C’est maintenant que la diplomatie, comme l’oiseau de Minerve, doit déployer ses ailes pour mobiliser connaissances, savoir-faire diplomatique, intelligence interculturelle, communication de compromis, lobbying, etc., pour faire libérer nos compatriotes détenus au Maroc. Mais rien de tout cela ne peut être opérationnel ni efficient sans le sens de l’éthique. Or, l’éthique, c’est d’abord la vérité : sans l’éthique de la vérité, même la foi est vaine. La victoire est belle, et la compétition doit être, s’il le faut, féroce, mais il faut sauvegarder l’esprit du sport qui transcende le sport et lui donne son sens. Ce qui s’est passé au Maroc est une tragédie, et ce pour plusieurs raisons. D’abord, le Sénégal et le Maroc ont des relations tellement imbriquées que ces évènements ont été comme du sable dans le couscous. Ensuite, notre pays a toujours été un pays de fair-play ; une réputation qui n’est pas du tout antinomique avec l’esprit de hargne pour gagner. C’est enfin une tragédie parce que la gestion de ces évènements par la Fédération, les autorités politiques et les supporters sénégalais n’a pas été très bonne. Le chauvinisme poussé à l’extrême devient une cécité, une conduite qui s’aveugle par sa démarche brutale, pulsionnelle et irréfléchie.
En Côte d’Ivoire, on a perdu un match que nous aurions pu gagner si l’arbitrage n’avait pas été médiocre, pourtant aucun supporter sénégalais n’a osé avoir un comportement hooligan. Au Mali, le pays-hôte nous a hués et conspués de façon fanatique en finale contre le Cameroun, mais les supporters sénégalais n’ont pas osé adopter de tels comportements. Le comportement qu’on a eu au Maroc aurait peut-être provoqué des morts dans d’autres pays africains : soyons lucides. Les Marocains ont certes mal agi, aussi bien sur le terrain (vol de serviettes et autres actes antisportifs) que sur l’intervention des Forces de l’ordre. Mais soyons justes : si nos Forces de l’ordre ont pu, ici même, chez nous, avoir une attitude aussi violente que celle exercée sur les étudiants, ne pourrait-on pas comprendre celle de la police marocaine ? Nous ne cherchons à absoudre personne : nous voulons une décrispation et un retour aux fondamentaux des relations entre les deux pays. Ce qui s’est passé au Maroc ne doit plus se répéter : ne pas tenir ce langage aux jeunes, c’est faire du populisme. Mettons-nous à la place des autorités marocaines et demandons-nous si nous aurions toléré que des supporters étrangers fassent preuve de hooliganisme dans nos stades.
Ce qui est fait est fait, il faut maintenant sauver les meubles, et pour ce faire, il faut une introspection après l’euphorie de la victoire de nos braves Lions. Il faut oublier le voyage opportuniste, inefficient et brouillon de Sonko au Maroc, et laisser la place à une diplomatie sérieuse, intelligente et coordonnée. Maintenant que le jugement est prononcé, les autorités sénégalaises peuvent activer les réseaux diplomatiques : un appel des avocats pourrait être l’emballage des tractations diplomatiques. La grâce royale aussi pourrait faire le nécessaire. Il me semble plus indiqué d’activer la diplomatie que d’actionner des réseaux d’activistes qui attisent le feu de la haine et de la discorde entre peuples et pays. Une leçon de morale me semble urgente au regard de ce qui s’est passé : subir une injustice n’autorise pas certains abus ; présenter des excuses pour ses fautes ne transforme pas une injustice subie en justice, ni ne rend faible.
Alassane K. KITANE

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