Vers une révolution majeure du système commercial au Sénégal. Le ministère de l’Industrie et du commerce vient de lancer un ambitieux projet de 2000 «boutiques de référence» (supérettes, mini-marchés), soutenu par une enveloppe étatique de 5 milliards de francs Cfa. Entre promesses de modernisation, encadrement des prix et valorisation du «consommer local», cette initiative suscite l’enthousiasme des associations de consommateurs, mais pousse les boutiquiers à réclamer une intégration directe dans la gouvernance pour éviter les erreurs du passé.

Par Justin GOMIS – Le système commercial du Sénégal va faire sa mue. Le ministère de l’Industrie a lancé un projet de 2000 boutiques de référence qui sera bâti sur des superettes, supermarchés, mini-marchés. Cet ambitieux projet vise à rompre avec ce qui se faisait dans le pays depuis les années 60. Il consiste à mettre en place un système autour de tout ce qui concerne la distribution, de la supérette à l’assiette. Le gouvernement est dans les dispositions d’accompagner cette initiative qui inclut tous les acteurs du secteur commercial. «Le gouvernent compte mettre 5 milliards de francs Cfa à la disposition des commerçants. Chaque investisseur, chaque membre de ce projet, qu’il s’agisse de superette, de supermarché, de mini-marché, va bénéficier des subventions de l’Etat», a promis Serigne Guèye Diop, lors de l’atelier de lancement de ce projet.

Selon le ministre de l’Industrie et du commerce, ces deux mille boutiques de référence vont permettre de produire des produits de qualité, de référence. «Il s’agit de savoir comment on va acheter à bas prix de l’oignon et de la pomme de terre, et tout autre produit local.» Ainsi, pour une meilleure réalisation de cette initiative, l’Etat compte créer une société anonyme qui sera la centrale d’achat dans laquelle l’essentiel des actions appartiendront à tous les commerçants.

Mais, l’Etat ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. «On va vous accompagner dans la construction, dans le merchandising», a annoncé M. Diop aux commerçants, qui n’ont pas caché leur inquiétude par rapport à cette révolution. «Cette démarche témoigne de leur volonté et permet aux autorités de mieux prendre en compte le rôle essentiel joué par les boutiquiers dans l’approvisionnement quotidien des populations sénégalaises. Ces boutiques de proximité constituent le premier point d’accès des ménages à des produits de consommation. Elles contribuent à l’économie locale, créent des emplois et participent à la soutenabilité sociale. Les boutiquiers soutiennent l’ambition de structurer et moderniser ce secteur stratégique. Nous partageons les objectifs visant à améliorer les conditions de vente, renforcer la compétitivité des commerçants, promouvoir la qualité du service et assurer une meilleure disponibilité des produits pour tous les consommateurs.

Toutefois, nous estimons que la réussite d’un programme aussi ambitieux dépendra fortement de l’implication effective des attributaires. Les boutiquiers doivent être associés non seulement comme bénéficiaires, mais également comme partenaires dans la conception, la mise en œuvre et la gouvernance du projet. Nous souhaitons attirer l’attention sur la nécessité d’une représentation des organisations professionnelles et commerçants dans les instances de pilotage du projet», a indiqué Alioune Ba, président de la Fédération des boutiquiers.

Pour sa part, le président de l’Ascosen a magnifié ce projet qu’il trouve très ambitieux. «C’est un lieu où les prix des produits de première nécessité sont affichés, des prix contrôlés et tenus à un juste niveau, des prix qui protègent le consommateur sans étrangler le commerçant. C’est aussi un espace de transparence et de qualité. Des produits traçables dont l’origine et la qualité ne sont plus un mystère. C’est également une visée pour le consommer local. Nous voulons, à travers ces boutiques de référence, que le consommer local soit davantage proposé aux Sénégalais», déclare-t-il, montrant l’engagement des associations de consommateurs à accompagner ce projet. «Toutes les associations des consommateurs vous donnent leur engagement pour aller dans le sens de la régularisation des prix par le système que vous êtes en train de mettre en œuvre», a-t-il-dit.

Saisissant cette opportunité, Serigne Guèye Diop a lancé un appel à tout le secteur privé afin de réussir cette initiative qui avait échoué avec les boutiques Sonadis faute d’une bonne conception.

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