La tension est montée d’un cran au sein du Parti socialiste (Ps) sénégalais. Dans une lettre ouverte au vitriol datée du 11 juillet 2026, les frondeurs du mouvement «Dundal Ps» rejettent catégoriquement la décision de la Secrétaire générale, Aminata Mbengue Ndiaye, de suspendre les activités au siège historique de Colobane.

Le vieux parti de Léopold Sédar Senghor traverse l’une des zones de turbulences les plus critiques de son histoire récente. Le point de rupture semble définitivement atteint entre la direction officielle et le courant réformateur interne. Au cœur du litige : une circulaire du 29 juin 2026 signée Aminata Mbengue Ndiaye, Secrétaire générale du Ps, interdisant toute activité non expressément autorisée par ses soins à la Maison Léopold Sédar Senghor, à la suite d’incidents survenus le 13 juin précédent.

Pour les initiateurs du manifeste «Dundal Ps» (Faire revivre le Ps), cette mesure conservatoire est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Dans une lettre ouverte d’une rare virulence publiée ce samedi 11 juillet, ils dénoncent un «diktat» et contestent radicalement la légitimité juridique d’un tel acte. Selon eux, ni les statuts ni le Règlement intérieur du parti ne confèrent un tel pouvoir de fermeture à la Secrétaire générale, les questions de sécurité et d’administration relevant statutairement des secrétaires nationaux régulièrement élus par le Comité central.

«La Maison du parti n’est ni un espace privé ni l’instrument d’un camp : elle est une propriété collective, symbole vivant d’une histoire politique commune», martèlent les frondeurs dans leur missive. Ils estiment que priver les militants de leur siège social au moment précis où l’échiquier politique national se réorganise, revient à condamner le parti à l’effacement et au repli. Au-delà des murs de Colobane, c’est le mode de gouvernance global de Aminata Mbengue Ndiaye qui est mis au pilori. Le texte critique la substitution progressive des instances régulières par des «rencontres informelles» sélectives, desquelles plusieurs responsables du Secrétariat exécutif national (Sen) et du Bureau politique seraient arbitrairement exclus sur des bases subjectives.

La guerre des chiffres et des documents

La fronde de «Dundal Ps» s’enracine également dans une profonde querelle de transparence autour du rapport de la «Commission spéciale de relance». Alors que la direction affirme dans les médias avoir transmis l’intégralité du document, les signataires du manifeste crient au mensonge et brandissent des preuves écrites qu’ils qualifient de «têtues».

Ils s’appuient notamment sur une lettre de transmission datée du 24 février 2026, signée par le co-coordonnateur de ladite commission. L’objet mentionne explicitement la «Transmission des conclusions», précisant qu’il ne s’agit que de la partie contenant les propositions de réforme (33 conclusions au total), et non du rapport global. Une rétention d’information jugée inadmissible par les contestataires qui réclament un débat démocratique complet.

L’autre motif de raillerie -et de consternation- des opposants internes concerne la récente Assemblée générale des secrétaires généraux de coordination convoquée au domicile même de la Secrétaire générale. «Cette rencontre n’a réuni que 15 secrétaires généraux de coordination sur les 138 que compte le parti», révèlent-ils, délégitimant ainsi la motion de soutien qui en est issue.

Vers un affrontement de légitimité

Face à ce qu’ils qualifient d’«opacité» et de «procès d’intention en fractionnisme», les leaders de «Dundal Ps» affichent une posture de combat et préviennent que «toute persistance dans cette volonté de faire obstruction […] à la Maison du parti sera combattue par toutes les voies et tous les moyens appropriés».

Bien que le collectif se dise encore «ouvert au dialogue et à la recherche de consensus», le climat actuel laisse présager des lendemains incertains pour la formation socialiste, engagée dans une dangereuse guerre des tranchées à l’approche des futures échéances électorales nationales.