Alors que le projet de restructuration des transports dakarois prévoyait leur mise à la retraite, le ministre Abdoul Ahad Ndiaye a fermement défendu le maintien des emblématiques «cars rapides». En visite sur les grands chantiers du Cetud, il a plaidé pour une modernisation inclusive, capable de concilier les technologies de pointe et la préservation de ce qu’il considère comme un véritable patrimoine culturel national.

Par Amadou MBODJI – En visite sur les principales infrastructures de mobilité urbaine pilotées par le Cetud, le ministre des Transports terrestres et aériens, Abdoul Ahad Ndiaye, a réaffirmé son soutien à la modernisation du secteur tout en rejetant la suppression des «cars rapides», initialement prévue dans le projet de restructuration du réseau de transport. Pour lui, ces véhicules emblématiques font partie intégrante de l’identité de Dakar et doivent être intégrés à la transformation du système de transport public plutôt que de disparaître.

«J’ai vu dans vos présentations que vous voulez enlever les «cars rapides». Moi, je dis qu’on va les garder parce qu’ils font partie de l’écosystème, de notre identité commune. Je pense qu’il faut trouver un système pour les conserver. Ce n’est pas le politicien qui parle, mais je pense sincèrement que cela fait partie de notre identité. Lors de mes voyages, notamment en Angleterre ou dans d’autres pays, j’ai vu des systèmes de transport anciens qui ont été préservés précisément pour cette raison. A Dakar, si on enlève les cars rapides, on arrache une partie de son âme. C’est un patrimoine culturel», a déclaré le ministre.

Cette déclaration a été faite à l’issue de sa visite au siège du Cetud à Hann. Il s’agissait de la dernière étape d’un périple qui l’a d’abord mené au Centre d’exploitation et de maintenance de Keur Massar (Rtc), puis à celui de Gadaye (Brt), avant de passer par le Centre de gestion de la mobilité urbaine (y compris les systèmes de transport intelligents – Its) à Grand Médine. Cette tournée ministérielle visait à évaluer l’état d’avancement des infrastructures, à renforcer la coordination entre les acteurs du secteur et à échanger sur les défis liés à leur réalisation.

Sur le site du futur Centre d’exploitation et de maintenance (Cem) de Keur Massar prévu dans le cadre du projet de restructuration du Réseau de transport en commun (Rtc), la délégation a pu apprécier les travaux en cours. Elle s’est ensuite dirigée vers le centre de Gadaye dédié au Bus rapid transit (Brt), où elle a découvert les installations techniques du premier réseau de bus 100% électriques du Sénégal. Le parcours s’est achevé à Grand Médine, où les responsables du Centre de gestion de la mobilité urbaine ont présenté les technologies intelligentes destinées à optimiser le trafic, renforcer la sécurité des usagers, améliorer l’information des voyageurs et fluidifier la coordination des transports.

Tout en saluant les avancées notables dans le développement des transports publics, le ministre a appelé à une vision plus large et plus inclusive de la mobilité urbaine. Dès le début de son intervention, Abdoul Ahad Ndiaye a privilégié un échange direct et pragmatique avec les équipes du Cetud, plutôt qu’un discours protocolaire. Il a notamment soulevé des problématiques cruciales liées au quotidien des citoyens, à commencer par la place des piétons dans l’espace public. «A Dakar, il y a de la place pour tout le monde, mais il n’y a pas de trottoirs», a-t-il déploré, s’interrogeant sur les aménagements prévus pour encourager la marche en milieu urbain.

Le ministre a également plaidé pour une décentralisation de ces efforts, insistant sur la nécessité de prendre en compte les villes de l’intérieur comme Louga et Touba. Selon lui, leur urbanisation rapide impose le déploiement de plans de mobilité locale adaptés à leurs réalités spécifiques. Globalement satisfait des infrastructures visitées, Abdoul Ahad Ndiaye estime que ces réalisations prouvent que le Sénégal est résolument engagé dans la transition vers des transports modernes et durables.

Le futur Centre d’exploitation de Keur Massar dont la flotte fonctionnera au Gaz naturel liquéfié (Gnl), a particulièrement retenu son attention. Pour le ministre, ce choix technologique est une double réponse, à la fois écologique et économique. L’utilisation du gaz devrait permettre de réduire les coûts d’exploitation et de tendre vers un modèle financièrement viable, allégeant ainsi la contribution directe de l’Etat. De même, le centre de Gadaye, avec ses bus électriques, incarne cette ambition d’une mobilité propre.

Au-delà de l’aspect purement matériel, le ministre a insisté sur l’importance de structurer un écosystème global. «Le transport n’est pas seulement une affaire de bus ou de routes. C’est tout un écosystème qui mobilise des compétences diverses : maintenance, numérique, centres de contrôle, systèmes intelligents et nouveaux métiers.» Pour Abdoul Ahad Ndiaye, cette transition technologique représente un formidable levier de création d’emplois qualifiés pour la jeunesse sénégalaise.

En conclusion, il a réaffirmé l’engagement de son département à accompagner cette dynamique pour bâtir un réseau performant, durable et accessible à tous les Sénégalais.

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