Lors du point de presse hier du groupe parlementaire Takku Wallu, le député Amadou Dawa Diallo a dressé un réquisitoire sévère contre la gestion actuelle des finances publiques par le ministre des Finances. Entre emprunts non déclarés, refus de communiquer des rapports officiels et pression fiscale accrue, l’élu tire la sonnette d’alarme sur la gouvernance économique. Le cœur de l’indignation parlementaire repose sur la levée de fonds via Total return swap de 650 millions d’euros (426 milliards F Cfa) qui, selon le député, n’aurait fait l’objet d’aucune communication officielle de la part de l’Etat, rompant ainsi avec une longue tradition de transparence.
M. Diallo rappelle que si le quotidien Financial Times a révélé ces transactions à Africa Finance Corporation (Afc) pour 350 millions d’euros et 300 millions d’euros auprès de First Abu Dhabi bank, le Parlement, lui, est maintenu dans l’ignorance. «Le Sénégal a pourtant souscrit une participation de 8, 4 milliards de F Cfa dans l’Afc en 2025 comme indiqué dans la Loi de finances rectificative (Lfr 2) de 2025. Or, ces emprunts n’ont été ni publiés ni déclarés. Pourtant, l’Etat du Sénégal a toujours communiqué, dans un souci de transparence, sur ses levées de fonds, qu’il s’agisse d’appels publics à l’épargne, du marché financier, du marché obligataire, des souscriptions ou encore des Diaspora bonds. L’Etat a également toujours communiqué sur les résultats obtenus, notamment les taux de couverture. Pourquoi cacher ces accords de prêt alors que l’Etat communiquait jadis sur chaque taux de couverture ?», s’interroge-t-il.
Pour le député, le gouvernement viole ainsi délibérément le cadre légal sénégalais, notamment le Code de transparence de 2012, qui impose la publication détaillée de la composition de la dette, la Loi organique de 2020, qui garantit l’accès des députés aux informations pour le contrôle de l’action gouvernementale.
Le point de friction majeur reste le rapport du cabinet Forvis Mazars. Commandité par la Présidence pour auditer les finances publiques entre 2019 et 2024, en «complément du rapport de la Cour des comptes» sur la situation des finances publiques entre 2019 et mars 2024. Ce rapport demeure «inaccessible» aux élus. «Le ministre des Finances nous oppose des clauses de confidentialité. C’est inacceptable : nous sommes ceux qui autorisons les levées de fonds, nous devons savoir comment ils sont utilisés alors que d’autres acteurs y ont accès», martèle le député.
Par ailleurs, le parlementaire est revenu sur la «pression fiscale accrue» sur les sociétés. Il fait une analyse de la Loi de finances rectificative (Lfr 2), qui montre une hausse significative des recettes internes, passant de 3877, 1 milliards en 2024 à 4201, 1 milliards en 2025. Soit un cumul provisoire de 8078, 2 milliards F. Le constat est amer : cette performance repose sur une «asphyxie fiscale» des ménages et des Pme/Pmi. «Dans ce contexte, nous demandons aux autorités de partager l’effort d’austérité, notamment en renonçant provisoirement aux fonds spéciaux et politiques pour renforcer les filets sociaux», dit-il. Il demande le paiement des bourses de sécurité familiale et des rappels aux étudiants, l’arrêt des ponctions salariales «injustifiées» chez les enseignants, la relance du secteur du Btp. «Cette situation impacte fortement l’économie nationale et les conditions de vie des populations. Dès lors, une question fondamentale se pose : où sont passées les ressources internes mobilisées entre 2024 et 2025, ainsi que les fonds empruntés durant cette période ? Nous exigeons la tenue d’un débat parlementaire sur la gestion de la dette, la transparence budgétaire et l’inclusion de tous les acteurs concernés», ajoute-t-il en demandant la publication immédiate des accords de prêt avec l’Afc et la First Abu Dhabi bank, la diffusion du bulletin statistique de la dette, invisible depuis 2023, et la mise à disposition du rapport Mazars aux députés.
