Alors que le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô s’apprête à présenter sa Déclaration de politique générale (Dpg), le calendrier de l’exercice est devenu le nouveau terrain d’affrontement entre la Présidence et l’Assemblée nationale. Derrière les chicanes de procédure, se cache un bras de fer politique majeur entre l’Exécutif et la majorité parlementaire emmenée par Ousmane Sonko.

Ce qui devait être un rendez-vous républicain classique vire à la démonstration de force institutionnelle. A peine le président de la République Bas­sirou Diomaye Faye a-t-il pris le décret n°2026-1530 convoquant l’Assemblée nationale en session extraordinaire, que le bureau de la Représentation nationale est venu imposer son propre tempo.

En cause : la date et l’organisation de la Déclaration de politique générale (Dpg) du Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô. Si l’Exécutif entendait imposer son rythme et fixer le passage du chef du gouvernement dès le 1er septembre à 9 heures, l’Assemblée nationale, sous la férule de son président Ousmane Sonko, a immédiatement rappelé l’Exécutif à l’ordre. Dans un communiqué au ton ferme, l’institution parlementaire a dénoncé des «confusions sur la démarche, les compétences et l’heure», rappelant qu’il appartient à la seule Conférence des présidents du Parlement de fixer le calendrier des débats après un délai réglementaire de huit jours.

Une guerre de positions sur le terrain du Droit

Pour les observateurs de la scène politique sénégalaise, ce nouvel épisode n’a rien d’un simple point de détail administratif. Il s’inscrit dans une guerre institutionnelle larvée qui oppose depuis plusieurs semaines l’Exécutif à la majorité parlementaire contrôlée par le parti Pastef.

En exigeant le strict respect du Règlement intérieur et en refusant de se faire dicter son agenda par la Présidence ou la Primature, le président de l’Assemblée nationale, Ous­mane Sonko, envoie un signal clair : le Parlement entend exercer pleinement son pouvoir de contrôle et imposer sa souveraineté institutionnelle.

Ce duel au sommet illustre la complexité du paysage politique actuel, où les ajustements constitutionnels et les rapports de force entre le palais de la République et la Place Soweto s’expriment à coups de décrets, de lettres officielles et de communiqués rectificatifs.

En poussant pour que la séance du 1er septembre ne soit consacrée qu’à l’ouverture de la session extraordinaire -repoussant ainsi la Dpg proprement dite à une date ultérieure-, la majorité parlementaire con­traint le gouvernement à passer sous les fourches caudines de la Conférence des présidents.

Au-delà de la bataille des textes et des délais, la grande question demeure : ce bras de fer freinera-t-il l’action gouvernementale ou conduira-t-il à une clarification durable des règles du jeu républicain ? Alors que les urgences économiques et sociales s’accumulent, l’opinion publique observe avec inquiétude ce sommet d’Etat où chaque texte juridique devient une arme de dissuasion politique. Peut-être avec une motion de censure au final ?