Il y a des signaux faibles qui, mis bout à bout, dessinent une ligne de fracture. Et il y a des faits répétés qui, eux, ne laissent plus place au doute. Depuis plusieurs semaines, le Sénégal donne à voir une scène institutionnelle troublante : celle d’un chef du gouvernement qui semble évoluer dans une orbite propre, au risque d’installer dans l’esprit des citoyens, l’idée d’un Exécutif à deux têtes.

Que faut-il comprendre lorsqu’un président de la République engage une tournée économique structurante pendant que son Premier ministre mène, simultanément, une tournée à connotation politique à l’intérieur du pays ? Quelle lecture faire d’un agenda qui, loin de se compléter, paraît se concurrencer ? Dans toute démocratie fonctionnelle, la hiérarchie des rôles et la cohérence de l’action publique ne sont pas des options. Elles sont le socle même de la crédibilité de l’Etat.

Plus préoccupant encore : le symbole républicain du 3 avril, veille de la Fête de l’indépendance. Alors que le chef de l’Etat s’adresse à la Nation dans un moment solennel de communion et de pédagogie institutionnelle, le Premier ministre choisit d’organiser, au même moment, une cérémonie politique. Cette simultanéité n’est pas anodine. Elle brouille le message, fragilise la portée de la parole présidentielle et installe une concurrence là où devrait prévaloir l’alignement.

Et que dire de cette déclaration : «Je ne travaille pas pour le Président mais pour le Sénégal» ? Derrière l’apparente vertu patriotique, se cache une dérive discursive dangereuse. Car dans un régime où le Président est élu pour incarner la volonté nationale, opposer le Sénégal à son chef de l’Etat relève d’un populisme simpliste, voire d’une remise en cause implicite de la légitimité institutionnelle. Servir le Sénégal, c’est d’abord respecter les institutions qui le structurent.

La dissonance atteint son paroxysme lorsque, pendant que le Président préside une cérémonie solennelle au Cicad, son Premier ministre communique sur la restructuration de son parti. Là encore, le télescopage des priorités interroge : gouverne-t-on pour l’Etat ou pour une formation politique ? Et surtout, à quel moment la loyauté institutionnelle cède-t-elle le pas à une stratégie personnelle ?

Il ne s’agit pas ici de querelles d’ego, ni de divergences bénignes. Il s’agit d’une question de principe : un Etat ne peut durablement fonctionner avec deux centres d’impulsion concurrents. Cette ambiguïté affaiblit l’autorité de l’Exécutif, trouble les partenaires internationaux et désoriente les citoyens.

Le Sénégal mérite mieux qu’un spectacle de rivalités feutrées. Il mérite un Exécutif uni, lisible, discipliné, où chaque responsable connaît sa place et s’y tient. A défaut, c’est la stabilité institutionnelle elle-même qui pourrait en pâtir.

A force de vouloir exister en parallèle, on finit par fragiliser l’ensemble. Et dans ce jeu dangereux, ce n’est ni un homme ni un camp qui perd : c’est la République. Notre forte conviction est que le chef de l’Exécutif en tirera toutes les conséquences attendues du Peuple souverain et digne du Sénégal !

Mamadou Biguine GUEYE

Diomaye Président