Excellence,

Permettez-moi à l’entame de mon propos, de vous souhaiter une bonne fin de Ramadan, ainsi qu’à tout le Peuple sénégalais. Que le Bon Dieu vous assiste et vous assure de sa guidance dans votre lourde charge.

Excellence, cela va bientôt faire deux (2) ans que vous présidez aux destinées de notre Nation.

Deux ans, c’est le temps nécessaire pour l’apprentissage du pouvoir et connaître les arcanes de l’Etat. Tel un pilote de l’air qui doit avoir une certaine durée de vols pour appréhender son appareil.

Certes le fardeau de la dette a été impactant dans la gestion des affaires publiques, mais vos vaillants et émérites fonctionnaires du ministère des Finances viennent de prouver à la face du monde que la dette du Sénégal était viable, malgré les annonces alarmistes des agences de notation. Le Sénégal reste un pays respecté et jouissant d’une bonne confiance des bailleurs de fonds.

Notre pays a fait montre d’une résilience économique exceptionnelle depuis deux ans, sans l’aide du Fmi.

C’est donc le moment pour nous, Sénégalais, d’accompagner cette dynamique et de profiter de cette situation pour engager les réformes structurelles devant nous mener à une véritable émergence économique.

Excellence, après plusieurs années passées dans l’opposition, Pastef avait pris l’engagement de combattre «un système» de prédation des ressources nationales au profit d’une petite oligarchie qui dirigeait le pays depuis les indépendances.

Je pense que l’exercice du pouvoir vous a permis de changer cette perception et de constater que le «système» que vous combattiez est véritablement un «système» capitaliste mondial, pour ne pas dire mondialisé.

Par conséquent, vu nos maigres ressources budgétaires, il serait imprudent et aventureux de rester sur cette dynamique de combattre un «système» qui ne connaît pas de frontières, notamment en ces temps incertains avec la guerre au Moyen-Orient.

De mon point de vue, rien n’est perdu. Dieu vous a choisi parmi 18 millions de Sénégalais pour piloter «l’avion» Sénégal. Je pense qu’en marchant à côté de votre Peuple, vous pourrez transformer les trois (3) années qui restent sur votre mandature en opportunités sur tous les plans et secteurs d’activités.

Pour rappel, Pastef avait ciblé quatre axes prioritaires pour sortir les Sénégalais de la galère, à savoir :

Le levier fiscal, se fixant comme objectif d’aboutir à un civisme fiscal globalisé ;

La renégociation des contrats pétroliers et miniers ;

Le levier monétaire, avec la sortie du franc Cfa et la promotion d’une monnaie nationale ;

L’industrialisation, permettant la transformation des matières premières en produits finis ou semi-finis.

L’exercice du pouvoir depuis deux ans vous permet de constater que la réalisation de ces axes prioritaires ne pourrait se faire que dans le long terme.

Parmi ces objectifs, seul le levier fiscal a été activé, mais sans une réforme préalable du Code général des Impôts. Cela aboutit aujourd’hui à fragiliser notre secteur privé national, qui supporte l’essentiel de la pression fiscale.

Il est par conséquent important de lancer un plaidoyer pour la protection du secteur privé national en envisageant une réforme du Code général des Impôts pour doter notre pays d’un bon levier fiscal.

A défaut, la forte pression fiscale visant les entreprises du secteur privé risque de mettre un frein à la croissance économique et augmenter le nombre de chômeurs.

Il ne faut pas perdre de vue que la logique de tout chef d’entreprise est de faire supporter à ses employés la pression fiscale, en procédant soit au gel des salaires, soit à un licenciement pour motif économique. Par conséquent, il serait désastreux de bloquer les comptes d’une grande entreprise pour l’obliger à payer des centaines de milliards au Trésor alors que des solutions à l’amiable existent pour réduire la fracture sociale, sauvegarder des emplois et des recettes fiscales.

L’Etat et les promoteurs immobiliers ont déjà assez souffert de l’arrêt des travaux pour un audit du secteur immobilier, et la reprise se fait timidement puisque beaucoup de chantiers ont perdu leurs sources de financement bancaire ou domestique. L’impact fiscal et social se fait toujours ressentir.

La décision politique de réglementation tous azimuts ou de recouvrement d’impôts, quoique légitime, génère toujours des effets positifs ou négatifs sur la productivité. C’est pourquoi la Chine a adouci récemment sa politique de répression financière et réglementaire en organisant une rencontre, le 17 février 2025, avec ses chefs d’entreprise pour les écouter et voir comment l’Etat pourrait les accompagner à relancer la croissance économique post-Covid.

Pour le Sénégal, des solutions de sortie de crise existent, mais il serait imprudent de les exposer en public, car nous vivons dans un monde globalisé et surveillé par des agences de notation.

Toutes annonces concernant les finances publiques sont analysées et font l’objet de mesures insidieuses de la part des autres partenaires dont les intérêts sont menacés. Comme dit l’adage : «L’argent n’aime pas le bruit.»

Excellence, votre pays est rempli de talents. Il est doté de bonnes ressources humaines, mais ces dernières ne sont affiliées à aucun parti politique. C’est lorsque votre prédécesseur l’a compris que le visage du Sénégal a commencé à se transformer positivement.

Par conséquent, s’il y a une seule promesse électorale sur laquelle vous ne pouvez faire l’économie, c’est bien l’appel à candidatures pour les postes de direction nationale des entreprises publiques et parapubliques.

Je conclus mon propos par des prières à l’endroit de votre famille et de vous-même. Que le Bon Dieu vous accorde une bonne santé et une belle réussite de votre mandat à la tête de la Nation.

Je formule également les mêmes vœux pour le Peuple sénégalais.

Que Dieu bénisse notre pays. Amine.

Me Thierno Mamadou Kane

Conseiller Juridique

thierno.mamadou.kane@gmail.com