Bryan Smith est un jeune Africain, féru de football et amoureux du Sénégal.

Fervent supporter des Lions de la Teranga, il a publié sur sa chaîne YouTube une vidéo dans laquelle il interpelle, humblement et gentiment, Kalidou Koulibaly après la défaite de notre Equipe nationale face à la Norvège.

C’est suite à cette vidéo que j’ai écrit le commentaire suivant.

On ne peut pas savoir ce qui se passe dans la tête des gens. L’envie de vouloir bien faire, trop bien faire même, peut pousser l’individu à se surestimer. Et ce n’est pas un manque d’humilité, ce n’est pas de l’orgueil, c’est plutôt de l’ambition. De la grande ambition.

Qui, dans la sélection sénégalaise, ne nourrit pas l’ambition de marquer d’une belle em­preinte cette Coupe du monde 2026 ?

Qui, dans cette génération de footballeurs, ne voudrait pas voir son nom inscrit en lettres d’or sur les tablettes de l’histoire footballistique du Sénégal, de l’histoire footballistique de l’Afrique, du monde ?

Qui, dans notre staff technique, ne rêve pas de faire la même chose (ou mieux encore) que le regretté Bruno Metsu (ce lion blanc) et ses assistants en 2002 ?

Quel pays (pour parler des 10 représentants du continent) ne voudrait pas égaler le Maroc, ou faire mieux que la formation chérifienne, dans cette compétition internationale, en termes de performance ?

Ce n’est pas pour dédouaner Kalz ou Pape Thiaw, ou bien qui que ce soit, mais on devrait chercher plutôt à comprendre le pourquoi de cette situation, au lieu de charger celui-ci ou celui-là. Ce serait pousser le bouchon trop loin, à mon avis. Nos champions sont déjà suffisamment lourds de honte et de déception. Ils savent qu’on n’est pas contents de leurs performances dans cette Coupe du monde en cours. Et leur conscience fait déjà ce que, en plus, tout le monde est en train de faire : critiquer.

On va à la Coupe du monde avec de grandes ambitions. Et rien que cela est une source de motivation assez suffisante pour se dépenser, pour se défoncer, se surpasser. Mais il y aura toujours des aléas qu’on ne maîtrise pas. Parce qu’on ne peut pas les maîtriser, justement. Ces aléas qui font pencher la balance sur un côté ou sur un autre. La victoire (la défaite aussi) peut venir n’importe comment, de n’importe quoi, de n’importe qui. Même de l’adversaire ou de l’arbitre. L’histoire ne tarit pas d’exemples à cela.

Ce qui se passe dans la tête d’un compétiteur est difficile, très difficile à cerner quand on n’a pas été un compétiteur soi-même, quand on n’a pas un certain niveau de sportivité. L’envie de gagner, la très forte envie de gagner, pourrait aller jusqu’à aveugler le compétiteur, au point de lui faire commettre l’erreur fatale.

Remarquez, d’ailleurs, que les critiques à l’endroit des Lions de la Teranga sont plus acerbes du côté des supporters et des amateurs, que du côté des grands professionnels.

Quand on entend le très grand Pape Thiaw dire humblement «on apprend de cette défaite», on a l’impression qu’il prend la chose trop à la légère.

Il a tellement raison, pourtant. C’est ça le bon tempérament de «l’esprit champion» : on reconnaît ses erreurs, on les accepte/assume et, surtout, on en tire des enseignements. Au lieu de se morfondre dans des accusations, des reproches, des critiques plutôt destructrices que constructives.

Ce n’est pas le sillon qui fait avancer le bateau.

«Je ne perds jamais. Je gagne ou j’apprends», disait Nelson Mandela.

Et du berceau au tombeau, on ne finit pas d’apprendre, avons-nous l’habitude de dire.

On peut reprocher au Sénégal tout et n’importe quoi. Mais il faut reconnaître que les champions d’Afrique, conscients de la lourde responsabilité qui pèse sur leurs épaules en tant que détenteurs actuels du trophée continental, sont allés à la Coupe du monde avec de très grandes ambitions. Les autres pays aussi ont des ambitions, très certainement.

Donc, il ne s’agit pas que d’aller ramasser le Trophée mondial et rentrer à la maison. Tranquillement.

Nos champions ont encore be­soin de nous à leurs côtés. Aujourd’hui, maintenant, plus que jamais. Parce qu’il est plus fa­cile de tomber que de se relever.

A l’état actuel des choses, les hommes de Pape Bouna Thiaw ont besoin d’un discours qui les aiderait à se relever, plus que toute autre chose. Une bonne façon, la meilleure façon peut-être, de booster leur mental de champions. Nous aurons alors bien fait notre travail d’hommes et pourrons attendre, sagement, qu’Allah fasse Son travail de Dieu.

Merci beaucoup, Bryan, pour toute l’admiration que vous vouez à mon beau et bon pays, le Sénégal.

Pape Obh DIOUF