Bonne année ! C’est cette belle formule que nous nous lançons -chaque fois- les uns les autres à la fin de chaque année civile. Pourtant, elle n’est en rien banale, elle ne devait avoir rien de si ordinaire car elle se doit d’aller au-delà des simples parures superficielles dont nous enveloppons -parfois de manière égoïste et surtout fumiste- nos décrépites civilités de la vie courante et nos rapports interindividuels.
Bonne année aux bienheureux qui ont fêté la naissance du Christ, l’illustre parmi les plus illustres, malgré les bourses trop légères. Bonne année aux croyants qui ont compris que chaque jour qui passe, aurait aimé être à la place de cette date du 25 décembre pour que Noël illumine continuellement les cœurs et les esprits de par la grâce qui en découle depuis des siècles et des siècles. Bonne année pour se reprendre car nous glissons lentement mais sûrement vers les abysses obscurs de la déliquescence sociale, de la déliquescence démocratique, de la déliquescence économique et de la déliquescence administrative et judiciaire ou mieux encore, procédurière.
Bonne année pour s’interroger courageusement sur le statut machiavélique que prennent les choses dans notre pays ; pour comprendre à la fin que le populisme sauvage que nous vivons sous nos toits a un prix patibulaire, n’en déplaise à tous ceux qui applaudissent sans discernement, les yeux fermés (au nom d’une partisannerie aveugle, d’une peur suffocante et lâche, d’un arrivisme dégradant, d’intérêts particuliers et partisans) la tournure des orientations politico-judiciaires, politico-économiques et politico-sociales dans notre jardin national depuis près de deux ans. Bonne année pour «tappe xol yi» comme savait le dire si majestueusement notre regretté le *waaliyu Kaamil* Abdoul Aziz Sy Daabaax, le Grand Visionnaire. Parce que justement, la communion des cœurs, nous en avons bigrement besoin pour nous reprendre et reprendre notre cher «Ndumbélaan» entre de belles mains, de meilleures mains plutôt. En tout cas, des mains autres que celles des pyromanes des atours de la République, des pourfendeurs de rouages de l’Etat et des offenseurs des racines de la Nation et qui nous gouvernent si médiocrement. Bonne année à tous les «ndumbelaniens» (magag ndaw, góor ak jigéen) afin de faire une volte-face salutaire et revenir aux vertus primaires et fondamentales qui érigent de manière durable, et l’Etat de Droit, et la démocratie véritable et le respect strict de la Constitution, des institutions, et enfin l’administration équidistante de la justice entre les citoyens. Bonne année pour le Peuple opprimé par des gens qu’il avait portés au pouvoir il y a peu de temps avec beaucoup d’espoir ; pour ce Grand peuple drôlement pris en otage et amèrement plongé dans un perpétuel cycle de turbulence et de continuelle campagne électorale déguisée. Bonne année à ce charmant Peuple qui constate amèrement que les coups de force prennent trop souvent le dessus sur les actions concertées, sur les actions régaliennes de l’Etat. Chaque jour que Dieu fait le pouvoir en place -depuis presque deux ans- pose un nouveau jalon dans la recrudescence de l’incompréhension et de la discorde. Tous ceux qui ne roulent pas pour les intérêts schizophrènes du parti-Etat néo-nazi doivent se compromettre ou se taire à jamais : on peine sérieusement dans notre pays à différencier actuellement les propriétés régaliennes de l’Etat avec celles partisanes du parti (euh, des deux partis antagonistes qui ne veulent pas encore assumer leurs divergences criardes et muettes) au pouvoir. Bonne année à Mu Sell Mi*à l’ego surdimensionné et qui nous dit : «C’était moi hier, aujourd’hui, c’est moi, et demain, ce sera toujours moi ou rien.» A vrai dire, le narcissisme de l’immaculé ne fait plus débat et sa paranoïa reste légendaire : il se prend pour le meilleur des hommes, le plus probe et le plus juste. Et puis, il n’est jamais responsable de ses actes parce que toujours souffrant de complot de la part de ses détracteurs ou est ralenti dans ses actions par ses proches jugés peu hardis. Bonne année au Maître du «je» dont le «jeu» éventé risque de mettre le feu aux poudres ; au Gourou-vizir pour qui le Sénégal se résume à ses désidérata et à ses affidés sans scrupules ; à la seule constante dont l’incrédulité absolue autorise les zouaves, les guignols et les marionnettes qui l’entourent à l’idéaliser jusqu’au blasphème. Bonne année à l’Effaceur qui n’accepte aucune voix discordante, qu’aucune fortune ne puisse rester entre des mains non inféodées à sa vision, qu’aucun argumentaire ne vienne dévoiler ses accrocs à la vérité. Bonne année à Moustapha Diakhaté, à Abdou Nguer, à Badara Gadiaga que cette sèche a -pour un laps de temps plus ou moins long- traîtreusement gommé de l’espace médiatique.
