Nathalie Yamb, l’égérie idéologique des populistes africains 2.0, doit se sentir fière d’avoir contribué à donner un semblant de vernis de sérieux à cette engeance. La narration et le narratif ne font pas le monde, ils peuvent certes contribuer à le rendre attrayant, mais jamais à le transformer. On ne fait pas le monde avec du simple récit et de la manipulation. Sonko, c’est du faux, assis sur une imposture et soutenu par une imposture. Qui est Sonko ? Un homme qui a bâti tout son patrimoine politique sur la diabolisation, le rançonnage politique des oubliés de la société et des approximations de théories qu’il ramasse par-ci par-là. Ses lubies sur le panafricanisme reposent sur une paresse intellectuelle : ramasser une mélancolie historique, l’assaisonner d’une forte dose émotionnelle et donner à une masse inculte le droit d’être un parapluie du mensonge devenu la culture politique de toute une génération.
Celui qui nous disait qu’il allait supprimer les fonds politiques en a non seulement reçu, mais s’est employé à le nier ou à en garder le secret. Celui qui disait qu’il thésaurise son salaire de Pm pour ultérieurement financer l’employabilité de ses partisans a oublié de leur dire qu’il était assis sur des fonds politiques qu’aucun Pm n’a jamais eus dans ce pays. Celui qui prétendait être pauvre cachait aux Sénégalais qu’en plus des programmes rattachés à la Primature, il avait à sa disposition 1,7 milliard de fonds politiques, fonds qu’il qualifiait pourtant, naguère, de haram (illicites). De quoi l’imposture est-elle le nom ?
Sonko n’a pas le choix, il est obligé d’aller jusqu’au bout de sa logique de destruction, c’est-à-dire l’autodestruction. Comme tous les gourous, il mourra avec sa secte : la mort de Pastef et de la stabilité du pays ne lui répugne guère, pourvu qu’ils ne lui survivent pas. Il a mis ce pays dans une tension permanente et ce, depuis 2021, et qu’a-t-il apporté de bon ? L’image du Sénégal s’est dégradée aussi bien diplomatiquement que financièrement et économiquement. Au lieu de faire face à la justice pour vider les nombreux contentieux qui l’opposent à des tiers, il revendique une justice assujettie à ses désidérata. Pour Sonko et les siens, la justice, c’est ce qu’ils désirent, ce qui permet de valider leurs fantaisies et impostures permanentes. Ils parlent d’indépendance de la justice, mais la veulent expéditive pour donner corps à leurs délires politiques. Ces gens nous parlent d’austérité et sont devenus subitement hédonistes au vu et au su de tout le monde.
Sonko nous chante souverainisme matin, midi, soir, nous impose un Pres dont les résultats sont médiocres et, pour le rayonnement de son image, il est prêt à sacrifier ce pays sur l’autel de son obstination idéologique (encore qu’il s’agit d’une idéologie rafistolée). Qui est Sonko pour donner des ordres au président de la République dont l’information et le renseignement lui permettent de savoir des choses que Sonko ne peut même pas comprendre à cause de son caractère ? Quelle est l’expertise céleste de Sonko qui lui permet de donner des ordres au Président et de se croire Dieu le père incarné en politicien ? Où a-t-il fait ses études et pour quels résultats ? Qu’a-t-il lu de plus que nous ? Dans quel univers stratosphérique a-t-il reçu une initiation prophétique qui lui permet d’incarner le rôle de guide du Président ? Ne sont-ils pas sortis (lui et le Président) de la même école ? Quel problème du Sénégal a trouvé un début de solution avec son règne à la Primature ? Qui a une fois entendu ce monsieur théoriser une idée ingénieuse, novatrice ou pragmatique ? Quel est l’engagement moral et politique pris qui n’a pas été trahi ou oublié depuis qu’il est à la Primature ? Sonko est-il un dieu qui s’est auto-créé ou est-il devenu ce qu’il est grâce à l’engagement d’hommes et de femmes qui, à tort ou à raison, ont cru à un projet qu’ils ont peaufiné ensemble ? C’est quoi une engeance où le plus faible d’esprit devient un expert de haut vol ?
