Chers Lions,

Cette lettre est une parole de soutien, lucide et fraternelle, adressée à des hommes pris entre deux fidélités légitimes : le club qui vous emploie et la Nation que vous incarnez.

Nous savons la pression qui s’exerce sur vous. Pression feutrée parfois, brutale souvent. Des entraîneurs, des directions sportives, des intérêts financiers vous somment de choisir : protéger une saison, préserver un investissement, renoncer à la Coupe d’Afrique des nations. Comme si jouer pour l’Afrique était un risque. Comme si défendre ses couleurs nationales relevait d’un caprice. Com­me si l’engagement pour le Sénégal devait être négocié à la baisse.

Nous savons aussi ce que représente votre carrière. La brièveté du temps, la fragilité des corps, la violence des calendriers. Aucun Peuple n’a le droit d’ignorer ces réalités. Mais un Peuple a le droit de rappeler ce que signifie représenter une Nation. Le maillot du Sénégal n’est pas un contrat. Il est une responsabilité symbolique.

Il est une mémoire partagée.

Quand vous entrez sur un terrain sous les couleurs nationales, ce sont des millions de vies silencieuses qui vous accompagnent : des enfants qui jouent pieds nus, des familles qui se rassemblent autour d’un poste de télévision, une jeunesse qui cherche des raisons d’espérer, un pays qui doute parfois mais qui, avec vous, se relève.

La Coupe d’Afrique des nations n’est pas une compétition «secondaire». Elle est l’une des rares scènes où l’Afrique se raconte à elle-même, sans filtre, sans intermédiaire. Elle est un espace de dignité. La négliger, la délégitimer ou l’entraver revient à prolonger une hiérarchie injuste du football mondial, où l’Afrique serait toujours sommée de céder, de s’effacer, de patienter.

Vous n’êtes pas seuls face à cette pression. Le Sénégal est derrière vous. Votre choix, quel qu’il soit, ne sera jamais jugé à la légère. Mais sachez ceci : chaque minute jouée pour le Sénégal a une valeur qui dépasse le score final, les statistiques et les bilans médicaux. Elle inscrit votre nom dans une histoire collective qui ne se mesure ni en primes ni en clauses contractuelles.

Aux clubs qui vous pressent de renoncer, cette lettre adresse aussi un message clair : on ne construit pas le football mondial en affaiblissant ses racines. Le football africain n’est pas une variable d’ajustement. Il est une force, une culture, une source de talents et de récits sans lesquels ce sport perdrait son âme.

Chers Lions, vous avez déjà offert au Sénégal des nuits inoubliables, des titres, une fierté retrouvée. La Can 2025 n’est pas seulement un tournoi de plus : c’est un moment de vérité, pour le football africain, pour notre souveraineté sportive, pour la transmission d’un héritage.

Jouer pour le Sénégal, ce n’est pas s’opposer à sa carrière. C’est lui donner un sens. Avec res­pect, confiance et gratitude,

SENEGAL REKK

El Hadji Ibrahima SALL

Ancien ministre

Président de l’Université polytechnique de l’Ouest africain