La récente intervention des Forces de l’ordre au campus social, à la suite des revendications estudiantines liées au paiement des bourses et des rappels de bourses, a profondément choqué l’opinion publi­que. Ce qui aurait dû être un moment d’écoute et de négociation, s’est transformé en une séquence dramatique, marquée par des violences, des arrestations et, plus tragiquement encore, la perte d’une vie humaine.

Selon plusieurs témoignages, des chambres d’étudiants auraient été prises d’assaut, des portes et fenêtres défoncées, des gaz lacrymogènes tirés à bout portant dans des espaces clos. Dans ce climat de tension extrême, Abdoulaye Ba, étudiant en médecine, orphelin de père et fils unique, a été tué dans sa chambre. Les circonstances exactes méritent d’être établies avec rigueur et impartialité, mais une chose est certaine : une vie a été fauchée, et avec elle l’avenir d’une famille et d’un jeune espoir de la Nation.

Au-delà du drame humain, cette crise révèle un malaise plus profond. Depuis plusieurs jours, des étudiants dénonçaient le non-paiement de leurs bourses, certains affirmant être restés sans ressources pour se nourrir. La bourse universitaire n’est pas un privilège : elle constitue, pour beaucoup, la condition minimale de survie et de poursuite des études. Lorsqu’elle tarde, c’est toute la dignité estudiantine qui vacille.

Face à cette situation, le gouvernement a tenu une conférence de presse. Mais au lieu d’annoncer un plan clair de règlement des arriérés et de sortie de crise, le discours officiel s’est centré sur des accusations : implication supposée de l’opposition, allégations de détention d’armes blanches, de cocktails Molotov et d’autres objets dangereux dans les chambres. Si des faits répréhensibles ont été commis, ils doivent être établis par la Justice, preuves à l’appui. Mais en période de crise, la priorité d’un Etat est d’apaiser, de rassurer et de protéger.

La fermeture du campus social jusqu’à nouvel ordre et l’injonction faite aux étudiants de ne laisser aucun bagage dans les chambres ajoutent à l’angoisse et à la précarité. Où iront ceux qui n’ont ni famille proche ni moyens financiers ? Com­ment poursuivront-ils leur formation dans ces conditions ?

Il ne s’agit pas ici de nier l’autorité de l’Etat, ni la nécessité de préserver l’ordre public. Mais l’ordre ne peut durablement reposer sur la peur. L’université est un espace de savoir, de débat et d’espérance. Y envoyer prioritairement les forces de répression plutôt que des médiateurs affaiblit le lien de confiance entre l’Etat et sa jeunesse.

Dans un pays où plus de la moitié de la population est jeune, la question estudiantine n’est pas marginale : elle est stratégique. Gouverner, ce n’est pas seulement rétablir l’ordre ; c’est aussi entendre les souffrances, reconnaître les erreurs éventuelles et proposer des solutions concrètes.

L’heure est à la

vérité, à la justice

et au dialogue

La lumière doit être faite sur les événements tragiques survenus au campus. Les responsabilités, quelles qu’elles soient, doivent être établies. Les blessés doivent être pris en charge, les étudiants arrêtés libérés ou tout au plus jugés dans le respect strict de leurs droits, et un calendrier clair de paiement des bourses rendu public.

Une Nation qui traite sa jeunesse avec brutalité compromet son propre avenir.

Une Nation qui choisit l’écoute et la justice se donne, au con­traire, les moyens de la paix durable.

Dahy SOW

Cadre Apr