Bonne année au porte-drapeau du Porozet°, au Père du best seller Solutions° (sic) et du fameux Pres : porozet qui tarde à se rendre visible, «Solutions» qui cale mystérieusement dans la matérialisation des solutions aux problèmes quotidien du pays et le «Pres» qui presse les citoyens jusqu’au plus profond de leurs entrailles. Citoyens exsangues et entreprises coulées suffoquent et toussotent péniblement sous le poids lugubre de taxes et d’impôts qui ne servent en rien le secteur salvateur de l’investissement. Bonne année au Père de la Nation vilipendé par ses propres partisans (d’hier semble-t-il) et challengé comme pas possible par son vizir qui refuse de rentrer dans les rangs. C’est comme s’il ne détenait les armes constitutionnelles pour se faire respecter, pour faire respecter la politique qu’il a définie. Rien ne doit plus nous surprendre quand le vizir clame à la face du monde qu’il ne travaille pas pour lui.
Bonne année aux Républicains qui pensaient que le Sénégal avait dépassé le stade de république bananière où toute les institutions, où tous les autres pouvoirs, législatif et judiciaire, sont inféodés au Gourou-vizir pour qui seule son accession au pouvoir en 2029 ne compte à ses yeux.
Bonne année aux souffre-douleur, aux parias de la banlieue dakaroise, de Touba, de Matam, de Bakel qui barbotent dans la boue infecte, dans les eaux fétides des inondations chroniques. C’est comme s’il y a pour ces populations, une malédiction qui ne dit pas son nom. «Xëdd woote, ndogu jubiler, yeewu xuus» est passé par là !
Bonne année aux braves femmes, aux émérites mères de famille, aux travailleuses infatigables qui défient l’insécurité de l’aube malgré l’insécurité galopante et les agressions physiques chroniques, panier sur la tête, pour gagner une vie qui se refuse avec entêtement à elles. Bonne année aux femmes de ménage que l’on humilie au quotidien pour une modique somme qui ne saurait payer convenablement la plus petite goutte de sueur des nababs qui nous gouvernent si lamentablement. Bonne année aux familles qui ont souffert de gynocide, ce phénomène qui s’intensifie de jour en jour et qui hante le sommeil des associations qui se battent pour le sexe dit faible (sic). Bonne année aux artisans qui croisent éternellement les doigts en priant le Ciel pour une petite commande que la dèche nationale éloigne de plus en plus. Menuisiers, tailleurs comme tous les autres métiers se meurent sans entrevoir une seule issue à leur désarroi. Ndax nak, xaalis amul fenn !
Bonne année aux paysans qui réapprennent l’épiphénomène du taraar° et des bons impayés de la campagne agricole ; aux maraîchers dont les récoltes -jamais écoulées à bon escient- pourrissent sur place faute de moyens de transport ou de conservation. Bonne année aux écoliers qui passent plus de temps dans la rue que dans les classes ; aux étudiants dont les campus sont devenus des arènes de combat perpétuel avec les Forces de l’ordre pour le payement de leurs faméliques bourses et aux enseignants à qui l’on a sciemment ôté toute dignité. Bonne année aux désœuvrés diplômés qui traquent un hypothétique premier emploi qui ne vient jamais. Bonne année aux chômeurs-nés, aux dépendants du secteur freiné du Btp, aux déflatés de tous bords (accusés de toog muy dox°), aux importateurs effarouchés par les lourds tributs, aux entrepreneurs et autres industriels à qui on ouvre grand les portes de la délocalisation, aux jeunes qui ont perdu tout espoir et que l’on pousse inéluctablement dans les pirogues du désespoir et du suicide en haute mer (Barca wala barsaq). Bonne année aux marchands ambulants que l’on pourchasse comme des pestiférés et à qui on ne propose rien en échange des trottoirs et autres recoins interdits d’occupation. Bonne année aux malades qui souffrent et parfois succombent (comme des fourmis surprises par un feu de brousse) aux portes et dans les couloirs froids des hôpitaux plus malades que leurs patients.
Bonne année aux ménagères qui se noient dans la cherté des produits du marché, aux soutiens de famille dont le prix onéreux du sac de riz, de l’huile, du sucre et du savon hante le sommeil.