La seule chose que sait faire cette engeance, c’est l’amalgame, le braconnage mémoriel consistant à rapprocher leur leader à des personnages historiques ayant fait leurs preuves dans beaucoup de domaines. Sonko n’est pas Mamadou Dia, il n’a rien de lui. Les enfants de l’ancien président du Conseil allaient à l’école à pied. Sa résidence était aussi modeste que celle d’un proviseur de lycée. Sa culture était incommensurable à celle de Sonko. Ce dernier n’est pas un héros, il n’y a aucun héroïsme dans le fait de se constituer une base politique comme la sienne. Ce coup d’Etat institutionnel dévergondé pour ramener le contumax à l’Assemblée est révélateur de l’état d’esprit de l’engeance.
Quelle déchéance pourrait-on dire ! L’homme qui se faisait passer pour un saint a été radié de la fonction publique pour divulgation de secret. Il s’est autoproclamé l’homme politique le plus clean du pays : ça ne l’a pas empêché d’aller fréquenter, sous le régime du couvre-feu, un lupanar pour prétendument se faire frotter un corps endommagé par un excès de travail. Dieu le couvrit du manteau de Satar en permettant la mobilisation de jeunes qui ne savent même pas pourquoi ils se battaient. Puis vint l’amnistie et le Graal. Mais toujours insatiable, il continua à parler, à menacer tout le monde comme un fou. Et ce qui devrait arriver arriva : le couperet du Président. Mais comme il n’assume jamais ses fautes, il trouva un moyen de saboter la République en chahutant les lois et les institutions.
Premier contumax à être récompensé du poste de Premier ministre, il veut être le premier député à siéger à l’assemblée sans mandat constitutionnel. C’est trop facile de mettre le défaut d’exemplarité sur le compte d’une révolution étouffée, c’est un tour de passe-passe intellectuel. Ses ennuis judiciaires n’ont aucune espèce de rapport avec son engagement politique, du moins, s’il en existe, c’est lui qui, par pusillanimité, l’a créé. Cet homme coûte finalement cher au pays. A cause de sa bouche, l’économie sénégalaise se dégrade concomitamment à son image diplomatique. Quelle plus-value cet homme a apportée au Sénégal ?! Des morts, une baisse de la productivité, zéro satisfaction des revendications syndicales, maltraitance des étudiants, insultes contre les institutions civiles et politiques du pays, propagation de la haine. Bref, rien de bon. Ce faux Mamadou Dia est en réalité la mascotte d’un narcissisme collectif qui frappe toute une génération.
C’est dans leur esprit que git le mal. Ils n’ont pas théorisé la notion de parti-Etat pour des raisons doctrinales, ils le font pour des raisons psychologiques. Ces gens ne peuvent pas gouverner une République normale, c’est une évidence. Ils feront tout pour violer la République dans son intimité la plus sacrée, parce que la déconstruction de la République est la condition sine qua non de la stabilité de leur pouvoir. Pour vivre en République et se comporter de façon républicaine, il faut être normal, il faut s’inscrire dans la normalité. Si on les laisse faire, ils n’hésiteront pas à abolir la République. Dans leur idiosyncrasie, ils ont conquis une République, et ça leur donne le droit à tout, le droit de tout faire, y compris le droit de changer sa substance.
Quant aux intellectuels signataires de pétitions et relais d’une épistémé de la colonialité par la fureur du décolonial, ils sont le symbole de la faillite de l’Afrique. Ils changent de valeurs en fonction de leur position politique. Comment expliquer cet abaissement moral consistant à agir en contradiction avec les principes de ses convictions morales, de sa croyance religieuse et des règles de sa profession ? Enseigner Mallarmé, Voltaire, Kant, Hegel, et faire leur critique ; enseigner la critique historique, la discussion d’un texte de Fatou Diome, de Sembene ou d’un discours de Wilson Churchill, et suivre aveuglément un homme au point de nier ses mensonges, ses reniements, ou même de béatifier ses crimes !
On enseigne l’esprit critique, mais on insulte tous les critiques du leader : on fait l’exact contraire de ce qu’on enseigne à l’école et de ce que la religion nous enseigne, à savoir la tolérance. On peut se tromper en faisant des inférences abusives et rester un intellectuel. Mais tenter de faire du déni de réalité la norme de ses réflexions, c’est une apostasie professionnelle ou fonctionnelle.
Alassane K. KITANE
