L’Etat se précipite pour atteindre le développement économique et social. Les projets d’envergure se multiplient, les dettes s’accumulent et les infrastructures en construction donnent aux citoyens l’énergie d’espérer. Pour ce faire, nos dirigeants investissent moins sur les personnes que sur les biens, ignorant ainsi le rôle crucial du comportement humain dans le développement. Au même moment, la population s’accroît, le taux de chômage augmente et les dérives deviennent fréquentes. Pour apporter donc des solutions que nous jugeons palliatives, des politiques répressives et d’emploi envahissent nos hémicycles et pourtant, malgré les efforts, le mal subsiste. Que faire donc ? Quelle est la cause réelle ? En réalité, il n’est pas besoin d’aller trop loin. Le problème, en substance, n’est ni plus, ni moins qu’un manque de discipline.
La discipline, disons-le, est en pénurie dans ce pays. Pour en avoir réellement la certitude, il n’est ni utile de se rendre dans une place publique ni d’avoir écho d’un scandale : une visite sur Tik-Tok suffit pour nous donner raison. Il n’est donc point nécessaire d’apporter des chiffres ou des statistiques pour prouver cet état de fait. Le ministre de l’Intérieur, Maître Bamba Cissé, dans son dernier discours à l’Assemblée nationale, avait lui-même insisté sur l’intérêt de la discipline dans l’avancement de notre pays. Sans doute a-t-il le mérite de le rappeler car c’est la discipline qui pousse naturellement l’individu à se conformer aux lois et à se soumettre à la règlementation en vigueur. Il est donc intéressant de poser ce débat puisque ce que la précipitation peut construire difficilement, l’anarchie le détruit sans effort. D’où l’obligation systématique pour nos dirigeants de s’appuyer sur le levier disciplinaire afin d’assurer un développement économique et social durable. Mais il se pose sans doute la question de savoir : comment l’Etat doit s’y prendre ? A cette question, nous répondons par le recours à la formation militaire.
En effet, plusieurs Etats ont opté pour l’obligatoriété du service militaire : une politique puissante dont la cause n’est ni un manque d’effectif militaire ni un désir ardent de gagner un front, mais pour la formation de citoyens rigoureux, disciplinés et respectueux des règles. Le législateur sénégalais de 1970 l’avait d’ailleurs bien compris en consacrant le principe du service militaire par la loi n° 70-23 du 6 juin 1970. Ce texte, bien qu’existant dans notre corpus juridique, perd toute application pour des raisons économiques et démographiques.
C’est pourquoi il nous a paru utile de pousser la réflexion plus loin pour trouver des voies et moyens permettant à l’Etat de garantir la discipline nationale, levier stratégique pour un développement économique et social durable. C’est ainsi que les arts martiaux traditionnels nous sont venus à l’esprit.
En effet, les arts martiaux et le service militaire, dans l’aspect formatif, ont beaucoup de similitudes. Même si les uns présentent une finalité institutionnelle et l’autre une finalité éducative, ils constituent de véritables écoles de discipline. C’est pourquoi l’Etat doit promouvoir la pratique des arts martiaux sur toute l’étendue du territoire et le rendre obligatoire dans les établissements scolaires. Une telle politique contribuerait inexorablement à la formation de citoyens de qualité, respectueux des règles et soucieux de l’esprit républicain. Des Etats comme le Japon, la Corée du Sud, la Chine et la Corée du Nord n’ont pas manqué de recourir à cette pratique. Dans ces Etats, l’apprentissage des arts martiaux est obligatoire dans les établissements scolaires. Ce qui engendre des conséquences sociales positives telles que le renforcement de la discipline collective et la bonne formation civique et morale. L’Etat du Sénégal ne doit point s’abstenir à former ses citoyens à la discipline collective, même lorsque ses ressources financières ne lui permettent point un tel objectif. Il doit s’appuyer sur les arts martiaux qui apparaissent comme une alternative civile à la formation militaire. Ainsi, il garantira la formation de citoyens rigoureux et dotés d’un sens élevé de la discipline. Car celle-ci, nous croyons, est à l’Etat ce que la fondation est au bâtiment. Et sans une discipline collective, les règles seront déviées, les politiques manqueront d’effectivité et l’anarchie gagnera du terrain. L’Etat a donc l’obligation d’investir sur le levier disciplinaire, pilier d’un développement économique et social pérenne. Cette étude sur le levier disciplinaire nous a donc permis de mesurer son importance sur le développement économique et social. Cependant, à l’heure où elle est en pénurie dans notre société, il urge de réfléchir sur sa restauration. Le service militaire demeure un moteur disciplinaire très efficace, mais l’économie nationale ne permet pas d’assurer cette formation à tous les citoyens. C’est ainsi que les arts martiaux traditionnels apparaissent comme une alternative civile au service militaire. Par-là, nous lançons donc un appel aux autorités actuelles pour qu’elles prennent en compte cette réflexion, car nous pensons qu’il n’y aura jamais de développement économique et social pérenne sans une discipline collective.
Mamadou Moustapha MBENGUE
Etudiant en master 1 droit privé
Université Gaston Berger de Saint-Louis