Bonne année aux boulangers et aux pâtissiers que la farine et ses intrants ont ruinés ; aux chauffeurs et aux usagers de la route que l’essence et le gasoil effarouchent et épouvantent…
Bonne année aux porteurs de l’ennuyeux bracelet électronique avec ses restrictions qui sait transformer le quotidien du citoyen en un bagne continuel et contraignant. Pourtant la liberté (que l’on définie comme sacrée) ne s’accommode point de limitations ciblées dans la vie privée ou professionnelle d’un individu (Gadiaga et PMN apprécieront).
Bonne année aux exilés forcés qui fuient ainsi les furieuses accusations non fondées que seuls la haine, l’animosité et le courroux contre eux, adressent comme preuves. Bonne année à Madiambal que l’on veut faire revenir par lâcheté se faire hara-kiri en embastillant honteusement sa famille (surtout sa femme très alitée) et ses amis. Et ceci, jusqu’à risquer une brouille juridico-diplomatique avec le pays de droit qui l’a accueilli et traité comme il se doit. Bonne année aux grooms, aux saltimbanques et aux clowns appelés ministres et qui font retourner Senghor dans sa tombe chaque fois que l’un d’entre eux franchit la porte de la salle du Conseil des ministres. Bonne année aux bouffons appelés députés et qui défendent, au prix de leur vie, les sales combines de la Galaxie Vizirienne* au détriment des intérêts du Peuple qui les avait élus (même s’ils ont bien été élus avec près de 50% des votants) ; aux jeunes manipulés et instrumentalisés qui s’évertuent à épandre l’incivisme et la violence du verbe et du geste, animant ainsi les méandres cacophoniques des empoignades souterraines des inepties et autres tartufferies d’une dualité au sommet de l’Etat. Bonne année aux pasticheurs, appelés avocats du Vizir (quel pool de bonimenteurs, de bouffons, de saltimbanques et de charmeurs de serpents ?) qui veulent réinventer la roue : faire rouvrir le dossier déjà clos (diffamation dans l’affaire Prodac) n’est pas une mince affaire. Un pays sérieux ne plie pas à la simple volonté d’un homme, à ses hobbies dictatoriaux, ses désirs anticonformistes et à ses rêves dune grandeur malsaine et imposée. Bonne année aux bénéficiaires de l’immunité, de l’impunité gratuite que seule sait accorder la proximité du camp mafieux au pouvoir et surtout du demi-dieu appelé moom rekk° ; aux kafirs* appelés marabouts qui vendent et réadaptent honteusement les sourates infaillibles du Coran au bon vouloir d’un Gourou*. On n’entend plus la voix aigüe des ustaaz (ana Maodo waay ?) et autres doomu daara, autrefois très sévères contre les dérives héritées de Gomorrhe et de Sodome. Bonne année aux membres de la dite Société civile aphone et partisane malgré les coups de boutoir faits à la séparation des pouvoirs, au chahut bruyant adressé au Père de la Nation ; aux universitaires grands pétitionnaires et qui ne savent plus signer, aux intellectuels de grand acabit que le débat national n’inspire plus. Bonne année aux magistrats chahutés et indexés ; aux valeureux édiles du droit exposés à la vindicte populaire par un discours à la rhétorique acerbe venant de Mu Sell Mi que seule son éligibilité incertaine pousse à promettre le chaos dans «Ndumbélaan». Bonne année aux médias (Tfm, Sentv) boycottés pour leurs lignes éditoriales équilibrées ; aux journaux indexés et asphyxiés (Le Quotidien en exemple distinct) pour tuer à jamais en eux la liberté de ton dont ils font montre.
Bonne année à tous ceux qui prêtent leurs voix, qui prennent leurs plumes et qui travaillent inlassablement à l’émergence du citoyen nouveau, à cette icône capable d’en découdre avec les fossoyeurs de sa liberté et de son épanouissement global ; à ceux qui nous accompagnent par leurs écrits, par leurs analyses et chroniques, dans nos efforts de survie, dans notre quête d’une nouvelle citoyenneté seule gage d’un pays émergent et réellement démocratique. Bonne année à ceux qui nous envoient quotidiennement la bonne parole, cette angélique parole qui éduque, informe, enseigne et renseigne ; bref ce verbe qui fait mûrir et grandir. …Bonne année aux animateurs infatigables des émissions (très suivies du reste) Jakaarloo, Ndumbélaan, Grandes Gueules, etc. Bonne année aux soldats de l’information juste ! Bonne année à Saliou Diagne, à Ibou Fall, à Bachir Fofana, à Mohamed Guèye, à sister Fatou Warkha et tous les autres qui animent la page Opinions.
Amadou FALL
Inspecteur de l’enseignement à la retraite à Guinguinéo
zemaria64@yahoo.fr
