L’année 2025 est à oublier. Tellement vite qu’il faut peut-être dormir le 31 décembre 2025 pour se réveiller en 2026. Au plan des libertés, c’est une année horrible pour les hommes de médias très critiques à l’endroit du pouvoir. Au plan des libertés, l’année 2025 s’est révélée particulièrement éprouvante pour les hommes de médias adoptant une posture critique vis-à-vis du pouvoir. Les conditions d’exercice de la profession se sont détériorées, rendant le contexte hostile pour ceux qui s’expriment librement et dénoncent les dérives des autorités. Ce climat marqué par la répression et la restriction des espaces de parole a contribué à renforcer le sentiment d’une année à oublier pour les acteurs de la presse indépendante.

Au plan économique, la situation des populations vulnérables, notamment dans le monde rural, s’est aggravée avec la suspension des bourses familiales. Cette mesure a privé de nombreux ménages de ressources essentielles, accentuant leur précarité. Par ailleurs, les campagnes agricoles, loin d’apporter une amélioration, se succèdent sans changement notable. Ce contexte laisse transparaître une absence de perspectives nouvelles pour le secteur agricole, déjà fragilisé par un manque de soutien structurel et par la répétition de difficultés saisonnières.

L’année 2025 est ainsi perçue comme une période à oublier au plus vite. Les difficultés rencontrées, notamment la forte baisse des recettes fiscales malgré une augmentation de la pression fiscale, ainsi que la gestion tumultueuse de la crise de la dette, ont profondément marqué les esprits. La situation budgétaire catastrophique et l’absence de réalisations tangibles alimentent le souhait général de tourner rapidement la page de cette année éprouvante.

En témoigne la seconde Loi de finances rectificative qui vient consacrer de forces baisses de recettes fiscales malgré la taxation tous azimuts des impotiers au pouvoir.

La situation financière de l’année 2025 se singularise par une baisse prononcée des recettes fiscales, en dépit d’une politique de taxation généralisée appliquée par les autorités en place. La seconde Loi de finances rectificative illustre parfaitement cette tendance : elle entérine une diminution significative des recettes, révélant ainsi l’inefficacité des mesures fiscales adoptées pour compenser les difficultés budgétaires. Cette contradiction entre la multiplication des taxes et la chute effective des recettes met en lumière les limites de la stratégie gouvernementale axée sur l’augmentation de la pression fiscale, sans pour autant parvenir à améliorer les rentrées d’argent de l’Etat.

Malgré une politique de taxation tous azimuts, les résultats budgétaires de l’exercice 2025 révèlent une forte baisse des recettes fiscales. En effet, la Loi de finances rectificative n°2 (Lfr2) pour l’année 2025 enregistre une moins-value de recettes de 137, 8 milliards F Cfa. Ce recul contraste fortement avec la dynamique positive observée les années précédentes : en 2022-2023, les recettes fiscales avaient connu une plus-value de 190, 4 milliards F Cfa, suivie d’une augmentation supplémentaire de 121 milliards F Cfa sur la période 2023-2024.

Toute cette situation est la conséquence des propos malencontreux des nouvelles autorités sur la dette dite «cachée» qui ont fortement dégradé les relations avec les partenaires, au point de nous obliger à avoir systématiquement recours au marché financier sous-régional. En effet, ces propos ont provoqué un climat de méfiance avec les partenaires financiers traditionnels, détériorant considérablement les relations de confiance qui prévalaient jusque-là. Cette perte de crédibilité et la crispation qui en a découlé ont eu pour effet immédiat de restreindre l’accès du pays à ses sources habituelles de financement. Face à ce contexte, le Sénégal s’est vu contraint de recourir systématiquement au marché financier sous-régional pour répondre à ses besoins de financement. Cette dépendance accrue à ce marché témoigne non seulement des difficultés à mobiliser des ressources auprès des partenaires internationaux, mais aussi de l’ampleur de la défiance suscitée par la gestion et la communication autour de la dette publique.

Au cours de l’année, le Sénégal a eu recours à plusieurs opérations d’Appels publics à l’épargne (Ape) par le biais de placements par syndication. Les résultats de ces opérations témoignent d’un fort engouement du marché, avec des montants souscrits dépassant systématiquement les montants initialement sollicités. L’Etat a sollicité 1050 milliards de F Cfa à travers ces différentes émissions et a finalement mobilisé 1779 milliards de F Cfa sur l’ensemble de l’année 2025, démontrant la capacité du Sénégal à lever d’importantes ressources sur les marchés régionaux malgré un contexte financier défavorable. En mars 2025, l’Etat a sollicité 150 milliards de F Cfa et a reçu des offres totalisant 405 milliards de F Cfa, soit un taux de couverture de 2, 7 fois du montant demandé. En juin 2025, pour une sollicitation de 300 milliards de F Cfa, le montant obtenu s’est élevé à 364 milliards de F Cfa, correspondant à 1,2 fois le montant recherché. En octobre 2025, ce sont 300 milliards de F Cfa qui étaient sollicités et ce sont finalement 450 milliards de F Cfa récoltés. Et la dernière de décembre 2025 dont la fin de l’échéance a même été reportée, a vu le Sénégal recueillir 560 milliards de francs Cfa là où il sollicitait 400 milliards.

La question légitime que tout citoyen se pose est de savoir ce à quoi a servi toute cette manne financière ? Essentiellement à payer la dette. Et c’est le ministre des Finances qui explique le poids colossal de la dette devant les députés, lors du vote de la Loi de Finances 2026. Pour Cheikh Diba, l’année 2026 est une année de consolidation. «Nous avons un besoin de financement de plus de 6000 milliards. Nous sommes dans une situation difficile, mais nous avons les moyens de gérer cela. Mais il faut se demander comment…Nous avons commencé à faire la consolidation budgétaire et il faut mettre en pratique notre capacité à revenir dans la norme communautaire», disait le ministre, qui écartait toute idée de restructuration de la dette sénégalaise. «La restructuration n’est pas encore à l’ordre du jour. Quand on est dans une situation, il faut regarder toutes les solutions et les indicateurs de solutions, évaluer le coût d’opportunité de la situation. Nous avons travaillé sur des stratégies de refinancement. Cela ne signifie pas que nous n’allons pas payer la dette, mais évaluer sur une période, les indicateurs et enclencher un processus de déclinaison. Il nous faut des recettes : d’où l’importance du Pres qui est très ambitieux, et nous avons décidé de relever les taxations sur des produits minutieusement ciblés.» Le problème du Sénégal, sur le plan de la viabilité de la dette, c’est l’équation du refinancement, pas un problème de solvabilité, disent les officiels. «Entre 2026 et 2028, le pays devra payer 14 870 milliards de francs Cfa au titre du service de la dette totale», constatait Ndongo Samba Sylla, responsable de la recherche et des politiques pour la région Afrique d’International Development Economics Associates (Ideas), à l’occasion de la première édition de la Conférence internationale de cette organisation sur l’intégration régionale, qui s’est tenue à Dakar du 25 au 28 novembre 2025. Et selon Reuters, d’après les informations transmises au Fmi par le gouvernement sénégalais, le Sénégal aura à payer au minimum 5490 milliards en 2026, 4410 milliards en 2027 et 4970 milliards en 2028. Cette dette est essentiellement libellée en monnaies étrangères. A titre de comparaison, le total du service de la dette publique du Sénégal de 2012 à 2023 était de 7,6 milliards de dollars Us (près de 4000 milliards de francs Cfa), selon les données de la Banque mondiale.

Vive la dette !

Par Bachir FOFANA