(Programme de gouvernement 0 bzzzzz°)

Ce texte est une pure fiction : toute ressemblance avec une personne ou un fait serait purement fortuite.

Si un habile conteur, bien de chez nous, peignait avec dextérité (sacré Ibrahima Njaay, maam yaxi laalo) le jeu de ping-pong, de yo-yo auquel s’adonnent le Pouvoir exécutif et le Pouvoir législatif (sous le regard d’arbitre -à l’occasion- du Pouvoir judiciaire) depuis un certain temps dans notre pays, les «Fables» de Jean De La Fontaine passeraient pour des balivernes futiles, des salades décousues, des calembredaines extravagantes, des radotages dénudés de sens, des sornettes à dormir debout ou des apologues sans sel.

Ce qui se trame, se passe entre les institutions, est plus inénarrable, plus épique, plus inimaginable, plus désopilant que tout le rocambolesque, tout le parodique, tout le loufoque, tout le cocasse que peuvent renfermer les interactions déjantées, les déconnades partagées par Lëg° le lièvre et Bukki° l’hyène dans notre légendaire imaginaire ndumbélanien°.

Et Ibrahima maam yaxi laalo nous aurait narré la situation politico-politicienne hilarante actuelle dans notre pays en ces termes : am réewa fi nekkoon…

Par pure haine contre la mouche, un moustique vota lors des élections royales pour «Yotox» le redoutable insecticide. Debout dès l’aube, un jour de Ramadan, il glissa fièrement le bulletin dans l’urne en rêvant de jubiler pour fêter la victoire le soir même, à l’heure de la rupture du jeûne. Tout se passa comme prévu, Ndumbélaan venait de choisir le candidat désigné par Xeme°, le produit que personne ne voulait respirer à pleins poumons ou recevoir de plein fouet dans les yeux. Le gros de la campagne électorale a été battu sur le slogan mobilisateur : «Yotox mooy Xeme, Xemeey Yotox».

Après avoir juré sur le drapeau, sur la loi fondamentale et sur la moustiquaire trouée de sa grand-mère, le discours d’investiture du nouveau suzerain sentit le pétrole lampant, la spirale «vite fait» et la promesse d’un sommeil sans bourdonnement. Le moustique, fier de son vote utile, était aux anges. Ne se sentant encore aucunement menacé, il prédisait en se mordant les lèvres que la mouche ne perdrait rien pour attendre ; cette vilaine mouche-là qui passe son temps à fureter dans les aliments non couverts, dans les fruits succulents mais interdits, et dans les plaies purulentes.

La mouche, quant à elle, scruta attentivement le programme de gouvernance et comprit très vite que ses intérêts n’étaient même pas mentionnés dans l’annexe et que le fond lui prédisait des lendemains difficiles et attentatoires. En vérité, ledit programme ne s’intéressait qu’au sort du pou, de la punaise et de la teigne, aujourd’hui appelés martyrs, et qui s’étaient fait tuer lors de heurts post-électoraux. La vache, l’âne et le chameau dont les pâturages ont été saccagés, attendront car ne faisant pas partie des priorités du moment.

Comme attendu, le nouveau suzerain fit de Xeme le vizir fort du royaume. Ce dernier (sous l’œil complaisant du suzerain) s’empressa de concentrer tout et rien des dossiers importants du pays sur sa table et, puis, de s’entourer d’une cour de partisans fanatiques mais incultes. Les portes de ndungsiin° s’ouvrirent alors grandes ouvertes sur les boroom barke°, les anciens boroom ndombal baat° ; la foudre s’abattit sur certains des qaadi°, indexés comme ennemis du «porozet° ou plus précisément de Xeme himself» ; les nids et les perchoirs d’oiseaux en construction ou en voie de l’être furent stoppés net ; le grillon qui alertait ou informait d’un danger potentiel, fut baillonné méticuleusement ; les arbres fruitiers et autres pâturages verdoyants (partenaires financiers internes comme externes) horrifiés ; Tugal° l’ancienne métropole invité à vite «dégager» ; les contrats commerciaux et miniers menacés de renégociation ; les Annexes enclavées du Sahel (Aes) furent prises comme modèles de souverainisme ou le moom sa bopp° tant vanté aux moins illuminés.

Ce qui devait arriver, arriva : en un peu plus de deux ans, Ndumbélaan tomba dans la déche sévère. Même la fourmi (grande usurière avec son fameux dërëm – dërëmak génn wàll), connue pour ses appuis, s’est braquée devant le discours accusateur de Xeme, qui évoluait dans un nuage imbibé d’hubris narcissiques, une bulle d’illusions et de mépris sur les relations financières internationales. Les cauris (avec lesquelles se faisaient le commerce, les échanges, les transactions, les investissements) étaient devenues presque introuvables. La République de Ndumbélaan flirtait tout d’un coup avec le défaut de paiement. Comme pour toute solution, Xeme ne proposait que taxes (xoos, muqi et toj kaas, entrés illégalement dans le territoire, furent appelés à contribuer) et ceintures fortement ceintes, le suzerain fut contraint de se séparer de lui. Il le remplaça par Kakatar° le caméléon, connu pour sa lenteur de réaction mais surtout pour sa discrétion et son sens élevé du camouflage : lu mu romb nuru ko te kenn du ko dégg ci lenn°. Dans le royaume, la rumeur dit de lui : saful xorom, saful suukar° !

