Plus de 72 responsables de Kiiraay ont vivement réagi aux prises de position de Ousmane Sonko sur les fonds spéciaux et le «Compte Jàmm». Ils reprochent à l’ancien Premier ministre d’avoir changé de discours depuis son départ de la Primature et dénoncent une volonté de politiser la question des ressources mises à la disposition du chef de l’Etat. Kiiraay évoque un «bluff» et un «détournement d’objectif», tout en réaffirmant son soutien au Président Bassirou Diomaye Faye et en revendiquant l’appui de 346 maires.

Par Abdou Latif Mohamed MANSARAY – La bataille politique entre les anciens alliés du pouvoir se déplace désormais sur le terrain des fonds spéciaux. Les responsables de Kiiraay ont décidé de répondre frontalement à Ousmane Sonko dont les sorties sur le «Compte Jàmm» et les ressources relevant des prérogatives du chef de l’Etat suscitent de vives critiques dans leurs rangs.

Pour eux, le principal problème réside dans l’évolution du discours de l’ancien Premier ministre. Ils soutiennent que lorsqu’il était encore à la Primature, Ousmane Sonko n’avait pas fait de la gestion des fonds spéciaux un sujet de débat public. Son intérêt actuel pour ces ressources est dès lors interprété comme une démarche essentiellement politique. Les responsables de Kiiraay parlent ainsi de «bluff» et estiment que cette polémique pourrait viser à maintenir un droit de regard sur des ressources relevant de la présidence de la République. Une accusation qui illustre surtout l’ampleur de la rupture entre les deux camps.

«Un détournement d’objectif»

Abdoulaye Pouye dit «Obama», coordonnateur de Kiiraay dans le département de Pikine, a particulièrement durci le ton. Son intervention s’est focalisée sur le «Compte Jàmm» dont la vocation est notamment associée au processus de paix en Casamance.

Selon lui, la question n’est pas seulement celle de l’existence de ces ressources, mais surtout de leur utilisation. Il évoque notamment l’acquisition de véhicules et des travaux de rénovation à la Primature, qu’il juge susceptibles de ne pas correspondre à la destination initiale du compte. D’où son accusation de «détournement d’objectif». «Obama» s’interroge sur la nécessité de nouveaux travaux dans les locaux de la Primature alors que des investissements avaient déjà été réalisés sous les précédents régimes.

Pour réclamer davantage de transparence dans la gestion des fonds publics, il utilise une formule imagée : «Vous pouvez rentrer prendre ce que vous voulez, mais avant de sortir, vous allez passer à la caisse et on va contrôler votre carton.»

Pour les responsables de Kiiraay, cette exigence de contrôle doit également s’appliquer aux ressources destinées à la Casamance. Ils estiment que les financements mobilisés pour les populations, les infrastructures, les jeunes ou encore les personnes déplacées doivent rester conformes aux objectifs annoncés.

Mamadou Touré : «Moins de politique, plus d’actions»

Mamadou Touré, coordonnateur de Kiiraay à Fatick, a pour sa part privilégié le terrain institutionnel. Il a apporté son soutien à la décision du Conseil constitutionnel relative à la proposition de loi portant sur les fonds spéciaux. Selon lui, les «Sages» ont rappelé la nécessité de préserver les prérogatives du président de la République, garant du fonctionnement des institutions. Dans un contexte politique qu’il juge complexe, il estime que le chef de l’Etat doit disposer des moyens nécessaires pour exercer pleinement ses responsabilités.

Sur la Casamance, Mamadou Touré appelle également à une gestion rigoureuse des ressources. Ziguinchor, Kolda et Sédhiou, estime-t-il, attendent avant tout des résultats concrets. Son message est clair : «Moins de politique, plus d’actions ; moins de divisions, plus de résultats.»

346 maires en ligne de mire

La rencontre a également permis à Kiiraay d’afficher ses ambitions politiques. Les responsables revendiquent le soutien de 346 maires, chiffre présenté comme la preuve d’un important maillage territorial.

L’organisation entend ainsi démontrer qu’elle ne constitue pas simplement une structure née de la rupture entre Bas­sirou Diomaye Faye et Ous­mane Sonko. Elle se présente désormais comme une force politique disposant d’élus et de relais locaux, prête pour les prochaines échéances électorales.

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