Le lutteur de Yeumbeul, Diop 2, a une nouvelle fois confirmé son irrésistible montée en puissance. Ce dimanche à l’Arène nationale, il s’est imposé avec autorité face à Liss Ndiago. Porté par un palmarès solide et une popularité en plein essor, le représentant de la banlieue dakaroise s’invite désormais aux portes du cercle très fermé des Vip de la lutte sénégalaise. Dans cet entretien, la nouvelle coqueluche de Yeumbeul revient sur son triomphe et affiche ses ambitions de grandeur.

Revenez sur votre victoire contre Liss Ndiago, dimanche dernier. Com­ment êtes-vous parvenu à prendre le dessus sur votre adversaire ?

Je n’avais aucune pression pour ce combat. C’est pourquoi j’ai pris tout mon temps pour mûrir ma stratégie. Je savais que le corps-à-corps m’était plus avantageux. J’ai adopté une garde basse en ripostant à un crochet droit de mon adversaire, avant d’engager le corps-à-corps. Durant cette phase, j’ai pesé de tout mon poids sur lui pour le faire basculer, alors qu’il tentait de résister au crochepied intérieur que je lui avais porté.

Après l’annonce du verdict, on vous a vu vous diriger vers les supporters de Liss Ndiago. Pourquoi ce geste ?

Je me suis rendu vers eux pour les encourager et leur présenter mes excuses pour avoir battu leur lutteur. Je suis conscient de leur investissement et des efforts déployés pour soutenir Liss Ndiago dont je loue d’ailleurs la sportivité et le fair-play.

Juste après le combat, vous avez longuement échangé avec votre adversaire. De quoi parliez-vous ?

Liss Ndiago est un sportif au grand cœur. Malgré sa défaite, il a tenu à discuter avec moi. Il m’a dit qu’il me trouvait courageux et qu’il avait été touché par une de mes interviews où j’exprimais ma volonté de construire une maison pour ma mère. Il faut une grande noblesse d’esprit pour afficher une telle grandeur après une défaite. Je prie pour qu’il renoue avec la victoire lors de sa prochaine sortie, tant qu’il ne croise pas un lutteur de Yeumbeul (rires). C’est un excellent lutteur, très bien préparé, et je sais de quoi je parle pour m’être frotté à lui.

Vous avez également eu des mots pour d’autres confrères…

Effectivement, je profite de l’occasion pour encourager Ama Dia, qui a perdu face à Boucher Ketchup, que je félicite au passage. C’est la loi du sport : on gagne aujourd’hui, on peut perdre demain. Je tiens aussi à rendre hommage à mon ami Ibou Ama, qui nous a quittés. Il n’a pas pu être témoin de ce combat, mais il me répétait sans cesse que Liss Ndiago serait mon véritable test. Je lui dédie cette victoire.

Avec un parcours de 13 victoires pour une seule défaite, quel regard portez-vous sur votre progression depuis vos débuts en 2020 ?

Le fait que des noms comme Sa Thiès me citent aujourd’hui parmi leurs potentiels adversaires, prouve que j’ai énormément progressé. Cela valide tout le travail abattu pour sortir du lot dans un milieu qui compte plus de 15 000 licenciés. Il y a trois ou quatre ans, mon nom n’était même pas mentionné.

Aujourd’hui, les affiches entre «grands» et «espoirs» sont dans l’air du temps.

Entre Modou Lô, Balla Gaye 2, Eumeu Sène, Franc ou Siteu, qui souhaitez-vous croiser ?

Je suis prêt à affronter n’importe quel adversaire que mon staff jugera pertinent. Je rêve de me mesurer à ces légendes que vous citez. La question est de savoir si notre génération aura l’opportunité de réaliser ce qu’ils ont accompli.

Pensez-vous réellement avoir les capacités de battre ces ténors ?

Bien sûr ! J’ai les moyens de les battre tous. Je suis jeune et je travaille sans relâche pour atteindre le sommet de mon art. Pour ce dernier combat, j’ai puisé au plus profond de moi, voyageant deux fois en Turquie puis en France pour ma préparation. Je suis un lutteur difficile à atteindre : sur mes 14 combats disputés, aucun crochet de mes adversaires ne m’a encore touché de plein fouet.

Recueillis par Amadou MBODJI-ambodji@lequotidien.sn