Comment protéger nos économies de la volatilité des marchés pétroliers ? Gassien Moueli, expert en contrats pétroliers et associé du cabinet gabonais Troisième Partenaire & Conseil, a apporté des éléments de réponse hier jeudi au Campus Baobab de Dakar, lors d’une conférence académique organisée par le Groupe Ism.
Par Malick GAYE – Comment éviter que la volatilité des marchés pétroliers ne fragilise davantage des économies africaines déjà sous pression ? La question est loin d’être rhétorique. Pour Gassien Moueli, associé du cabinet gabonais Troisième Partenaire & Conseil et expert des contrats d’hydrocarbures, la réponse tient en deux impératifs : anticiper et diversifier. «Il est important que les pays producteurs mettent en amont un certain nombre de mécanismes pour se prémunir de ce genre de situation. Les stocks de sécurité permettent de disposer d’un stock stratégique pour stabiliser les prix et protéger le pouvoir d’achat des populations», a-t-il expliqué. Avant d’aller plus loin : «Au-delà de la production, il faut développer les autres activités, notamment la raffinerie et la distribution qui permettent de prémunir nos pays contre ce genre de situation.» Tant que l’Afrique se contentera d’extraire sans transformer, elle restera tributaire de marchés qu’elle ne contrôle pas, a-t-il affirmé.
Renégociation sénégalaise : un droit assorti de risques
Le contexte n’est pas anodin. Les tensions au Moyen-Orient pèsent sur les cours du brut, et le Sénégal, producteur depuis juin 2024, n’échappe pas aux turbulences. La renégociation des contrats pétroliers engagée par Dakar a donc logiquement alimenté les débats. Sur ce point, Moueli est nuancé. Il reconnaît que «l’Etat du Sénégal exerce un de ses droits». Mais il met en garde : «Il convient de regarder sur quels aspects portent ces renégociations, de manière à ce que le Sénégal ne se retrouve pas demain à payer d’importants préjudices si certains éléments négociés avaient fait l’objet d’un encadrement juridique.» Des mots mesurés, mais dont le sens n’échappe à personne.
Un cadre pour former les décideurs
C’est dans cet esprit que le Groupe Ism et le cabinet Troisième Partenaire & Conseil ont organisé, ce jeudi, une matinée académique au Campus Baobab de Dakar. Devant des étudiants africains venus de plusieurs pays du continent, Moueli a décortiqué les mécanismes des contrats de partage de production, ces accords qui régissent la répartition des revenus pétroliers entre les Etats et les compagnies exploitantes. L’enjeu est clair pour lui : «Ces étudiants seront demain des décideurs, amenés à jouer un rôle actif dans ces contrats. Il était important de les édifier et de les amener à une meilleure connaissance des enjeux.»
Abdou Diouf, Directeur général du Groupe Ism, partage cette vision. «Nous avons saisi l’opportunité d’inviter le cabinet Troisième Partenaire, venu du Gabon, pour partager son expérience avec nos jeunes étudiants», a-t-il dit, soulignant la vocation continentale d’une institution qui accueille des étudiants de tout le continent.
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