat et face aux caméras de France 24 ? C’est la même personne qui reproche à son collègue imam de ne pas être «màndu» parce qu’il a préféré quitter l’hôtel où logeait Ndiaga Seck réputé être un homosexuel.

Alassane K. KITANE