Il fut un temps où l’engagement politique relevait presque du sacerdoce, porté par une vision du service public, du sacrifice et de la défense de l’intérêt général. Aujourd’hui, une partie de la classe politique sénégalaise semble s’être éloignée de cet idéal. Les préoccupations quotidiennes des citoyens -pouvoir d’achat, emploi, coût de la vie, justice sociale et développement- paraissent reléguées derrière les luttes d’influence, les calculs de positionnement et les ambitions personnelles.
Cette guerre fratricide au sommet de l’Etat ne se limite plus à une simple divergence stratégique entre acteurs d’un même camp. Elle révèle une fracture politique profonde et une désillusion croissante chez un Peuple qui avait placé de grands espoirs dans l’alternance. L’élan populaire qui avait accompagné le changement de régime laisse progressivement place au doute, à mesure que les rivalités internes prennent le pas sur l’action publique.
Le Président Bassirou Diomaye Faye et son entourage semblent chercher à affirmer leur autonomie politique et à asseoir une légitimité encore en construction, tandis que le Premier ministre Ousmane Sonko s’efforce de préserver son influence et de maintenir son leadership au sein du projet politique qui les a conduits au pouvoir. Cette tension permanente donne l’impression d’un pouvoir davantage absorbé par ses équilibres internes que par la résolution des urgences auxquelles le pays est confronté.
Ce spectacle politique, largement commenté par l’opinion publique, apparaît comme une manière de masquer les difficultés et les contradictions auxquelles le nouveau pouvoir doit faire face. Les appels à la fidélité, les changements de posture et les rapprochements de circonstance se multiplient, donnant le sentiment que les principes proclamés hier sont parfois sacrifiés sur l’autel des intérêts politiques du moment.
Pendant ce temps, le Peuple sénégalais observe, juge et attend. Son impatience grandit face à des dirigeants qui avaient promis une rupture avec les anciennes pratiques. Car une victoire électorale ne constitue jamais un chèque en blanc. Lorsque les querelles de personnes prennent le dessus sur les engagements pris, elles risquent de réveiller les frustrations accumulées et d’installer une nouvelle crise de confiance entre les citoyens et ceux qui prétendent les représenter.
Assane BA
Coordonnateur du Mouvement national des jeunes de la République des valeurs (Monjer)
