Le règlement de la crise universitaire ne peut plus être réservé aux décideurs publics, qui peinent à trouver les vraies solutions à ce problème. Cette crise est récurrente, et pour y remédier, il nous semble important de savoir : quel est le regard que les Sénégalais portent sur l’université ? Quels sont les objectifs qui sont fixés à l’université ? Quels sont les résultats qui sont attendus de l’université ?
Les réponses à ces questions pourront nous aider à mieux comprendre si les moyens qui sont mis à la disposition de cette institution du savoir sont pertinents ou méritent d’être révisés. Il est au moins clair qu’aucun pays au monde ne peut se développer en contournant le savoir.
Mais de quel savoir s’agit-il ? Est-ce que ce savoir se trouve uniquement à l’université ? L’un dans l’autre, on peut retenir que dans les pays qui accusent un retard énorme, l’investissement dans le savoir, qui n’a pas de prix, a un coût qui doit être fortement supporté par les pouvoirs publics.
On ne peut encore exclure l’apport du privé national qui a un intérêt dans la qualité de la formation des étudiants, ainsi que les différents partenaires qui peuvent aider à la bonne marche de cette institution du savoir.
Les efforts qui sont consentis par nos gouvernements successifs sont certes énormes, mais le Sénégal est encore loin de satisfaire le ratio entre la population d’un pays et son nombre d’étudiants.
Maintenant, pour être en phase avec l’évolution de ce monde de science et de technologie, quelles sont les filières que nous devons privilégier dans l’enseignement supérieur ?
Par exemple, un pays comme la Chine a éliminé plusieurs filières d’enseignement qui ne répondent plus aux besoins du pays, pour faire un recentrage sur des domaines plus techniques ou stratégiques.
Il nous faut ainsi trouver des solutions pour l’écrasante majorité des bacheliers, qui sont issus des filières littéraire et qui doivent intégrer le monde du travail.
Les disciplines qui ne sont plus enseignées à l’université doivent être éliminées, recyclées ou confiées à d’autres espaces qui se chargeront de continuer le travail de formation des étudiants.
L’université n’est pas une garderie de jeunes filles et de jeunes garçons, et aucun gouvernement ne pourra réussir la politique de l’enseignement supérieur au Sénégal, avec cette cohorte d’étudiants qui fait son entrée à l’université, sans une mission claire et des objectifs bien définis.
Un système d’enseignement inadapté ne peut produire que des résultats approximatifs ou contre-productifs. Et si nous continuons dans cette lancée, toutes les réformes au niveau de l’enseignement supérieur seront vouées à l’échec.
L’université, qui fonctionne comme une caserne, a tendance à fabriquer des automates qui ont un regard biaisé sur le monde extérieur. On peut alors comprendre quand les affrontements entre les étudiants et les Forces de défense et de sécurité renvoient à une bataille rangée entre deux garnisons, qui ont le même mode de pensée.
On ne peut encore dédouaner les autorités étatiques, qui ne considèrent plus l’université comme une opportunité, mais une menace et un fardeau.
«Lux Mea Lex» est certes la devise de l’université, mais cela n’en fait pas pour autant une zone de non-droit.
Et tant qu’on n’arrivera pas à régler l’équation entre «droit-liberté» et «devoir- responsabilité», il sera difficile d’assainir les rapports entre les décideurs politiques, les Forces de défense et de sécurité et les corporations des étudiants.
Il nous faut également bâtir des consensus forts autour des questions aussi stratégiques que l’enseignement supérieur, la défense, la sécurité et la justice.
Voilà des pistes de réflexion qui nous semblent intéressantes, si nous voulons sortir de cette crise qui affecte l’université depuis des décennies.
Babacar Papis SAMBA
La Pensée complexe
