Prendre le chômage à bras-le-corps devrait être la principale préoccupation du gouvernement actuel. Son principal ennemi, son adversaire le plus redoutable, est le chômage des jeunes. Tout est urgent, mais rien ne presse davantage que l’emploi des jeunes au Sénégal. Donc halte à la politique politicienne, aux discours pompeux, aux mésententes politiques improductives, à la calomnie et au colmatage. Bref, à la politique tout court.

Selon les dernières prévisions de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, au quatrième trimestre, le taux de chômage a atteint 23, 3%, soit une augmentation de 3, 3 points par rapport à 2024 (20, 0%), qui, je le rappelle, était estimé à 19, 5% en 2023. A le voir ainsi, le chômage semble être une maladie incurable, une peste invincible, une infirmité rédhibitoire de l’Etat du Séné­gal. Ce qui l’explique est simple : l’inadaptation des formations proposées par nos universités publiques aux besoins réels du marché du travail. A l’heure actuelle, il est inadmissible qu’un nombre conséquent d’étudiants se forment en communication, en histoire ou en lettres, au lieu de s’orienter vers l’agroalimentaire, le numérique ou la médecine. La liste n’est pas exhaustive. Ils devraient inonder les instituts nationaux du pétrole et du gaz, les écoles de pêche, d’électromécanique et d’informatique. Je me bouche les oreilles et refuse d’admettre que plus de 600 médecins légalement formés au Sénégal sont au chômage et errent dans les rues de Dakar à Fongolimbi, du Cayor au Walo. Des docteurs en tout genre n’arrivent pas à accéder au marché du travail.

Le Sénégal est à la fois chanceux et malheureux d’avoir une jeunesse dynamique. Quel paradoxe ! L’Etat doit trouver une solution permettant aux apprenants, après leur formation, de bénéficier de stages auprès des entreprises, afin de mettre en pratique leurs connaissances théoriques. Cela leur permettra également de profiter des avantages offerts par ces entreprises, qui pourront, à terme, faciliter leur insertion définitive sur le marché du travail. Nos petites et moyennes entreprises et nos petites et moyennes industries doivent être soutenues afin de garantir la stabilisation du marché et de créer des champions régionaux et sous-régionaux. Leur réussite profite à l’Etat. Il est primordial de renforcer le secteur industriel qui, à mon avis, demeure un pilier fondamental de tout développement. Osons également le dire : la surpopulation est un frein au développement. La démographie n’évolue pas au même rythme que l’économie et, dans cette logique, l’Etat peinera à mobiliser les ressources nécessaires pour maîtriser le chômage. Selon l’actuel ministre du Travail, chaque année, 300 000 jeunes arrivent sur le marché de l’emploi. Ils seront 3 millions de demandeurs d’emploi dans une décennie, ce qui est énorme, un chiffre qui fait peur.

Du côté du financement, des efforts ont certes été consentis avec la mise en place du 3Fpt (Fonds de financement de la formation professionnelle et technique) et de la Der (Délégation à l’entrepreneuriat rapide). Ce sont des projets sans doute ambitieux, mais qui peinent à produire des résultats.

L’Etat doit octroyer davantage de crédits à ces instruments, qui peuvent être de bons leviers contre le chômage. Je crois fermement qu’avec des procédures transparentes, dépourvues d’opacité et de considérations partisanes, ils peuvent efficacement promouvoir l’auto-emploi. Celui-ci demeure toutefois subordonné à la volonté des jeunes de se projeter dans l’entrepreneuriat, ce qui nécessite des programmes de sensibilisation massive. Les projets ne doivent plus dormir dans les tiroirs de nos ministères. Tous doivent être évalués, pris en compte et, le cas échéant, réajustés afin d’être mieux financés. Dans cette même logique, le numérique est un potentiel à ne pas négliger. En effet, les infrastructures numériques offrent aux entreprises plus de flexibilité et améliorent leur productivité. De nos jours, les plateformes numériques sont devenues incontournables dans les politiques publiques. Selon l’Inter­national Finance Corporation (Ifc), «les outils numériques améliorent l’accès au marché et la mise en relation pour l’emploi en réduisant les coûts de recherche et en élargissant les réseaux d’acheteurs et de vendeurs». De ce point de vue, l’Afrique du Sud montre la voie avec la South African Broad­casting Cor­poration (Sabc), un bel exemple à suivre. En association avec Microsoft South Africa, ce radiodiffuseur sud-africain a lancé un programme de formation massive des citoyens dans le domaine de l’Intelligence artificielle et des compétences numériques. Le projet vise 4 millions d’apprenants et, à ce jour, 1, 4 million de personnes ont été formées et préparées à intégrer une main-d’œuvre qualifiée. Selon les prévisions de la Banque mondiale, d’ici 2030, 230 millions d’emplois nécessiteront des compétences numériques en Afrique subsaharienne. Dans ce contexte, il importe de dire que le Sénégal n’a pas le droit de rester les bras ballants : il a l’obligation de saisir l’opportunité qu’offre ce puissant levier qu’est l’Intel­ligence artificielle.

L’autre défi, non des moindres, est la problématique de l’emploi des femmes. Elles sont présentes sur les marchés comme dans les champs ; elles ne gèrent pas seulement le foyer, elles portent aussi une grande part de l’économie sénégalaise, de la pêche au maraîchage. L’Etat leur doit un traitement plus juste et adapté à leur situation. Selon l’Ansd, «les hommes affichent un taux de participation à la main-d’œuvre supérieur à celui des femmes (64, 8% contre 47, 4%). […] Les femmes sont plus touchées par le chômage, quel que soit le groupe d’âge ou le milieu de résidence». De ce point de vue, la politique de l’emploi des femmes doit être repensée. L’Etat doit envisager la création de grandes écoles de formation féminines, 100% financées, et veiller à renforcer la scolarisation des femmes. Mieux, certaines données socio-culturelles peuvent être des freins, il faut juste les repenser avec une politique réfléchie et assumée.

En fin de compte, le chômage semble être une hydre de Lerne. Il faut être un Hercule pour le vaincre. Pour ma part, l’Etat du Sénégal peut réussir ce pari. Mais il se perd dans l’ordre des priorités. Aujourd’hui, il n’est pas urgent de bâtir des infrastructures d’envergure dont le seul objectif est de présenter, en fin de mandat, un bilan matériel. Trouver de l’emploi pour les jeunes : voilà une question qui devrait être au cœur de l’action présidentielle. C’est aussi le seul moyen de retenir les jeunes face aux vagues de l’Atlantique, derrière lesquelles ils poursuivent un eldorado souvent illusoire.

Elhadji Mbaye DIOP

Etudiant en Master 2 Droit privé

Ugb.

Diop.Elhadji-mbaye@ugb.edu.sn.