La «Sonkophobie» est un drôle de système de camouflage qui a déjà fait son temps. Moyen de défense périmé, les tentatives actuelles de sa réhabilitation seront vaines. A présent, c’est Sonko qui attaque Sonko et qui, en même temps, régurgite les contradictions indigestes de Ousmane. Com­pulsivement, les estampeurs universels d’étiquette de haineux envers Sonko affichent niet et s’opposent à tout élan de cohésion sociale. A l’appel de leur camarade de parti au dialogue, le président de la République, ils s’arrachent compulsivement la peau. Cherchez l’erreur. En psychologie, la projection est un mécanisme de défense inconscient par lequel une personne attribue ses propres sentiments aux autres.

Sous Macky Sall, tout était permis pour s’attaquer au régime d’alors, mensonge éhonté, invention Guinness ou diffamation infamante. En son temps, les souteneurs appelaient ça de la politique, rien que de la politique. Il s’agissait, dans un état d’aigreur et de détestation contre toute personne affichant le moindre signe extérieur de réussite, de verser sa bile et d’appeler à l’extermination et à l’anéantissement. Aujourd’hui que les rôles se sont inversés, les arguments changent de référentiels. L’alibi passe-partout de la haine et de la jalousie envers le pastéfien en chef sert de couverture universelle au revirement de ce dernier, à ses solutions simplistes et à l’élasticité entre ses propos d’hier et ceux d’aujourd’hui.

Pourtant, le Komsomol, rassemblement des profiteurs de l’argent public en vogue, des néo-désignés aux postes de responsabilités, des privilégiés collatéraux aux goûts du jour et des postulants aux statuts précités, ne trouve rien à dire sur les exactions exercées intuitu personae. Le cas de Pape Malick Ndour et ses bizarreries en disent long. D’ailleurs, Diomaye a dû comprendre que tant qu’il ne touchera pas aux 5000 nominations et leurs tentacules de Sonko-sans-levier sur les directions, agences et autres, il gouvernera sans risque de censure ou de crise institutionnelle réelle. L’enjeu est là, dorénavant jusqu’à nouvel ordre.

En réalité, l’équilibre ne tient plus qu’aux intérêts tapis dans l’ombre des postes qu’occupent encore les pastéfiens, et ce, malgré les crisettes, manifestations émotionnelles brèves et mesurées. Dans son dernier entretien avec la presse internationale, Sonko a affirmé qu’aucun chèque en blanc ne sera accordé à l’Exécutif. Prenez le pour dit : tant que Diomaye ne procédera pas à une «désonkorisation» aux plus hautes fonctions et suivantes, il gouvernera sans coup férir. Sonko et Pastef resteront au pouvoir tant que les innombrables postes juteux leur seront laissés à disposition. Les quelques postes ministériels sont insignifiants au regard des sinécures de Directeur général, de directeur, de Pca, d’ambassadeur, de conseiller, de chargé de mission, d’émissaire, de figurant, d’entremetteur, de courtisan, de rien du tout, etc.

Birame Waltako NDIAYE