Le Pr Ibrahima Wane a appelé l’Etat à doter le Sénégal d’une Bibliothèque nationale effective, jeudi au Cices, en prononçant la leçon inaugurale de la 18e Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (Fildak). Devant le Premier ministre et plusieurs membres du gouvernement, il a estimé que «l’heure est venue d’ouvrir une nouvelle page, cinquante ans après le tournant de 1976».
Par Malick GAYE – Placé sous le triptyque «Bibliothèque, transmission, souveraineté», l’exposé du directeur du Laboratoire littérature, langues et sociétés d’Afrique (Ucad), par ailleurs président du Conseil d’administration du Musée des civilisations noires, s’est déroulé en quatre temps. Il a rendu hommage aux pionniers des Lettres et des bibliothèques dont Makhily Gassama, Cheik Aliou Ndao, Aminata Sow Fall et feu Alphonse Raphaël Ndiaye.
Un chantier ouvert depuis 1976
Le conférencier a rappelé les textes de l’époque : les lois du 9 avril 1976 sur les bibliothèques et le dépôt légal, puis le décret du 5 mai 1976 créant une Bibliothèque nationale. Une loi de 2002 a relancé le projet, qui «semble avoir suffisamment mûri», selon lui. Il a plaidé pour un espace de consultation de la production intellectuelle nationale et des œuvres étrangères qui concernent le pays, ainsi que pour l’établissement d’une bibliographie nationale.
Un héritage africain à reconquérir
Retraçant la tradition africaine du livre, d’Alexandrie à Tombouctou, où l’Institut Ahmed Baba conserve plus de 30 000 manuscrits, il a évoqué l’école de Pir Saniokhor, détruite par les autorités coloniales en 1869. Il a aussi rappelé la saisie à Ségou, en 1890, de la bibliothèque de El Hadj Oumar Tall. Un fonds de 518 volumes est aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale de France, dans l’attente d’une restitution réclamée par la famille oumarienne. «La place naturelle de cette précieuse possession est ici, en Afrique», a-t-il lancé au Premier ministre.
Lecture publique et souveraineté
Saluant le rôle de l’Ecole des bibliothécaires, archivistes et documentalistes (Ebad), formatrice depuis 1963, Pr Wane a déploré la désuétude de la plupart des bibliothèques de lecture publiques. Il a proposé des pôles départementaux et le renforcement des Centres de lecture et d’animation culturelle (Clac), présents à Sédhiou, Kolda, Fatick, Thiès et Saint-Louis. Côté souveraineté, il a défendu une Bibliothèque nationale qui acquerrait la production en langues africaines, du wolof au gikuyu, et conserverait le patrimoine oral, afin de «rapatrier notre imaginaire», formule du Pr Amadou Ly. Le numérique, a-t-il ajouté, doit faire dialoguer les formes d’expression culturelle.
Il a conclu en définissant «la bibliothèque de l’avenir» comme celle dont les catalogues reflètent l’identité éditoriale du pays, sa diversité culturelle et la solidarité entre les générations.
mgaye@lequotidien.sn
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