Pour faire face à la spirale de l’endettement, le Sénégal devrait aller vers une titrisation des infrastructures publiques. C’est l’avis des experts qui prenaient part à un des panels organisés, samedi, par l’équipe du Magazine économique et financier, Le Marché, dans le cadre de la première édition du Forum Dakar business connect (Dbc) sur la titrisation. Ce panel avait pour thème : «La titrisation : un levier stratégique pour financer les infrastructures et les politiques publiques.»
Par Dialigué FAYE
Pour mettre en lumière l’utilité de la titrisation dans le financement du développement, le Magazine Le Marché a organisé, samedi, un Forum dénommé Dakar business connect sur la titrisation. A l’occasion de cette première édition accueillie à Dakar, des experts sont largement revenus sur l’importance de cette solution «innovante», qui a permis à certains pays et à des institutions de mobiliser des ressources pour financer des projets d’infrastructures. Aussi ont-ils plaidé pour que le Sénégal fasse recours à la titrisation pour financer son déficit budgétaire.
«Pour faire face à la contrainte d’endettement, il serait très important que l’Etat du Sénégal aille vers des solutions de ce type, notamment en termes de titrisation des infrastructures publiques, soit sous un format de titrisation complète ou suivant un format de recyclage d’actifs», suggère le conseiller technique du ministre de l’Economie, du plan et de la coopération, en charge des questions macroéconomiques et de financements. Pour le professeur Babacar Sène, «l’ajustement budgétaire à lui seul ne va pas permettre d’accélérer suffisamment la baisse du stock de la dette publique. Donc, il est quand même indispensable d’activer des leviers complémentaires pour être capable de mobiliser des ressources sans pour autant accroître l’endettement. A cet égard, la titrisation des actifs, la valorisation et la cession ciblée d’actifs publics non stratégiques, ainsi que d’actifs financés par la dette et susceptibles d’une gestion privée constituent une alternative crédible».
L’Etat du Sénégal est dos au mur par rapport à l’endettement. Le niveau d’endettement est très élevé. Il faut aller vers des opérations de titrisation ou bien aller éventuellement vers ce qu’on appelle des opérations de recyclage d’actifs.
Evolution exponentielle de la titrisation
Le marché de la titrisation évolue d’une manière exponentielle. En 2022, il y avait en moyenne une à deux opérations par an. En 2025, c’est près d’une dizaine d’opérations réalisées sur l’ensemble de la région, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Burkina Faso.
«La titrisation est une solution alternative. Il faudrait qu’il y ait un changement de paradigme : sortir de la logique d’endettement systématique vers une logique d’optimisation pratrimoniale. L’Etat ou toute personne physique morale dispose d’un actif. Et la titrisation nous permet de réfléchir autour de ce que nous avons. Il y a un changement de paradigme qu’on doit observer dans la manière de financer nos économies et pour pouvoir sortir de la spirale de l’endettement et une concentration systémique sur nos actifs, c’est-à-dire de ce que nous avons (taxes fiscales, contrats pétroliers…)», exhorte Benoit Diouf, conseil juridique agréé́, expert en régulation bancaire et financière en Afrique. M. Diouf est d’avis que «la titrisation doit être une infrastructure de marché, elle doit nous permettre de bâtir, de financer des systèmes durables, soutenables, à l’image de la santé, tout en mobilisant ce que nous avons. On n’attend pas une ressource externe ou une ressource hypothétique, on se concentre sur ce qu’on a».
Pr Sène rappelle que le Sénégal a été résilient grâce au marché financier régional. «On n’a quasiment pas eu de fonds qui venaient de l’extérieur. Ce qui nous a permis de financer le déficit budgétaire, le besoin de financement en 2025, une bonne partie vient essentiellement du marché financier régional, par adjudication et par syndication à travers les quatre Ape (Appels publics à l’épargne : Ndlr) qui ont été mis en place, adossés à des opérations de gestion active de la dette», relève le panéliste. Ce premier panel avait pour thème : «La titrisation : un levier stratégique pour financer les infrastructures et les politiques publiques.»
Des défis à relever
Dans l’espace Uemoa, souligne Dr Addou Diaw, initiateur du Forum, «le recours à la titrisation devient de plus en plus fréquent sur le marché régional, avec des opérations réalisées par des institutions régionales (Boad en 2023), des banques (Nsia Banque Côte d’Ivoire en 2025) et des entreprises telles que Sonatel en 2023. A cela s’ajoute l’émergence de structures spécialisées dans ce mécanisme de financement innovant, notamment Boad-Titrisation et Kf titrisation au Sénégal. Autant d’initiatives porteuses d’opportunités, mais également de défis, notamment en matière de promotion de l’instrument et d’adaptation du cadre réglementaire».
Sur les défis, Babacar Thiombane, un autre panéliste, souligne le manque d’engouement des investisseurs. «L’engouement que devraient avoir les investisseurs locaux laisse à désirer, mais cela s’explique par ce manque de profondeur du marché…», estime l’expert.
Dans le même sillage, Adji Sokhna Mbaye, Dg Boad-Titrisation, fait savoir qu’il y a de plus en plus d’acteurs internationaux qui s’intéressent au marché. Donc, martèle-t-elle, «il faut s’assurer que les produits que nous proposons puissent répondre également aux critères de ces investisseurs internationaux».
Dr Diaw, promoteur du magazine Le Marché, et ses collaborateurs œuvrent à promouvoir des mécanismes de financement de ce genre. C’est dans cette dynamique qu’ils mettent en œuvre le concept Dakar business connect (Dbc), une initiative visant à explorer des thématiques-clés de l’économie et de la finance, en donnant la parole à des professionnels et à des références reconnues dans leurs domaines respectifs.
dialigue@lequotidien.sn
