Clôturés ce vendredi à l’Assemblée nationale, les débats sur le rapport de la mission d’information Softcare ont oscillé entre la défensive du gouvernement -rappelant l’absence de preuves scientifiques d’intoxication- et la volonté des parlementaires d’aller plus loin via une commission d’enquête. Un dossier qui réinterroge l’efficacité globale de la régulation industrielle et sanitaire au Sénégal.
Par Justin GOMIS – L’Assemblée nationale du Sénégal a clôturé, ce vendredi 2 octobre 2026, la discussion générale sur le rapport de la mission d’information parlementaire relative à la commercialisation des produits de marque Softcare au Sénégal. Conduit par la députée Khady Sarr, ce travail d’investigation -initié à la suite de dénonciations, en décembre 2025, concernant la présence de matières premières périmées sur le site de l’usine à Sindia- livre un diagnostic sans concession sur la gouvernance sanitaire et le contrôle industriel dans le pays.
Intervenant devant la Représentation nationale, le ministre de la Santé et de l’hygiène publique, Dr Ibrahima Sy, a rappelé la complexité intrinsèque de l’évaluation des risques sanitaires. Revenant sur les investigations conduites, notamment autour d’un film de polyéthylène incriminé, il a souligné que l’analyse matérielle révélait une substance atoxique ne permettant pas d’établir la présence de composants dangereux.
S’agissant des stocks périmés retrouvés au sein de l’entreprise, le ministre a tenu à clarifier la démarche scientifique : la simple présence d’intrants périmés ne saurait valoir preuve de leur incorporation dans la chaîne de production. «La question qu’il fallait élucider, c’est : est-ce que ces matières sont bien rentrées dans la production ? (…) Cette utilisation n’a pas été démontrée, ni par le comité ad hoc ni par la mission parlementaire. Quand on dit que quelque chose existe, il faut le prouver. Sinon, on n’est pas en science», a-t-il insisté. Il a rappelé que l’établissement formel d’un lien de causalité entre exposition et pathologie exige des études longitudinales et cas-témoins rigoureuses.
Le ministre de la Santé a par ailleurs confirmé que l’intégralité du stock incriminé a été détruite sous la supervision de la gendarmerie. Les investigations ont révélé que le volume réel s’élevait à 2200 kg (contre 1300 kg initialement estimés), une partie ayant été entreposée sur un autre site. Précisant que les produits d’hygiène corporelle et cosmétiques ne sont pas des médicaments -bien qu’ils restent des produits de santé-, le Dr Sy a annoncé le renforcement de l’Agence de réglementation pharmaceutique (Arp) ainsi que la préparation d’un décret d’application pour encadrer strictement ce secteur.
Equilibre économique et failles de la régulation
De son côté, le ministre de l’Industrie et du commerce, Serigne Guèye Diop, a mis en avant la nécessité de concilier la rigueur des contrôles administratifs et la préservation de l’attractivité économique. Reconnaissant que des défaillances de gestion de la qualité et du système alimentaire avaient été constatées chez Softcare par des agents assermentés, il a appuyé la création d’une commission interministérielle de suivi (santé, commerce, environnement).
Toutefois, soulignant que le secteur industriel représente 22 à 25% du Pib national, Serigne Guèye Diop a mis en garde contre une logique exclusivement répressive qui asphyxierait les entreprises. Rappelant que le Laboratoire national d’analyse et de contrôle (Anac) ne dispose pas aujourd’hui des équipements requis pour les produits non alimentaires -une lacune en cours de correction-, le ministre a plaidé pour accorder un «second souffle» à l’entreprise une fois les sanctions purgées et les manquements corrigés. Il a ainsi invité les députés à ne pas prolonger la procédure par une commission d’enquête qui risquerait «de mettre la marque à terre».
Les limites du contrôle et l’appel à une enquête approfondie
Une position qui diverge de celle de la présidente de la mission, la députée Khady Sarr, et du président du Groupe parlementaire Pastef/Les patriotes, Mohamed Ayib Salim Daffé. Ce dernier a pointé du doigt un problème majeur d’effectivité de la loi, déplorant le manque de coordination intersectorielle, les contraintes financières, et l’absence de laboratoire propre à l’Assemblée nationale n’ayant pas permis de réaliser une expertise contradictoire sur la matière première.
Considérant que la mission d’information n’avait pas pour rôle de juger mais d’identifier les failles, M. Daffé et Mme Sarr ont tous deux préconisé le passage à une commission d’enquête parlementaire afin d’approfondir les recherches, de mettre en lumière toutes les vulnérabilités du système et d’assurer la protection durable des consommateurs.
En clôturant les débats, le 1er vice-président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, a salué l’impartialité des travaux, tout en assurant que les recommandations de la mission seront formellement transmises au gouvernement. L’Assemblée nationale entend exercer un suivi rigoureux pour s’assurer que l’affaire Softcare se traduise par des réformes structurelles de l’appareil de contrôle d’Etat.
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