Xeme, pour se relancer (par une alchimie et un scénario extraordinaires et dignes d’une comédie à la Maxu et Baay Pël), s’appuya sur ses cent trente dévots et prit -malgré les cris d’orfraie du monde herbivore- le contrôle total de l’Arbre à palabres du royaume. Depuis, haut perché au faîte de ce baobab millénaire, il cherche chaque jour que Dieu fait, à saboter ou à saborder le travail du palais. Kakatar, lors de son speech constitutionnel sous l’arbre à palabres, eut tous les problèmes du monde pour faire comprendre ou faire admettre qu’il suivait exactement le même chemin que son prédécesseur : l’irrévocable Direction pour la paupérisation généralisée (Dph) de Ndumbélaan qui, du quatrième, végète aujourd’hui au cinquième sous-sol du bunker de la misère. Ahuri, Ndumbélaan s’écria : il promet de suivre pas à pas le même chemin qui nous a mis au fond du trou ; quel Dieu avons-nous offensé pour mériter un tel supplice ?

Moralité :

La guéguerre au sommet de l’Etat (par institutions et par partisans) est une gifle retentissante reçue en pleine figure par le peuple qui avait cru. Elle a fini de transformer l’espoir en cendre incandescente et la promesse en procès d’intention. Ceux qui promettaient de porter la «rupture» se regardent désormais en rivaux et oublient pourquoi on les a mis là. Le peuple n’avait pas voté pour des postures, il a voté pour du pain accessible à tous, du travail fourni aux bras jeunes et valides, de la dignité dans les foyers. Aujourd’hui, on lui sert des communiqués, des clarifications, des démentis, pendant que le marché, le ghetto continuent de surchauffer, de brûler. La déception monte comme une eau sale dans les maisons et dans les taudis, parce que les Sénégalais, le peuple des 54%, sentent qu’ils ont été utilisés puis rangés comme de vielles serviettes. Le peuple a cru en un tandem, il découvre un duel et le pays devient l’arène de gladiateurs : chaque sortie d’un camp est lue comme une attaque de cannibales voraces par l’autre, et chaque silence devient une preuve de complot ou de connivence. Les institutions, au lieu de trancher, sont devenues des armes brandies pour se frayer un chemin, se donner une légitimité ou se donner des points dans la funeste bataille de communication. Et depuis, l’argument est mort : l’insulte, la calomnie, la division du corps social, la traque de l’ennemi (sic) ont gangréné l’atmosphère, ont pris le pouvoir et règnent en maîtres absolus dans le chaos latent qui entoure les relations interindividuelles, les relations avec les institutions. Chaque camp fait du débat démocratique une guerre de tranchées et de la critique citoyenne, une trahison. Mais, en vérité qui a trahi ? Qui a été trahi ?

Ceux qui ont promis la sobriété et qui proposent actuellement des batailles d’égo, doivent raser les murs. Ceux qui promettaient l’exemple et qui font voir un spectacle insipide, doivent se taire. Ceux qui vendaient l’efficacité et qui se trémoussent aujourd’hui au son du tam-tam des pertes de temps et des règlements de comptes, n’ont plus voix au chapitre. Ceux qui théorisaient les jardins d’Eden sur terre et qui alimentent le feu de la géhenne promise aux mécréants, doivent se faire tout petits. Lorsqu’un bon musulman, un fervent mouride ou tidiane passionné vous dit respectivement «ku ma nax ci Alqura’an°, ci Xasida°, ci Wazifa°, nangu naa di sab dof», ils pointent du doigt (pour chacun d’eux) votre duplicité, votre fourberie, votre pharisaïsme, votre obscurité morale tout court.

Alors, s’il y a un traitre à désigner, il faut seulement interroger le peuple exsangue, exténué, atomisé, hébété et meurtri. Ce peuple-là crie pour ses greniers vides, pour ses hôpitaux inaccessibles, pour son école déshumanisée, pour l’avenir incertain de ses enfants, pour sa sécurité escamotée, pour son homogénéité menacée. Ce peuple, c’est la mère de famille qui calcul sa maigre bourse pour se payer un kilo de riz hors prix et qui entend parler de positionnement ; c’est le jeune diplômé qui envoie des Cv et qui tombe sur des live de partisans zélés qui s’invectivent à longueur de journée ; c’est le paysan qui espère des semences en qualité et en quantité et qui reçoit des analyses politiciennes grossières et ngoundamesques° ; c’est le chauffeur de taxi clando qui espérait un carburant plus accessible et à qui on propose méga-meeting et vente de cartes d’adhésion ; c’est l’ouvrier tétanisé qui attendait des commandes salvatrices et à qui on ne présente que la massification d’une mouvance politique ; c’est ce villageois au fond des régions périphériques et toujours dans le noir de l’obscurité ; c’est ce jeune jakartamen°, ce jeune marchand ambulant à qui on ne dédie que dédain, morgue, taxes et brimades. Ce peuple-là, c’est cet optimiste père de famille qui pense enfin réussir à mettre un toit sur la tête de sa progéniture ; c’est l’enseignant qui râle, le médecin qui peste, le retraité qui tonne plus et mieux que la chose qui crache le feu entre le ciel et la terre, le pêcheur qui se lamente, l’éleveur qui fulmine de rage.

Ce peuple-là est celui qui a été trahi : car le mépris et la trahison, c’est faire passer l’appareil avant le peuple. Diantre ! Yaakaar gu tas moo yées feru jeeg bu dog, ruq bune lay foreeb per.

Amadou FALL

Inspecteur de l’enseignement à la retraite à Guinguinéo

zemaria64@yahoo.fr