Portée par la mise en production du gisement pétrolier Sangomar, la région de Fatick a vu les investissements extractifs quadrupler en un an, atteignant plus de 47 milliards de F Cfa en 2024. Cependant, derrière cette progression spectaculaire révélée par le dernier rapport de l’Itie, un défi de taille subsiste : l’incapacité des opérateurs économiques locaux à s’imposer dans la chaîne de valeur du contenu local.

Par Ndèye NDIAYE – C’est une croissance fulgurante portée par l’or noir : la région de Fatick franchit un palier historique. Selon les données de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (Itie), les investissements du secteur extractif ont bondi de 13, 342 milliards de F Cfa en 2023 à 47, 734 milliards de F Cfa en 2024. Cette accélération massive est directement corrélée à l’exploitation du projet pétrolier Sangomar. Thialy Faye, président du Comité national Itie, a salué cette dynamique qu’il qualifie de «significative». Au tableau des contributeurs, le géant Woodside Energy domine largement avec une injection de plus de 30 milliards de F Cfa, marquant ainsi l’entrée du Sénégal dans l’ère de la production pétrolière effective.

Le paradoxe du contenu local

Si le rapport souligne une percée encourageante des fournisseurs sénégalais au niveau national -certains réussissant désormais à devancer des firmes étrangères sur des marchés stratégiques-, le constat est plus nuancé à l’échelle régionale. A Fatick, les retombées directes pour le tissu économique local restent timides. Les opérateurs de la région peinent encore à capter ces flux financiers. En cause : une maîtrise insuffisante des rouages du «contenu local» et des exigences techniques du secteur.

La Gouverneure de la région, Ngoné Cissé, a d’ailleurs pointé du doigt ce décalage persistant entre la manne financière injectée et son impact réel sur les Pme locales. Pour la cheffe de l’Exécutif régional, le manque de structuration et de préparation des entreprises locales constitue le principal frein à leur compétitivité. «Nous voulons que les entreprises locales puissent mieux tirer profit de ces opportunités, comme cela se fait dans d’autres régions», a-t-elle plaidé, appelant à un renforcement urgent des dispositifs d’accompagnement.

Face à ce constat, les autorités régionales et l’Itie s’engagent à intensifier les efforts pour une meilleure inclusion. L’enjeu est de taille : transformer ces chiffres record en leviers de développement concrets pour les populations et les entreprises du Sine-Saloum.

Correspondante