Il est des hommes dont la disparition ne fait pas seulement naître la tristesse. Elle nous oblige aussi à nous souvenir de ce qu’ils ont accompli et de l’empreinte qu’ils ont laissée dans leur pays.
Cheikh Ousmane Diagne fut de ceux-là.
Homme aux multiples dimensions, il fut à la fois entrepreneur, industriel, homme de culture, homme de foi, mécène, médiateur et grande figure de la vie économique et sociale du Sénégal.
Au lendemain de l’indépendance, il compta parmi les pionniers d’un entrepreneuriat sénégalais tourné vers l’extérieur. Il fut notamment concessionnaire de voitures américaines à Dakar, à une époque où une telle initiative témoignait déjà d’une remarquable ouverture. Il fonda ensuite la Soseci -Société sénégalaise de commerce et d’industrie- qui participa à l’approvisionnement du pays en diverses marchandises, notamment en produits de première nécessité. Il fut également présenté comme l’un des premiers présidents du patronat sénégalais.
Mais son œuvre ne s’arrête pas à l’économie.
Cheikh Ousmane Diagne fut aussi un homme de dialogue et de rapprochement.
En 1989, au moment où la crise sénégalo-mauritanienne avait profondément séparé deux peuples voisins et frères, il joua un rôle dans les premiers contacts ayant contribué au rapprochement entre Dakar et Nouakchott. Son intervention autour du transfert à Dakar, puis du retour en Mauritanie, du Khalife général des Khadres malade, contribua à créer l’un des premiers gestes de décrispation entre les deux pays. Quelques mois plus tard, les relations diplomatiques étaient rétablies.
Sa dimension spirituelle occupait également une place centrale dans son parcours.
Président supranational du Conseil supérieur khadre pour l’Afrique, il fut profondément engagé dans le rayonnement de la Khadriya et dans le soutien à ses communautés. Son voyage en Irak, à la veille de la première guerre du Golfe, illustre cette dimension : il tenta alors de contribuer à éviter le conflit et souhaitait notamment préserver les hauts lieux de la tradition khadre. Il se rendit au mausolée de Cheikh Abdoul Khadre Jilani, ainsi que dans d’autres lieux saints.
Son influence dépassait également les cadres religieux et économique.
En 1995, alors que beaucoup ne misaient pas sur la victoire de Jacques Chirac à l’élection présidentielle française, Cheikh Ousmane Diagne créa à Dakar l’Association des amis de Jacques Chirac, réunissant notamment des hommes d’affaires, des universitaires, des étudiants et des membres des professions libérales.
Il soutint cette initiative par conviction et par amitié, sans chercher, selon le témoignage rapporté, à obtenir de contrepartie personnelle après la victoire de Chirac.
Mais peut-être que la plus belle partie de son héritage réside dans ce que les chiffres, les fonctions et les titres ne peuvent mesurer.
Sa générosité.
Ceux qui l’ont connu ont gardé le souvenir d’un homme généreux, profondément attaché aux autres, capable de se mobiliser dans les moments difficiles et dont la fidélité à ses proches et à ses convictions était une véritable marque de caractère.
Il était également un véritable témoin de son époque. Sa connaissance de l’histoire contemporaine du Sénégal, de ses hommes, de ses institutions et de ses grandes transformations faisait de lui une mémoire vivante de plusieurs décennies de notre histoire.
Ainsi, lorsque l’on évoque Cheikh Ousmane Diagne, on ne parle pas simplement d’un homme d’affaires disparu.
On se souvient d’un bâtisseur.
On se souvient d’un médiateur.
On se souvient d’un homme de foi.
On se souvient d’un mécène et d’un homme généreux.
On se souvient surtout d’un homme qui, à différentes étapes de sa vie, a choisi d’agir.
Son œuvre appartient désormais à l’histoire.
Et son souvenir demeure dans la mémoire de ceux qui l’ont connu, de ceux qu’il a accompagnés et de tous ceux qui considèrent que la vie d’un homme se mesure aussi au bien qu’il laisse derrière lui.
A l’homme, notre hommage.
A son œuvre, notre reconnaissance.
A sa mémoire, notre fidélité.
Que Dieu, dans Son infinie Miséricorde, lui accorde Son pardon, illumine sa demeure et l’accueille dans les plus hauts degrés de Son Paradis.
Mansour Bouna NDIAYE
