Ce qui se passe présentement en Iran devrait nous inciter à plus de circonspection. Quelques mois après la tentative de déstabilisation du pays et du régime sous le prétexte fallacieux de l’arme atomique imminente, les Américains et leur satellite, Israël, à travers des intrigues médiatiques et d’autres manœuvres, tentent de nous faire croire à un enlisement du régime iranien. Des manifestations (l’activité démocratique la plus vitale et, par conséquent, la plus normale au monde) qui ont débordé, on ne sait pour le moment pour quelle raison, sont le prétexte de manipulations médiatiques ridicules et fantaisistes. Le régime iranien est présenté comme le mal absolu, le régime le plus sanguinaire et le plus impuissant au monde. Or qui parle ? La voix de quel iranien relaie-t-on ? A quelle fin ?

Les chaines de télévisions françaises et américaines, dans une synchronie suspecte, nous parlent de plusieurs centaines de milliers de morts sans aucune preuve ! Et curieusement, ce sont les mêmes médias qui nous ressuscitent un certain Reza Pahlavi (émigré aux Etats-Unis), fils de l’ancien Shah d’Iran (un sanguinaire que les Américains ont toujours soutenu) dont le règne a été aboli par la révolution initiée par l’imam Khomeiny. C’est ce monsieur qu’aucun manifestant iranien ne connait, qui est pressenti par les Occidentaux pour couronner l’imposture que l’on veut imposer comme une révolution contre le régime iranien. Voilà l’Occi­dent dans toute sa bassesse.

Les Iraniens qu’on tente de manipuler devraient se poser une question simple : quel est ce pays dont la vie et les institutions politiques ont été améliorées après avoir été «libéré» par les Occidentaux ? La réponse coule de source. Ils n’ont jamais libéré personne, sinon le mot liberté n’a pas le même sens selon qu’ils parlent de leur peuple ou des autres. Quand ils parlent de liberté des autres peuples cela signifie une liberté à les suivre, à leur obéir, à leur être inféodés. C’est quand même ahurissant comme mensonge : comment peut-on se féliciter du massacre en cours à Gaza de populations civiles trouvées sur leurs terres, spoliées, étouffées politiquement et asphyxiées économiquement, et s’indigner de la répression en Iran ?

Ces Occidentaux n’ont pas d’état d’âme, ce sont des prédateurs qui pensent et voient le monde en fonction de leurs intérêts et de leurs calculs mesquins. Ils n’en ont cure des droits de l’Homme tant que les intérêts économiques et géostratégiques sont sauvegardés. Comment se fait-il que tous les mauvais présidents sont des pays du Sud ? Tous les criminels de guerre, à quelques rares exceptions, sont du Sud global ; or qui a commis le plus de massacres dans le monde ? Comment un peuple qui a commis les pires atrocités et qui continue de polluer le monde par de guerres inutiles et par la production d’armes génocidaires peut-il faire la morale au monde ?

Ce sont nos schèmes intellectuels qui sont devenus notre problème : on ne peut pas penser la réalité toujours à partir de la même position, des mêmes concepts et avec le même argumentaire. La pauvreté n’est pas l’indigence matérielle, c’est le fait de répéter perpétuellement au lieu de créer, de produire. Car, comme le disait l’ancien Président Sékou Touré, le génie humain consiste, pour chaque peuple, à transformer son environnement pour s’épanouir, et la faculté de le faire est la créativité ou la liberté. C’est la créativité qui est la seule et vraie liberté humaine : c’est elle qui produit des œuvres d’art à partir de rien ou presque ; c’est elle qui transforme les obstacles en opportunités ou en moyens ; c’est toujours elle qui féconde le semblable à partir des différences. Sous ce rapport, nier la liberté des peuples et des individus, c’est contester leur humanité, leur dignité. Or c’est précisément ce que les pays du nord ont toujours fait et continuent à faire.

Le Président Ahmed Sékou Touré a certes commis des crimes (quel Président n’en a pas commis ?) mais la question qu’on ne se pose pas est : avait-il le choix ? Poser cette question n’est pas une tentative de l’absoudre. Chaque homme est responsable de ses actes. Mais les pressions, les intrigues, les sabotages (l’exemple de la fausse monnaie déversée en Guinée pour saboter la monnaie nationale et l’économie en est une illustration) étaient tels qu’il fallait un miracle pour que ce Président ne devienne pas un autocrate. Ce que nous postulons est que certains chefs d’Etat africains, et plus généralement du Sud, sont transformés en monstres à cause de l’impasse dans laquelle on les confine. Nous savons que les citoyens des pays du Sud n’ont pas forcément les données de la géopolitique et l’intelligence économique permettant de «comprendre» certains choix stratégiques.

Les oligarchies de pays du Nord sapent les fondements de l’ordre social, opposent les citoyens à leur chef et fomentent des soulèvements pour se donner le droit d’intervenir et puis, de rester et de dicter des décisions. Ce qui se passe au Venezuela en est la preuve : Maduro, dans le contexte politique vénézuélien, ne fait pas pire que Trump dans le contexte démocratique des Etats-Unis.

Alassane K. KITANE